Standing ovation, sauf l'opposition restée figée sur son banc. Quelques heures avant son entrée dans la salle des mariages de la mairie de Beaucaire, Nelson Chaudon décrochait le fauteuil de président de la Communauté de communes Beaucaire Terre d'Argence. C'est donc tout sourire que le maire Rassemblement national a ouvert le premier des deux conseils municipaux au programme de ce vendredi 17 avril. Un gros morceau puisqu'il s'agissait du vote des comptes administratifs des budgets 2025 et du budget primitif 2026. Le premier édile beaucairois a défendu une gestion "rigoureuse" des finances communales, malgré un contexte national incertain "et des contraintes qui pèsent lourdement sur le financement local".
À l’appui, plusieurs indicateurs avancés : une capacité de désendettement annoncée autour de 4,2 ans, une épargne nette en forte progression (4,4 M€) et des taux d’imposition inchangés depuis dix ans, après trois années de baisses consécutives. La méthode revendiquée repose sur la maîtrise des dépenses, la recherche systématique de co-financements et une vigilance accrue sur les marchés publics. "Mieux vaut attendre que gaspiller l’argent public", a résumé Nelson Chaudon. Et le même de se satisfaire des résultats positifs du budget principal 2025 (+5 M€) et des budgets annexes eau et assainissement (+3 M€) ainsi que des investissements réalisés, en cours et à venir, nous y reviendrons. "Les Beaucairois voient bien que les choses avancent, que les projets se concrétisent et que la ville continue de se transformer. C'est d'ailleurs le message fort qui a été envoyé le 15 mars dernier - jour du premier tour des élections municipales, NDLR - avec un score historique dépassant les 60 %."
Mais pour l’opposition, ces indicateurs masquent une autre réalité. Luc Perrin, du groupe Unis pour Beaucaire, conteste le lien entre "bonne santé comptable" et qualité des services rendus aux habitants. "Ainsi que la maîtrise de la masse salariale ne permet pas plus de conclure que les services municipaux sont bien organisés et que le personnel a les moyens humain et matériel de travailler." Il dénonce un "sous-investissement chronique depuis 12 ans", citant notamment l’état des voiries ou le retard sur les réseaux d’eau et d’assainissement.
Et Christophe André d'attaquer : "Vous en faites un peu beaucoup sur vos 60 %. L'opposition représente 40 %, vous pourriez faire preuve d'humilité et d'autocritique. Le "tout va bien", je ne pense pas que ce soit une politique cohérente, visionnaire. Cette autosatisfaction, on en a l'habitude, vous pourriez changer le genre [...] On pourrait même vous aider, on a quand même tous un petit peu d'expérience et comme vous, nous sommes Beaucairois, nous aimerions agir dans l'intérêt de Beaucaire." L'élu d'opposition Beaucaire l'Esprit Libre a également remis en cause la communication municipale, estimant que les montants d’investissements annoncés ne correspondent pas aux réalisations effectives : lui table sur 6,6 M€, contre les 11 M€ revendiqués par la majorité.
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Dès lors les débats se sont cristallisés autour des urnes, qu'il s'agisse de l'élection municipale ou du scrutin communautaire. "Vous vous comportez en opposition stérile, M. André et vous l'avez prouvé hier soir (jeudi 16 avril, NDLR). Vous avez trahi les Beaucairois et à partir de là c'est très compliqué. Je ne vais pas manger à table avec des traîtres", a lancé le maire, pointant les votes des groupes Beaucaire l'Esprit Libre et Unis pour Beaucaire en faveur de Juan Martinez, maire de Bellegarde, président sortant. Des propos qui ont suscité des réactions indignées dans les rangs de l’opposition, lesquels dénoncent des attaques personnelles agressives et réclament davantage de respect dans les échanges.
"Il ne vous a pas échappé pendant la campagne électorale, que nous n'avons pas la même vision des intérêts des Beaucairois et la même conception de l'avenir de la ville. Des Beaucairois, même s'ils sont en minorité, ont voté pour nous, pour nos deux listes, et donc nous ne les trahissons pas puisque nous portons leur parole aussi", a répondu Françoise Sellem, élue UPB. Les comptes administratifs des budgets principal et annexes ont été votés à la majorité, avec deux contre de Beaucaire l'Esprit Libre, quatre abstentions d'Unis pour Beaucaire.
Près de 19 M€ d'investissement
19 M€ d'investissements sont inscrits au budget primitif 2026 de la ville. La sécurité restera une priorité au cours de l’année à venir, avec la création d’une brigade VTT déployée dans le centre-ville et à la Moulinelle, ainsi que la poursuite du déploiement de la vidéosurveillance afin d’assurer un maillage renforcé du territoire. Un dispositif jugé "efficace, tant pour les enquêtes que pour les interventions en flagrant délit ou les alertes transmises à la police municipale", a complété le maire.
