Publié il y a 1 h - Mise à jour le 22.01.2026 - Stéphanie Marin - 4 min  - vu 36 fois

TARASCON Un bilan judiciaire 2025 entre pédagogie et hausse des peines prononcées

Lors de l'audience solennelle de rentrée du tribunal judiciaire de Tarascon, le lundi 19 janvier 2026.

- S.Ma

Le tribunal judiciaire de Tarascon a dressé le bilan de son activité pour 2025 : hausse des dossiers civils, rattrapage des retards en affaires familiales et intensification des affaires pénales, avec des peines prononcées plus élevées qu’en 2024.

Lors de l’audience solennelle de rentrée du 19 janvier 2026, Céline Chéron, présidente du tribunal judiciaire de Tarascon, a livré un discours engagé, dans un contexte marqué par une défiance persistante envers l’institution judiciaire. Rappelant que la critique de la justice est légitime dans un État démocratique, elle a dénoncé les attaques qui « ne servent en aucun cas la réflexion constructive autour de la justice, qui est notre bien commun », citant Patrice Spinosi, avocat, auteur de l'ouvrage "Menace sur l'État de droit" pour qui, dans certaines démocraties, « la justice cesse d’être une autorité, elle est rabattue au rang de faction ; le droit n’est plus un cadre, il devient un obstacle. » Face à ce qu’elle qualifie de « populisme anti‑judiciaire », la Présidente a structuré son propos autour de trois principes.

Le premier consiste à améliorer la réponse judiciaire. Soulignant que « l'activité est soutenue », elle a rappelé qu’en 2025, 3 986 nouveaux dossiers civils ont été enregistrés, « chiffre le plus élevé au regard des années précédentes », tandis que « davantage de décisions ont été rendues cette année par rapport à l’an passé. » Les efforts organisationnels ont permis d'obtenir des résultats, notamment au service des affaires familiales où « le retard des décisions en attente a été apuré », et au pénal, le tribunal correctionnel ayant jugé « davantage d’affaires, d’une plus grande gravité, en faisant preuve de fermeté et de réactivité. »

Le deuxième axe repose sur la valorisation de la déontologie comme gage de qualité de la justice. Évoquant la nouvelle charte de déontologie des magistrats, Céline Chéron a insisté sur le fait que « la déontologie ne doit pas se réduire à un guide de conduite destiné à éviter des mises en cause disciplinaires. » Elle a rappelé qu’« il ne s’agit ni d’un carcan ni d’une parade à un risque professionnel mais bien d’une fierté et d’une ambition collective. » Et la même de mettre en avant le principe d’humanité, désormais inscrit dans le serment du magistrat, en soulignant les attentes citoyennes de « rencontrer un magistrat à l’écoute des justiciables et pas seulement des avocats. »

Enfin le troisième principe vise à mieux communiquer pour faire œuvre de pédagogie. Convaincue que « la seule parole institutionnelle est insuffisante pour faire comprendre la justice », la juridiction multiplie les initiatives à destination du public. En 2025, un projet a ainsi été mené avec une classe du collège Simone Weil de Châteaurenard afin de « connaître et comprendre la justice, identifier ses acteurs, l’expérimenter, prévenir des comportements dangereux, susciter des vocations ». Après des ateliers animés par des magistrats, avocats, gendarmes et éducateurs, les élèves ont préparé et joué un procès reconstitué sur la thématique du harcèlement, allant jusqu’à participer à l’élaboration d’un délibéré. La présidente a souligné que « leur implication, leurs interventions, leurs questionnements ainsi que leurs écrits effectués par la suite nous ont convaincus de l’utilité et du succès de cette manifestation. » Dans cette même logique, elle a annoncé que ces actions pédagogiques se poursuivraient en 2026, précisant qu’« une pièce de théâtre est par exemple à venir », comme nouveau vecteur de compréhension de la justice.

Au‑delà de la pédagogie : une justice pénale confrontée à la gravité des faits

Le procureur de la République, Laurent Gumbau, a ensuite dressé un bilan chiffré de l’activité pénale de la juridiction, sur un arrondissement judiciaire comptant 36 communes - Arles étant la seule à dépasser les 50 000 habitants - et plus de 190 000 habitants. Pour 2025, il relève « un recours très accentué aux déferrements pour un total de 599 personnes déférées soit un quasi doublement en 3 ans par rapport aux déferrements de l’année 2022 ». Et le même de poursuivre : « Cette accentuation du recours aux poursuites avec déferrement n’est pas la conséquence d’un changement substantiel de politique pénale du parquet notamment en termes d’orientations des poursuites. Elle traduit une réalité aggravée des faits révélés, caractérisés et imputés à leurs auteurs par l’activité de voie publique et l’activité d’enquête des services de police et de gendarmerie ; elle traduit une réalité aggravée des circonstances de commission de ces faits, de même qu’elle traduit un ancrage plus marqué dans la délinquance de leurs auteurs lesquels font désormais, pour beaucoup d’entre eux, échec à toute mise en œuvre de la loi dite Belloubet relative aux peines ne laissant plus de place ni aux sursis probatoires ni à des quanta de peines autorisant des aménagements ab initio au regard de leur comparution en réitération, en récidive légale voire en récidive de récidive et souvent alors qu’une mesure de probation était même en cours d’exécution...»

L’une des données les plus marquantes concerne les peines encourues : 6 651 années d’emprisonnement pour l’ensemble des prévenus en 2025, contre 5 020 en 2024, soit +32,5 %. Cette tendance se retrouve dans les peines réellement prononcées par le tribunal correctionnel, qui s’élèvent à 633 années d’emprisonnement, contre 395 en 2024 (+60,3 %). Selon les données de l’observatoire des peines de prison, le quantum moyen des peines prononcées est de 14,8 mois, supérieur à la moyenne nationale (11 mois) et au groupe d’appartenance (10,6 mois). Le taux de prononcé d’incarcération atteint 42 %, là encore au‑dessus des moyennes nationales et régionales.

Si le nombre total de décisions rendues a légèrement diminué (1 839 en 2025 contre 1 922 en 2024, –4,3 %), l’intensité et la gravité des affaires ont conduit à des orientations plus fréquentes vers des audiences de fond ou des CRPC, notamment pour des dossiers longs et complexes, parmi lesquels plusieurs affaires de trafics de stupéfiants, avec 45 prévenus jugés après renvoi du juge d’instruction (contre 28 en 2024), ou des faits de violences graves et de démonstrations de force impliquant armes et blessures.

162 personnes ont été poursuivies dans le cadre de trafics de stupéfiants dont 32 mineurs, et plusieurs points de deal supprimés. Le procureur a souligné la nécessité de renforcer les services spécialisés. Enfin, outre les stupéfiants, le ministère public a poursuivi des affaires sensibles : deux personnes pour apologie du terrorisme, un total de 28 faits criminels, dont 25 à l’information, et une série de dossiers violents se traduisant, pour certains, par des dessaisissements au profit de parquets spécialisés.

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Stéphanie Marin

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