Publié il y a 1 h - Mise à jour le 09.08.2026 - Sacha Virga - 3 min  - vu 419 fois

NÎMES Violences sexuelles sur mineurs : Vincent Bouget réagit après un rapport accablant

Vincent Bouget

Vincent Bouget, maire de Nîmes

- Photo DR Ville de Nîmes

Nîmes est directement citée dans un rapport commandité par le ministère de la Justice, révélé ce samedi et pointant de graves défaillances dans le traitement judiciaire des violences sexuelles commises sur des enfants. Le maire de la ville, Vincent Bouget, a réagi dans une tribune appelant à des "décisions courageuses et ambitieuses", plutôt qu'à la seule indignation.

Le document à l'origine de la polémique est une note de douze pages adressée le 29 juillet par le garde des Sceaux Gérald Darmanin à son homologue de l'Intérieur, Laurent Nuñez. Révélée le 8 août par nos confrères du journal "Le Monde", elle détaille les défaillances dans la prise en compte des violences sexuelles faites aux enfants, un sujet remis sur le devant de la scène après les manquements mis au jour dans l'affaire Lyhanna. Le rapport s'appuie sur les remontées des procureurs généraux à travers le pays et révèle l'existence d'un vaste "stock fantôme" de procédures. Des dossiers conservés par les services d'enquête mais jamais transmis aux parquets, ce qui prive ces affaires de toute supervision judiciaire et retarde parfois considérablement les investigations.

Nîmes figure parmi les villes les plus concernées par le phénomène. Les procureurs y ont découvert 1 275 procédures "fantômes", un chiffre à comparer aux 905 recensées à Caen ou à la quinzaine de dossiers purement et simplement perdus à Bourges. Le manque d'effectifs, des agents parfois peu investis et un manque de formation sont pointés parmi les causes de ces dysfonctionnements, une partie d'entre eux étant liée à la réforme de la police judiciaire mise en œuvre en 2024.

« Il devient urgent de prendre des décisions courageuses et ambitieuses »

Dans sa tribune, Vincent Bouget affirme que, "au-delà de l'indignation légitime que ces éléments peuvent provoquer, il devient urgent de prendre des décisions courageuses et ambitieuses". Plutôt que de "s'époumoner à invectiver des défaillances individuelles ou géographiques", l'édile invite à se pencher sur les causes de ce que le courrier du ministre de la Justice qualifie lui-même de "dysfonctionnements d'ordre structurel". Pour le maire, "la multiplication des situations doit nous conduire à nous interroger d'abord sur la société dans laquelle nous vivons, capable de produire autant d'actes de violence sexuelle sur des victimes de plus en plus jeunes".

Il met également en garde contre les réponses simplistes au phénomène : "Les déchaînements de haine, les décomplexions masculinistes et machistes ainsi que les arguments simplistes pour répondre à des maux qui sont loin de l'être n'aident pas à une prise de conscience collective nécessaire ni à une éducation qui prenne en considération ces questions". Il appelle enfin à des moyens à la hauteur de l'enjeu, regrettant que, "comme d'habitude, il nous faut être mis en face de l'innommable, de la douleur inacceptable des victimes et de leurs proches, pour se rendre compte qu'une priorité, pour l'être réellement, doit être dotée de moyens exceptionnels".

Vincent Bouget prévient : "Mettre en opposition la police, la justice, les services de médiation et d'éducation spécialisée de l'État ne règlera pas ce vrai fléau de notre époque et de notre société". Il appelle à la place à "créer un vrai projet qui intègre tout autant la prévention, l'éducation, l'accompagnement, la répression, la justice et des conditions réunies pour que les condamnations soient réellement appliquées et suivies". Selon lui, les sous-dimensionnements déjà qualifiés par le rapport lui-même de parfois extrêmes ne sauraient constituer une découverte, mais doivent "servir de base pour construire la réponse à la hauteur des enjeux et des ambitions que nous devons avoir pour protéger nos enfants".

Le maire de Nîmes conclut sa tribune par une mise en garde : "N'attendons pas qu'un prochain acte irréversible ne remette sur le devant de l'actualité ce qui est une nouvelle faillite de notre modèle sociétal". Il exhorte à ne pas "laisser les agitateurs des drames humains laisser croire qu'il suffit de punir, voire d'éliminer, pour régler définitivement le problème", et se dit enfin disponible pour contribuer, aux côtés des services de l'État, de la police et de la justice, à la réflexion et à la proposition de réelles solutions.

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