Écologiste, pionnière de l'altermondialisme à l'époque où l'Organisation mondiale du commerce était instituée, la Sauvaine d'adoption, Agnès Bertrand, est décédée le 2 janvier.
Dès les années 80, celle qui a une formation de philosophe adhère à Ecoropa, association de protection de l'environnement qui met brièvement sur pied un projet de tribunal international écologique. À cette même époque, elle fait la rencontre de Teddy Goldsmith, rédacteur en chef de la revue anglaise The Ecologist.
Au début des années 90, elle prend conscience de l'immense champ d'application des accords du GATT (accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, de 1947) révisés par l'Uruyguay round : désormais, des filières protégées peuvent entrer dans le secteur marchand des multinationales comme l'agriculture, l'éducation ou le vivant.
Ces accords sont enterinés à Marrakech, en 1994, et amènent à la création de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Mais comme les pays tiers refusent l'accord sur les investissements, qui ouvraient à la concurrence les filières protégées, Amérique et Union européenne poursuivent leur discussion à Paris, au sein de l'OCDE (organisatioin de coopération et de développement économique). Pour aboutir au fameux AMI, ou accord multilatéral sur l'investissement. En réaction, Agnés Bertrand fonde l'Observatoire de la mondialisation.
En révélant, avec d'autres, ce que prévoyait l'accord secret, Agnès Bertrand provoque une réaction française : les Verts menacent de quitter le gouvernement de Gauche plurielle, le monde de la culture se mobilise, et la France se retire des négociations. L'accord est finalement enterré fin 1998. En 1999, Agnès Bertrand est à Seattle à l'occasion de la conférence ministérielle de l'OMC.
En 2002, elle co-écrit, avec Laurence Kalafatides, OMC, le pouvoir invisible, publié aux éditions Fayard. Elle assure également ds conférences, notamment dans le Piémont cévenol ou à la maison Mazel de Saint-Jean-du-Gard, pour expliquer son combat. À Sauve, elle crée aussi l'Institut pour la relocalisation de l'économie, sujet toujours brûlant d'actualité près de 25 ans après.
Évoquant l'ordre économique mondial, dans une interview à Libération, en 2003, à la veille de la mobilisation altermondialiste du Larzac, Agnès Bertrand dressait un constat prémonitoire : "L'OMC régente le monde dans la plus grande opacité. Elle forme l'axe de la nouvelle politique économique mondiale avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Tout est fait pour que les frontières de l'économie débordent les frontières politiques, sapant ainsi l'autorité publique."
Agnés Bertrand avait 77 ans. Ses obsèques civiles seront célébrées ce samedi 10 janvier, à 12h, au crématorium de Nîmes.