Côté voirie, 1,5 million d’euros sont prévus pour la réfection de trois axes du centre-ville, incluant la structure des chaussées et des investissements sur les réseaux d’eau et d’assainissement, ainsi que l’enfouissement des réseaux secs. Les rues concernées, dans un premier temps puisque ce chantier s'inscrit dans un plan pluriannuel, sont Pierre-Constantin, Raspail et Molière. Plusieurs kilomètres de voiries agricoles sur la plaine et le plateau seront également rénovés. Au sujet des voiries, l'élu d'opposition UPB, Luc Perrin, relève "une réduction de 50% du montant des réalisations par rapport à 2025." Année, il le rappelle, électorale. Et le même de pointer des dépenses sur les budgets de l'eau et de l'assainissement d'un montant "ridicule" en 2025, "230 000 € soit 6 % des sommes annoncées." Il ne croit pas aux 4,3 M€ inscrits à ces budgets pour 2026. "Repousser ainsi d'année en année des investissements lourds et inéluctables relève d'une irresponsabilité", a-t-il laché.
Le projet de l’îlot des Pêcheurs, estimé à 1 million d’euros, doit démarrer en fin d’année, avec le réaménagement d’un espace urbain conciliant valorisation du patrimoine, réutilisation d’éléments remarquables existants et végétalisation, afin de redonner de la respiration au quartier. La réhabilitation de la place Georges-Clémenceau est aussi citée, avec une enveloppe d’1 million d’euros et une contractualisation avec l’INRAP en vue d’éventuelles fouilles archéologiques. Le réaménagement de la place prévoit une correction des aménagements actuels, jugés inadaptés pour l’accueil du marché, des concerts etc, notamment en raison de l’absence de raccordements à l’eau et à l’électricité. L'espace de stationnement sera réduit à une trentaine de places, réparties entre le conservatoire et l’hôtel de Fermineau et le fond de place. Une végétalisation renforcée, une fontaine, des bancs, des jardinières surélevées et équipements techniques adaptés, sont prévus dans ce projet.
2 millions d’euros sont fléchés pour les bâtiments communaux, principalement les écoles : réfection et isolation des toitures, remplacement des menuiseries, extension du plan numérique aux classes maternelles et installation de climatisation dans des espaces définis. Le dossier de réhabilitation et d'extension de l'école Nationale estimé en 2020 à 7M€ est, quant à lui, toujours en suspens. "Le nouveau plan de financement est toujours en cours de renégociation avec les services de l'État", peut-on lire sur une délibération. Plusieurs structures municipales feront l'objet d'aménagements comme la mairie annexe de la Moulinelle "afin d'apporter au quartier de nouveaux services et d'améliorer les conditions de travail de nos agents et l'accueil des usagers, a précisé Nelson Chaudon. Nous continuerons également à renforcer les infrastructures sportives avec un investissement de 450 000 €, destiné à moderniser, à améliorer plusieurs équipements, notamment la rénovation complète de la piste d'athlétisme au complexe Fernand-Lamouroux."
Concernant le patrimoine, près de 600 000 euros seront consacrés à l'entretien et à la mise en valeur. Sont ciblées les études pour la rénovation de la collégiale Notre-Dame-des-Pommiers et la réhabilitation de la Croix-Couverte, "sous réserve de déblocage de la DRAC", a indiqué le maire. Sur ce sujet, comme d'autres, Christophe André juge le temps trop long. Mais il n'ira pas plus loin dans son propos, micro coupé, après avoir nommé le prédécesseur de Nelson Chaudon, "Sanchez" au lieu de "Monsieur Sanchez". Les deux élus Beaucaire l'Esprit Libre ont voté contre ce budget primitif, Luc Perrin, Françoise Sellem, Nicolas Pozzolini et Myriam El Fouani (UPB) se sont abstenus.
Des subventions votées
Le conseil municipal a alloué une subvention à l'OCCE 30 École préfecture d'un montant de 360 € afin de contribuer aux frais liés à l'organisation d'un spectacle le 18 mai prochain, au Casino municipal, en partenariat avec l'association beaucairoise Chœur Provence Languedoc.
Une autre subvention d'un montant de 1 000 € a été attribuée à l'association "Loisirs et partage" pour l'organisation de deux séjours, l'un à Paris, l'autre à la Grande-Motte, à destination des résidents des Ehpad des Hôpitaux des Portes de Camargue.
Enfin, une subvention de 2 000 € a été votée en faveur de la nouvelle école de raseteurs beaucairoise, présidée par Éric Beaujard, pour l'acquisition de matériel d'entraînement et la couverture des premiers besoins de fonctionnement jusqu'à l'ouverture des inscriptions prévue en septembre 2026.