Publié il y a 42 min - Mise à jour le 24.08.2026 - Propos recueillis par Abdel Samari - 6 min  - vu 72 fois

ROQUEMAURE Nathalie Nury : « Je ne peux pas faire en six ans ce qui n’a pas été fait en trente ou quarante ans »

Nathalie Nury, maire de Roquemaure 

- Photo DR

Réélue à la tête de Roquemaure, Nathalie Nury entame son deuxième mandat avec plusieurs chantiers importants pour la commune. École maternelle, voirie, commerces, végétalisation et convivialité du centre-ville : la maire détaille ses priorités pour les prochaines années. Également vice-présidente du Département du Gard chargée de l’Éducation et des collèges, elle évoque la rentrée scolaire et la question désormais incontournable de l’adaptation des établissements aux fortes chaleurs.

Objectif Gard : Quels sont aujourd’hui les grands chantiers de Roquemaure ?

Nathalie Nury : Nous avons notamment l’école maternelle. Il y a un véritable enjeu d’accessibilité, avec encore des escaliers. C'est une école que je connais bien puisque j'y suis moi-même entrée à la maternelle il y a 59 ans ! Elle a été réhabilitée depuis, mais nous avons désormais un chantier important à mener. Il y a également la route d’Avignon à refaire complètement. Ce sont deux gros chantiers que nous allons devoir phaser dans le temps compte tenu de leur coût. Mais, au-delà de ces grands investissements, tout le reste de notre action concerne vraiment le quotidien des habitants.

Justement, qu’entendez-vous par améliorer le quotidien ?

Cela passe par beaucoup de choses qui peuvent paraître petites : les manifestations à remettre au goût du jour, les soirées food trucks, des rues plus propres, moins de trous dans la chaussée, des chemins entretenus… La vie est belle, il faut aussi savoir s’en rendre compte ! Les gens peuvent parfois se focaliser sur un trou dans une rue. Je me dis que si leur environnement quotidien est plus agréable, plus joli, plus vivant, cela contribue aussi à leur qualité de vie. Pendant des années, et sans vouloir critiquer les municipalités précédentes, assez peu de travaux de voirie ont été réalisés. Mais la voirie coûte énormément d’argent et, avant de refaire ce qui est visible, il faut souvent refaire ce qu’il y a dessous. Aujourd’hui, nous pouvons travailler sur les réseaux avant d’intervenir sur la chaussée. Mais les habitants voient surtout le résultat en surface. Certains me disent : « Cette rue a été refaite mais pas la mienne. » Je leur réponds que je ne peux pas faire en six ans ce qui n’a pas été fait en trente ou quarante ans. Nous avons aussi testé des techniques permettant de reprendre certaines voiries sans forcément tout démolir. Cela permet de montrer qu’on peut améliorer les choses progressivement.

« La végétalisation doit aussi passer par un engagement citoyen »

Vous souhaitez également végétaliser davantage Roquemaure ?

Oui. Mon conseiller délégué à l’environnement et à la propreté travaille sur le sujet. L’idée est de commencer par une rue, dès septembre ou octobre, afin de montrer concrètement aux habitants ce qu'il est possible de faire. Végétaliser une rue n’est pas forcément très compliqué. Mais cela nécessite aussi une implication des riverains. Si celui qui habite devant une plantation peut mettre un peu d’eau ou couper quelques branches lorsqu’elles dépassent, cela change tout. Nous n’avons que trois agents pour les espaces verts. Nous ne pourrons pas végétaliser tout le centre-ville et assurer seuls l’intégralité de l’entretien. Il faut donc aussi un engagement citoyen.

Le centre-ville fait justement partie des sujets importants de votre mandat. Comment comptez-vous le revitaliser ?

Nous avons lancé une opération de revitalisation et nous allons maintenant entrer dans le concret. Le plan d’action prévoit notamment des aides au ravalement des façades, à la rénovation énergétique ou encore à l’adaptation des logements pour les seniors. Nous travaillons également avec l’Agglomération sur la dynamique économique.

De nouveaux commerces se sont installés ces dernières années. Êtes-vous satisfaite de cette évolution ?

Oui. Il manquera toujours des commerces, bien sûr, mais ce qui m’importe surtout, c’est que ceux qui s’installent fonctionnent et restent. On parle beaucoup du restaurant qui s’est installé et qui fonctionne très bien, mais nous avons aussi une petite librairie qui a ouvert il y a quelques années. Nous jouons le jeu avec elle, notamment en achetant les livres de la médiathèque sur place. Elle fonctionne bien et s’est créé une véritable notoriété. Ce qui m'intéresse, ce n'est pas d'avoir de la quantité pour pouvoir annoncer beaucoup d'ouvertures. Je préfère des commerces bien ciblés qui trouvent leur clientèle et qui tiennent dans la durée. Ouvrir des commerces pour les voir fermer quelques mois plus tard n’a aucun intérêt.

Et en matière de services publics ?

Nous sommes plutôt bien dotés. La Poste est toujours présente. Nous avons France Services, la possibilité de faire les passeports et les cartes d’identité depuis trois ans, un centre médico-social du Département, une banque… Des habitants des communes voisines viennent aussi à Roquemaure pour utiliser certains de ces services, et cela profite ensuite aux commerces.

