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Publié il y a 8 ans - Mise à jour le 30.04.2020 - tony-duret - 3 min  - vu 453 fois

REDESSAN Humidité, amiante, eau contaminée : le calvaire de la famille El Fadli

La facade de la maison. Photo Tony Duret / Objectif Gard

Une maison de plain pied d’une soixantaine de mètres carrés nichée dans la campagne de Redessan. L’endroit pourrait presque être idyllique pour cette famille du village. Seulement, depuis de nombreuses années, H. et ses filles vivent dans des conditions terribles. F. liste les défauts : « En septembre, un agent de l’Agence Régionale de Santé (ARS) est venu à la maison et il a été stupéfait. Une analyse de l’eau a montré qu’elle est impropre à la consommation. Ca fait trente ans qu’on en boit ! Et je ne vous parle pas de l’amiante, la maison en est truffée. On a la totale ! ». Pour accéder aux toilettes de la maison, la famille doit ressortir du logement et traverser une partie du jardin : « Vous avez vu la toiture ?, désigne F. Elle menace de s’effondrer à tout moment. Quand il y a du vent, on préfère utiliser des bassines plutôt que de se risquer à aller aux toilettes ». Pour faire la vaisselle, ce n’est pas beaucoup plus pratique : « On n’a pas d’eau chaude dans la cuisine. Imaginez en plein hiver quand on doit faire la vaisselle. J’ai les mains bleutées à cause du froid ». La liste est longue : murs décrépits, fils électriques qui pendent et qui ne semblent pas respecter les règles de sécurité, chambre sans fenêtre et, quand il y en a, elles sont mal isolées… « C’est une honte, s’indigne F. Déjà, quand j’étais petite, je n’ai jamais invité une seule copine à venir à la maison. Et puis, quand on découvre les rapports de l’ARS, comment ne pas s’interroger sur les maladies qui ont touché mes parents ? Mon père est décédé d’un cancer et ma mère vient de survivre à un cancer du sein ».

Le cas de cette famille n’est hélas pas isolé. A deux pas de leur maison vit Emmanuel Thomas, un septuagénaire souriant et polyglotte. Quand il ouvre la porte de son habitation, une forte odeur se dégage. Difficile de tenir plus de trente secondes à l’intérieur. Comme chez ses voisines, le plafond est en mille morceaux à certains endroits : « C’est de la faute des rats », explique Emmanuel qui a l’air de s’être accommodé de vivre à côté des rongeurs. Madani Marzuk, président de la Confédération Nationale du Logement du Gard, présent lors de notre reportage, est atteré. Il promet d’apporter toute son aide : « Les locataires ont des droits. Je vais faire en sorte qu’ils soient relogés rapidement. Mais nous allons aussi poursuivre juridiquement ».

Les fils électriques pendent et inquietent la famille. Photo Tony Duret / Objectif gard

Pour ce qui est du relogement, cette famille remue ciel et terre depuis des années. « En 1996, on a déjà fait une demande pour un logement social auprès de l’ancienne mairie. On n’y a pas eu le droit, regrette F. En juin dernier, il y avait 21 logements sociaux disponibles à Redessan. Là encore, ça nous est passé sous le nez ». Le maire de Redessan, Fabienne Richard, élue en mars dernier, semble impuissante devant la situation de cette famille : « J’ai défendu personnellement le dossier mais leur situation ne remplissait pas les critères d’admission ! On est conscient de l’insalubrité mais il n’y a plus de logements sociaux disponibles à Redessan. Dans l'immédiat, je vais prendre rendez-vous avec la propriétaire pour lui demander de faire des travaux  ».

La salle de bain d'Emmanuel Thomas. Photo Tony Duret / Objectif Gard

Contactée par téléphone, la propriétaire des deux habitations insalubres se défend : « Madame vous a-t-elle dit qu’elle avait obtenu un logement social à Nîmes ? Elle y est restée deux-trois ans avant de revenir à Redessan. Pourquoi est-elle revenue si elle ne sent pas bien ici ? D’ailleurs, vous avez déjà vu un locataire quitter un logement sans en aviser le propriétaire ? Mais je ne peux pas vous en dire plus, il y a une procédure en cours depuis juin 2012 pour reprise familiale ». En attendant la décision de justice, cette famille supporte son calvaire comme elle peut et continue de payer son loyer de 178€ par mois.

Tony Duret

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