Michel Tombereau n’est plus. La triste nouvelle est tombée ce lundi 12 janvier en fin de matinée. Nouvelle aussi désarmante qu’inattendue. Une mauvaise grippe aura emporté le peintre nîmois à l’âge de 80 ans. Connu comme le loup blanc, l’artiste nîmois laissera l’image d’un honnête homme, au tempérament joyeux et facile à vivre, d’humeur égale et à l’amitié sincère et profonde. Pour le grand public, Michel Tombereau restera le peintre de la couleur du Sud. Son langage chromatique était apprécié des Gardois et, bien sûr, au-delà. Ses rouges tauromachiques y respiraient comme des braises. Ses noirs profonds, étaient à la fois marques d’élégance et de sobriété, mais aussi de tristesse et de mort, comme une corrida funeste. Et que dire de ses bleus dont il étirait les traces avec la douceur d’un soir d’été au Grau-du-Roi. Et ces jaunes ou ocres qui semblaient avoir été volés sur le sable de Port-Camargue. Certains disaient même que ses toiles avaient une température : elles réchauffaient, elles éclairaient, elles pulsaient… Il était capable de projeter ses couleurs sur toutes les matières, avec une égale assurance et un réel talent. Sur des baskets, des paquets de riz, des sculptures, des étiquettes de vin, des tonneaux et, plus sérieusement, sur la fameuse affiche de la Feria. Qu’importe le flacon, pourvu qu’il ait l’ivresse. Michel en avait à revendre. Même Nîmes Métropole lui confia en 2019 la « couverture » de ses Tram'bus fabriqués en Belgique. Autant de toiles géantes, nimbées de bleu et de couleurs chatoyantes, sillonnant les quatre coins de la ville. Nous qui l’avons vu penché sur ses toiles, aimions le sentir poser la couleur comme on pose une confidence : avec précision, mais sans apprêt. Il cherchait la justesse, pas la perfection. Il disait que la couleur devait « respirer », qu’elle devait garder un peu de son indocilité naturelle. Comme les signes cabalistiques qu’ils glissaient dans ses peintures. Signes des sciences de la vie qu’il professa à Uzès ou à Saint-Gilles.
Michel Tombereau laissera aussi l’image d’un festaïre, toujours prêt à faire la fête, attaché aux traditions locales. On se souvient encore des soirées qu’il anima durant cinq ans, dans la fameuse bodega de la rue Toumayne. Et ces grandes « déconnades » avec l’équipe de « La couennette », comme les abrivados de cochons autour des arènes. Bien sûr, l’homme s’était assagi au fil des ans. Mais il gardait au cœur de sa mémoire cette époque bénie pour lui où il partageait des moments d’amitié et de franche rigolade. Il restait l’ami, l’artiste et le père de famille. Nos souvenirs communs en Espagne, du côté des Halles de la Boqueria à Barcelone ou des criques éclaboussées de soleil à Cadaques sont gravés dans nos mémoires comme des moments privilégiés, des perles rares, des touches de couleurs sur une toile blanche.
On se souviendra longtemps de Michel Tombereau, car ses toiles ont fleuri dans bon nombre de maisons gardoises. Ses tableaux continuent d’irradier. Ils nous rappelleront que la couleur n’est pas un décor, mais une présence. Une manière de dire le monde avec intensité, avec tendresse et humilité, avec cette sensibilité solaire qui était la sienne.
Nous pensons aujourd’hui, bien sûr, à Geneviève, son épouse adorée et sa fidèle compagne, à ses deux filles chéries, Stéphanie et Clémence.