Publié il y a 18 jours - Mise à jour le 03.06.2024 - Boris De la Cruz - 3 min  - vu 28755 fois

NÎMES Un policier condamné à 4 ans de prison et à l'interdiction définitive d'exercer

Il comparaissait, jeudi 30 mai, devant le tribunal correctionnel de Nîmes pour une série d’infractions datant de 2019, notamment trois vols dans les geôles du commissariat de Nîmes sur des gardés à vue. Il a aussi été sanctionné pour un accès frauduleux à des données permettant de « trafiquer » le contrôle judiciaire d’un de ses amis.

« Ce dossier c’est celui de la trahison. La trahison de l’institution policière, la trahison de l’institution judiciaire et enfin la trahison de nos concitoyens qui doivent attendre de l’exemplarité de la part d’un policier », accable le procureur de la République de Nîmes qui ne comprend pas les « explications obscures » du policier à la barre du tribunal correctionnel… Un suspect qui « nie tout dans le dossier même les évidences », selon maître Valéry Dury, conseil d’un homme qui s’est fait voler sa Rolex dans les geôles du commissariat de Nîmes en novembre 2019. « Un lieu, le commissariat, où on devrait se sentir le plus en sécurité, en tout cas l’endroit où il n’est pas imaginable de se faire dérober ses biens. C’est plus grave d’être volé par un policier dans un commissariat que d’être volé dans la rue », estime maître Dury.

Vols d'une Rolex et de billets de banque dans les geôles du commissariat

Le problème pour ce gardien de la paix c’est qu’il nie systématiquement les infractions reprochées. Pour le vol de la Rolex, il n’était pas seul à surveiller les geôles. Selon lui, il y avait d’autres policiers. Pour les vrais billets volés, quelques soirs plus tard, dans les portefeuilles des gardés à vue, et échangés avec des faux billets utilisés au cinéma, il ne comprend pas que les doutes aient pu le toucher. « Mais il y a deux victimes qui ne se connaissent pas la même nuit dans ce commissariat et vous êtes au travail ce soir-là. On vous voit rentrer dans la pièce où se situe l’argent, tout mène à vous à chaque fois », indique le président du tribunal correctionnel, Jean-Michel Perez. « Ce n’était pas moi sur l’image vidéo », prétend le prévenu alors que, dans l’enquête, il a été reconnu par les autres fonctionnaires.

« Et, pour la montre, vous faites des recherches concernant une montre similaire à celle qui a été volée et échangée au commissariat. Pourquoi ? », insiste le magistrat qui essaie de faire avouer le prévenu. « J’aime les montres, mais l’ordinateur, sur lequel la recherche a été effectuée, est consulté par toute ma famille », répond le mis en cause.

« En fait, c’est la faute de tout le monde. Vous incriminez à la volée vos collègues, votre frère, votre père, votre fils aussi », dénonce Maître Dury « afin de ne pas pointer le seul vrai responsable de l’ensemble des délits, c’est-à-dire vous », plaide le pénaliste avignonnais. « Un policier qui n’avait pas une très bonne réputation au commissariat », complète le président de la juridiction en lisant la procédure.

Il nie tout et veut réintégrer la Police…

« Je suis Saïd, policier français de la République Française, et mes états de service sont excellents. J’ai protégé des ministres, un Président de la République, j’ai été grièvement blessé lors d’une manifestation d’agriculteurs et on me désigne aujourd’hui comme un traitre », déclare le prévenu qui ferme les yeux par moment et reprend sa respiration pour mieux se concentrer sur ses réponses... Ce père de famille de 39 ans, a vu sa carrière « suspendue » net dans la Police Nationale en 2019, après la plainte de cet homme qui était passé par une cellule des geôles du commissariat de Nîmes et qui dénonçait le vol de sa Rolex.

« Je ne suis pas d’accord lorsque l’on dit que l’enquête de l’IGPN, (ndlr : l’inspection générale de la police nationale), est de qualité. Ils n’ont pas fermé les portes et ils ont été aveuglés par la proie la plus facile, celle que l’on voit surveiller dans les geôles ces nuit-là. Mais il n’était pas seul », affirme Maître Philippe Cohen, avocat du policier suspendu. « Pour moi il est innocent, il fait des bêtises, des choses surprenantes, mais il n’y a rien à voir avec une volonté délibérée de trafiquer », poursuit l’avocat marseillais.

« Je suis un homme qui a tout donné à la Police. On m’a tué le jour où on m’a mis ça sur le dos », certifie le prévenu à la barre de la juridiction répressive gardoise en indiquant une dernière fois qu’il n’a rien à se reprocher... « La profession de policier était un rêve d’enfant, une fierté, une revanche pour moi, pour ma famille, pour ma mère qui a élevé seule 6 enfants. En 15 ans de carrière, je n’ai jamais failli, je ne suis jamais passé de l’autre côté, j’ai toujours été intègre. Mon plus grand souhait est de réintégrer les rangs », essaie de convaincre le prévenu avant que le tribunal ne parte délibérer.

Le procureur réclame un mandat de dépôt

Même si le mis en cause défend son innocence, ses propos n’ont pas convaincu les magistrats nîmois. Le dorénavant ex-policier est puni de 4 ans de prison dont deux années avec sursis. Les deux ans ferme ont été immédiatement aménagés sous forme de bracelet électronique. Il est condamné à payer les victimes, dont la Rolex à 11 500 euros. De plus le tribunal a décidé une interdiction définitive de la fonction publique. Le procureur avait lui demandé un mandat de dépôt différé.

Boris De la Cruz

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