La section syndicale CFTC Decathlon a appelé à un mouvement de grève national des salariés le samedi 6 juin à 10h30 pour les magasins et le lundi 8 juin pour les entrepôts, ainsi qu’à signer et faire signer sa pétition nationale.
Depuis plusieurs mois, les conditions de travail des employés se dégradent de manière inédite : disparition de 2 000 emplois, surcharge de travail des équipes, non-répercussion des augmentations du SMIC sur les salaires, 40 % des cadres en situation de burn-out travaillant chez eux le dimanche, baisse de la couverture santé complémentaire, mais aussi une entreprise qui ne cherche plus à négocier avec les syndicats.
La CFTC interpelle la Direction pour qu’elle revienne rapidement à l’ADN de Décathlon en se souciant du bien-être de ses salariés et en partageant équitablement les fruits de sa prospérité. "C'est un appel d'intersyndical où il s'agit pour nous de manifester et de revendiquer sur la question des salaires qui aujourd'hui sont complètement décrochés des résultats très profitables de l'entreprise." explique Grégory Labrousse, délégué syndical central pour la CFTC Décathlon.
“La redistribution n’est pas faite correctement”
Parmi les salariés mobilisés à Nîmes, Marc Tessier, manager commercial chez Decathlon depuis 17 ans, explique les raisons de sa présence : « Déjà pour un motif légitime, parce que l’entreprise se porte bien, très bien, je dirais, et malgré ça la redistribution n’est pas faite correctement », affirme-t-il.
Il met en avant un décalage entre les résultats économiques du groupe et la situation ressentie par les salariés au quotidien. Selon lui, les valeurs historiques de l’enseigne ne seraient plus respectées. « On prend des valeurs chez Decathlon depuis très longtemps… je suis rentré pour ces valeurs-là… et aujourd’hui, elles sont bafouées ».
Au cœur des revendications, la question salariale revient avec insistance, notamment la non-répercussion des hausses du SMIC sur l’ensemble des rémunérations. Il évoque également une intensification du travail dans les magasins, liée à des équipes réduites. « Avant un travail qu’on faisait à 2 ou 3, aujourd’hui, on le fait plus qu’à 1 ou 2… on est en surcharge de travail avec toujours une rentabilité maximum », explique-t-il.
Le phénomène de burn-out est également présent localement, avec deux personnes en arrêt depuis plusieurs mois.
Une mobilisation “nationale” portée localement
Le représentant du personnel du magasin, Baptiste Boyer, insiste sur le caractère global du mouvement et sur la situation des salariés, « Si nous avons mené cette action, c’est que nos collaborateurs, à la fois sur l’ensemble des magasins Decathlon France et surtout sur Nîmes, sont dans le mal vis-à-vis de leurs conditions de travail », explique-t-il.
Il affirme que la mobilisation serait renforcée par une contradiction entre la santé économique de l’entreprise et la situation sociale interne, « Si la boîte était dans le dur financièrement, on serait capable d’être solidaires… mais ce n’est pas le cas ».
Une dégradation des conditions de travail
Au niveau syndical national, Grégory Labrousse, délégué syndical central CFTC Decathlon, confirme les revendications portées par le mouvement. Il évoque une dégradation des conditions de travail liée à plusieurs facteurs structurels, « On assiste à une dégradation des conditions de travail… due à la suppression de 2000 emplois équivalents temps plein dans les magasins Decathlon au niveau national », explique-t-il.
Selon lui, cette réduction des effectifs entraîne mécaniquement une surcharge de travail et des conséquences sur la santé des salariés. Il explique également que l’entreprise a opéré un changement de modèle économique et social, « Le partage de la création de valeur a complètement basculé au profit des actionnaires, au détriment des salariés », évoquant un passage d’un modèle “gagnant-gagnant” à un modèle “gagnant-perdant”.
Du côté des salariés mobilisés à Nîmes, le sentiment dominant reste celui d’un attachement fort à l’enseigne, mais accompagné d’une inquiétude croissante sur l’évolution des conditions de travail et de la reconnaissance interne. Une situation qui, selon eux, pourrait continuer à alimenter le mouvement social dans les semaines à venir.