Année après année, la tradition perdure. Ce dimanche 1er mars, Aimargues a accueilli gardians, groupes folkloriques, représentants et défenseurs des traditions camarguaises et provençales, ainsi que bon nombre de curieux, pour rendre hommage à Fanfonne Guillierme. Le soleil a brillé, toute la matinée en tout cas, dans le ciel bleu. Or et bleu azur, les couleurs de la manade Fanfonne Guillierme, aucune fausse note. Dans son organisation non plus, bien que rien n’était joué il y a encore quelques semaines, le contexte restait incertain en raison des fortes turbulences traversées par le monde de la bouvine : retrait des assurances et menace de dermatose nodulaire contagieuse.
Après le défilé, demoiselles et dames en costume, membres de la Nacioun Gardiano et de la Confrérie des gardians, se sont retrouvés devant l’église Saint-Saturnin. Une église bien remplie pour la célébration de la messe des gardians en provençal. Puis la bénédiction par l'abbé Noblet des "234 chevaux", selon un spectateur attentif, sur la place de la mairie.
Une séquence toujours impressionnante et émouvante qui rassemble toutes les générations dans le public comme chez les cavaliers et dans les groupes folkloriques. Lors de l'Acampado, le maire d'Aimargues, Jean-Paul Franc a d'ailleurs eu un mot pour la jeunesse : "Que l'exemple de mademoiselle Fanfonne Guillierme vous inspire. Qu'il vous rappelle qu'on peut être profondément enraciné dans une tradition, tout en restant libre, audacieux et en avance sur son temps. Aujourd'hui, par notre présence, par ce moment de recueillement et de partage, nous affirmons une chose simple et essentielle : mademoiselle Fanfonne Guillierme n'est pas oubliée."
La mémoire de celle qui fut la première femme à devenir manadière, décédée en 1989 à l'âge de 93 ans, est célébrée. "Elle a été l'âme - de la Camargue, Ndlr -, farouchement attachée à cette terre, à ses traditions, à ses hommes et ses femmes, à ses manades, à ses paysages, à son mode de vie si singulier et si précieux. Mademoiselle Fanfonne Guillierme, c'est le courage de rester fidèle à ses convictions, c'est la force de transmettre sans jamais trahir, c'est le respect du passé allié à une vision tournée vers l'avenir", a souligné Jean-Paul Franc.
Tout près de la statue de Fanfonne Guillierme à cheval avec ses deux biòu d'Or - réalisée par Ben K - la Reine d'Arles, Amélie Laugier. Comme Gabriel Brun, majoral du Felibrige, elle a salué la grande dame de Camargue. "Son héritage nous engage à préserver ce patrimoine vivant, à le transmettre aux générations futures et à rester dignes de celles et ceux qui ont tracé la voie avant nous, car rendre hommage, ce n'est pas forcément regarder en arrière, c'est regarder devant nous avec l'exemplarité", a-t-elle indiqué.
C’est Hubert Espelly, à la tête de la manade Manade Fanfonne Guillierme, qui a refermé ce temps de discours. "On peut affirmer aujourd'hui que la grande dame a créé sa race, son sang. À l'image de leur "pelote", les Guillierme se reconnaissent surtout par leur grand cœur." Et le même de poursuivre : "J'espère que là-haut, accompagnée de ses deux fidèles gardiens, elle est heureuse et fière du travail accompli." L'assemblée, bien fournie, a entonné en chœur La Coupo Santo. Puis la matinée s'est achevée avec deux abrivados de la manade Aubanel, dont l'une menée exclusivement par des cavalières et une roussataïo de la manade Fourmaud, avant la course avec la manade Fanfonne Guillierme dans les arènes d'Aimargues, l'après-midi.
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