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Publié il y a 10 mois - Mise à jour le 29.01.2022 - yannick-pons - 3 min  - vu 711 fois

NÎMES La FDSEA appelle à manifester lundi pour défendre ses métiers

Yannick Pons

La fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA) appelle à manifester à Nîmes ce lundi 31 janvier. Les agriculteurs se sentent délaissés par le Gouvernement, pris en étau entre les hausses de matières premières et la grande distribution avec sa baguette à 29 centimes.

« On va faire la tournée des grands ducs », lance Anthony Bafoil, président de la cave coopérative de Lédignan. On peut se douter que les favoris des agriculteurs seront les représentants de l'État. En octobre 2019 il avaient été près de 300 manifestants à traverser Nîmes avec engins et tracteurs. De la route de Beaucaire jusqu'à la préfecture, en passant par le centre des impôts. « Tout sera biodégradable », dit Frédéric Cavagna, co-secrétaire général. Le mot d'ordre, « allons emmerder ceux qui nous emmerdent ! »

Les raisons de la colère

Les agriculteurs sont en colère. Ils n'ont quasiment pas reçu d'aide du Gouvernement pendant la pandémie. Pas de chômage technique pour les employés et pourtant leur chiffre d'affaires a baissé. Ils ont l'impression que le Gouvernement joue la montre jusqu'aux élections et ils craignent que ses promesses passent à la trappe au mois de mai.

Avec la crise sanitaire, les Français ont découvert les circuits courts et la cote d'amour avec les agriculteurs a grimpé. Les Gardois également si on en croit le succès du Mas des agriculteurs de Nîmes, vitrine de l'agriculture gardoise. Ils sont le grenier de la France. Si on doit fermer les frontières, ce sont eux qui nourriront les Français. Le président David Seve ne « veut pas gêner les Nîmois à cause de la manifestation. On sent même que les gens ont envie de consommer terroir et nous soutiennent. » Mais les agriculteurs sont à bout. Le renforcement de l'arrêt sur les zones de non traitement (ZNT) qui vient d'être publiée au Journal Officiel ce 26 janvier, a mis le feu aux poudres.

L'extension des zones de non traitement (ZNT) en question

Les zones de non traitement (ZNT) sont des distances de sécurité à respecter vis-à-vis des éléments environnants et tout particulièrement des habitations, des lieux hébergeant des personnes vulnérables et des cours d'eau. Le texte a vocation à « renforcer l’information des riverains et des personnes qui peuvent se trouver à proximité des champs qui sont traités. Prévoir des mesures de protection des personnes travaillant à proximité des zones d’utilisation des produits phytopharmaceutiques. Fixer des distances de non traitement plus importantes pour les produits suspectés d’être les plus dangereux ». C'est ce dernier point qui irrite particulièrement la FDSEA.

En effet, l'extension de l'interdiction de la zone d'épandage autour des cours d'eau et des riverains réduit la surface exploitable des agriculteurs. « Interdire la fertilisation chimique ou même biologique, ça vitrifie toute une partie de nos champs, s'inquiète David Seve. Ils ont pris une carte et placé chaque trait bleu dans la ZNT. Le moindre petit ruisseau ou fossé, même asséché, a été ajouté. Ainsi on passe d'une ligne de 4 000 km à 14 000 km le long de laquelle il sera interdit de planter sur une largeur entre 10 et 50 mètres ! »  Si l'on observe une bande en moyenne de 30 mètres de large et de 14 000 km de long, ça fait 420 km2 de champs interdits aux agriculteurs.

Plus le temps d'aller dans les champs

De plus, les paysans se sentent écrasés par les tracasseries administratives. « Il y a des dossiers que nous ne pouvons plus faire nous-même. Pour une simple erreur, une croix pas au bon endroit, un dossier peut être annulé et une aide perdue. On passe plus de temps au bureau que dans nos champs », enrage le président de la FDSEA. Vigneron à Rochefort-du-Gard, Pierre Jauffret ajoute :  « Le dossier FranceAgriMer est devenu une usine à gaz. »

Les paysans sont pris dans un étau

« Nous subissons des hausses de matières premières, carburant, bouillie bordelaise, piquets de vignes », explique Anthony Bafoil, alors qu'il est très compliqué de répercuter des hausses de tarifs. Les agriculteurs sont dans un étau. La loi Egalim 2 du 18 octobre 2021 qui devait rééquilibrer les relations commerciales entre les différents maillons de la chaîne alimentaire et permettre une juste rémunération des agriculteurs, n'est toujours pas appliquée par la grande distribution. La baguette Leclerc à 29 centimes en est la preuve. « Derrière un prix bas, c’est quelqu'un qui a été trucidé », martèle David Seve.

Les aides promises pour le Gel (aide MSA, prise en charge de la franchise pour les assurés et aide aux entreprises de l’aval, NDLR) ne sont toujours pas au rendez-vous. Les agriculteurs se sentent abandonnés, ils ont l'impression que le ministère de l'Environnement est à la baguette et qu'ils sont devenus de fait la cinquième roue du carrosse. Il défileront donc en fanfare, lundi matin, à Nîmes, afin de crier leur colère.

Yannick PONS

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