Il ne s’agit certainement pas là de la plus belle infrastructure visuellement parlant de Bagnols-sur-Cèze, mais là n’est pas son intérêt désiré. La passerelle Maïa, projet structurant de l’ère Jean-Yves Chapelet, a été posée au-dessus de la Cèze ce mercredi 27 août, en l’absence de l’ancien maire, battu aux élections municipales en mars dernier. La passerelle mixte piétonne/cycliste, ses 80 tonnes, 63 mètres de long et 3 de large, vont permettre, dès la pose des planches en novembre, de mieux relier le nord et le sud de la capitale du Gard rhodanien, en plus de désengorger le pont Robert Schuman, jusqu’ici seul moyen de relier les deux moitiés de la commune, coupée par le cours d’eau.
Maïa, pour "Mission architecturale d'infrastructure et d'aménagement", aussi prénom de la petite-fille de l’ancien maire, s’inscrit dans une dynamique de développement de la partie nord, voulue par l’ancienne majorité et portée entre autres par l’ouverture prochaine d’un Grand Frais, un Action et un Maxi Zoo en lieu et place des Transports Blanchers. "Mais combien de personnes sont concernées ?", questionne aujourd’hui la maire Pascale Bordes, déjà très critique du projet pendant la campagne électorale.
"Je suis furieuse contre mes prédécesseurs d'avoir choisi ce projet par rapport à d'autres"
25 000 véhicules emprunteraient chaque jour le pont en sortie ou direction du rond-point de l’Europe, mais jamais l’estimation de piétons et cyclistes passants n’a été divulguée. "Le pont Schuman n’est pas évolutif. La seule solution est une passerelle indépendante", défendait Philippe Berthomieu, ancien adjoint aux Travaux. Jean-Yves Chapelet estimait lui que les trottoirs actuels ne permettent pas de circuler à plusieurs ou avec une poussette, justifiant la nécessité d’une infrastructure dédiée.
Pascale Bordes rétorque : "J'entends que ce soit une bonne chose pour les piétons et cyclistes et je ne critique pas l'aspect architectural, les previsualisations promettent même un bel ouvrage : la couleur rouille devrait patiner, brunir pour prendre la même couleur que les parties extérieures. Je suis juste furieuse contre mes prédécesseurs d'avoir choisi ce projet par rapport à d'autres."
4,2 millions d'euros, dont 1,5 million pour la ville
Le projet, au total, s’élève à 4,216 millions d’euros HT, dont 1,525 proviennent du budget communal. Jean-Yves Chapelet annonçait lui 400 000 euros. 1,686 millions d'euros sont financés par l’AFIT (Agence de Financement des Infrastructures de Transport de France). L’Agglomération et le Département complètent le financement.
Une partie du budget est à imputer au détournement du cours de la Cèze, avec la création de passages busés temporaires pour assurer un écoulement fluide de l'eau, ainsi qu’au déboisement. Des travaux, lancés en octobre 2025, nécessaires pour répondre aux contraintes écologiques.
Pendant ce temps-là, "rien ne fonctionne dans les écoles"
L’accessibilité de la passerelle devait aussi être retravaillée pour mieux s’intégrer au réseau cyclable départemental et régional, mais la priorité n’est pas là pour la maire en cette période de rentrée.
D’autant plus que l’entretien sera à la charge de la commune, et que rien ne garantit que les aménagements paysagers du chantier sont compris dans le budget : "Rien ne fonctionne dans les écoles, j'hésite même à reporter la rentrée scolaire. Certains élèves et professeurs vont travailler sous trente degrés sans climatisation. Avec ces 1,525 millions, on aurait pu doter les trois grands groupes scolaires de climatiseurs, et même plus. De notre côté, on a préféré mettre 22 000 euros pour acheter quatre climatiseurs, auxquels s'ajoutent 40 000 euros de travaux pour ouvrir une classe petite enfance et jeunes enfants autistes à l’école Jean-Macé", défend et annonce la maire.
Protestation oblige, aucune inauguration ou appellation de la part de la mairie n’est prévue. L'audit des comptes de la mairie sera aussi bientôt dévoilé, en conseil municipal ainsi qu'en réunion publique.