Perchée sur un éperon rocheux de 25 mètres de haut, la Tour Carrée de Roquemaure domine toujours la cité rhodanienne, 800 ans après sa construction. Elle a pendant longtemps été une simple partie d'un château qui dominait, surtout, un verrou du Rhône, point de passage obligatoire pour les marchands et les navires.
Dès le XIᵉ siècle, les comtes de Toulouse en font un poste de péage lucratif, confié à leurs vassaux, les seigneurs de Roquemaure. En 1209, Raymond VI, comte de Toulouse, cède la forteresse à l’Église en signe de soumission au pape, avant qu’elle ne passe sous contrôle royal en 1229. Roquemaure devient alors un avant-poste frontalier entre le Languedoc et le Comtat Venaissin, territoire pontifical.
De la résidence royale à la simple carrière de pierres
Sous l’impulsion de Saint-Louis, l'édifice au style roman tardif est agrandi et modernisé pour accueillir la noblesse itinérante. En 1244, le roi y séjourne en attendant que sa flotte pour la croisade soit prête dans le port d’Aigues-Mortes et y fait construire une nouvelle enceinte.
Les maisons du quartier du château sont démontées et reconstruites sur la rive droite du fleuve où elles forment le nouveau quartier du château ou « quartier de Chateau-Neuf ». Le château de Roquemaure devient ainsi un des plus importants du Languedoc et sert de magasin-réserve pour les croisades.
Mais son déclin s’amorce à la fin du XVIᵉ siècle. Endommagé lors des guerres de Religion, le château perd son rôle stratégique. Il ne devient alors plus qu’une prison, puis une fonderie de plomb et d’argent, avant d’être vendu comme bien national en 1795. Jusqu'en 1850, le rocher est exploité comme carrière de pierres, effaçant presque toute trace du bâti médiéval.
Deux tours classées en vestiges éternels
Aujourd’hui, il ne reste du château que deux tours classées aux Monuments historiques : la Tour Carrée (XIᵉ siècle), dite "des Carthaginois", haute de 16 mètres et culminant à plus de 40 mètres de haut ; la Tour Ronde (XIIIᵉ siècle), dite "de la Reine", du nom de Marie de Bretagne, épouse du duc d’Anjou, gouverneur du Languedoc. La première servait de poste de guet pour surveiller le trafic fluvial, la seconde abritait une salle voûtée percée d’archères.
Ces vestiges, ainsi que la maison des péagers, rappellent l’importance historique de ce site, où le dicton local résumait avec ironie son rôle : "Le vin de Roquemaure, jamais pressé, toujours taxé". Lors de la première partie du XIXᵉ siècle,un des bras du Rhône a été asséché et l'îlot rocheux qui portait les fortifications a été rattaché à la ville.
Le déplacement du monument aux morts en juillet 2023 a permis de dégager la vue sur la tour Carrée, offrant une nouvelle perspective sur ce pan méconnu de l’histoire gardoise. Malgré les destructions, Roquemaure conserve la mémoire d’un château royal, témoin des luttes de pouvoir, des croisades et de la vie économique du Rhône médiéval.