« Les places de village sont extrêmement importantes »

De nombreux maires cherchent aujourd’hui à recréer de la convivialité dans les centres-villes et autour des places. Après la période Covid, ressentez-vous ce besoin de se retrouver ?

Nous avons deux places importantes à Roquemaure : la grande place et celle de la mairie. Nous avons réinvesti la place de la mairie et je ne le regrette absolument pas. Sur l’autre place, les aménagements réalisés ont aussi permis aux habitants de se la réapproprier. Nous avons installé des bancs et les gens, jeunes ou moins jeunes, viennent s’y asseoir et discuter. Ils sont ressortis. Les soirées food trucks ont également participé à cette dynamique. Cette année, je trouve que c’est peut-être un peu plus poussif, mais cela reviendra. Il faut aussi prendre en compte tout ce qui se passe autour. Les caves viticoles, par exemple, organisent beaucoup de soirées avec des animations et des DJ. Forcément, cela peut enlever un peu de public aux manifestations organisées par les communes. Mais ce n'est pas grave. L'essentiel est que chacun trouve son bonheur quelque part. Je suis donc complètement d’accord avec les maires qui veulent retravailler leurs places de village. Elles sont extrêmement importantes. Il faut qu’elles restent ou redeviennent des lieux conviviaux où les gens peuvent se rencontrer, et pas simplement des espaces où passent les voitures.

« La rentrée se fera avec moins d’enfants »

Vous êtes aussi vice-présidente du Département du Gard chargée de l’Éducation. Dans quel état d’esprit se prépare la prochaine rentrée scolaire dans les collèges gardois ?

La rentrée va se faire avec moins d’enfants. C’est un phénomène que l’on retrouve un peu partout. Globalement, les choses se passent relativement bien dans les collèges. En matière de sécurité notamment, nous n’avons pas de problème majeur. Nous travaillons très bien avec la direction académique, main dans la main, et c’est extrêmement important. Nous avons aussi des projets importants qui avancent, notamment des opérations de reconstruction.

Il reste cependant le dossier du collège de Pont-Saint-Esprit. La situation peut-elle désormais se débloquer ?

Le dossier est complètement bloqué dans la mesure où le terrain nécessaire n’est pas mis à disposition. Je sais qu’il existe un contentieux entre l’établissement public foncier et la commune. Il faudra donc attendre de savoir comment cela va évoluer. La difficulté, c'est que pendant ce temps-là, les élèves et les enseignants continuent de travailler dans des conditions qui ne sont pas satisfaisantes. C'est cela, la vraie problématique.

« Climatiser toutes les classes me semble irréalisable »

Avec les épisodes de fortes chaleurs, la question de la climatisation et des refuges climatiques dans les établissements scolaires revient de plus en plus. Comment faut-il s’adapter ?

À Roquemaure, le collège est moderne et a bénéficié d’un agrandissement. Quatre grandes salles sont climatisées, ce qui permet, lorsque c’est nécessaire, de regrouper des élèves dans des espaces plus frais. Concernant nos écoles communales, nous avons réalisé une rénovation énergétique de l’école élémentaire, mais nous n’avons pas installé de climatisation. Il faut aussi regarder les contradictions que cela pose. La climatisation rejette de l’air chaud à l’extérieur et consomme de l’énergie. À un moment donné, il faut savoir ce que l’on veut. Et il y a évidemment la question du coût pour les collectivités. Pour les collèges, imaginer mettre la climatisation dans toutes les classes des 53 collèges publics du Gard représenterait un investissement considérable. Cela me semble difficilement réalisable.

Pour la future école maternelle de Roquemaure, votre réflexion évolue-t-elle néanmoins ?

Oui, forcément. Puisque nous allons refaire l’école maternelle, nous allons y réfléchir. Je pense qu’il faut au minimum prévoir des espaces dans lesquels les enfants peuvent aller se rafraîchir. Le réfectoire, par exemple. Le repas du midi doit rester un moment de détente pour les enfants. Quand il fait 35 ou 36 degrés dans un réfectoire, ce n’est plus possible. Pour moi, dans la nouvelle école maternelle, le réfectoire devra disposer d'un système permettant de garantir une température supportable. Peut-être également la salle de motricité et une autre salle, afin que les enfants puissent disposer de plusieurs espaces de fraîcheur. En revanche, climatiser toutes les salles alors que nous parlons en permanence d’environnement et de changement climatique me semble contradictoire et difficilement réalisable.

La géothermie peut-elle constituer une alternative ?

J’ai été bluffée par le système de géothermie installé à la crèche. Nous y sommes allés récemment avec le nouveau président de la CAF. En entrant, il pensait que le bâtiment était climatisé. Mais non : il faisait autour de 24 ou 25 degrés à l’intérieur alors qu’il faisait près de 40 degrés dehors. Cela montre que le système fonctionne. Évidemment, la géothermie représente un investissement beaucoup plus important au départ. Mais pour la future école maternelle, c’est clairement une piste sur laquelle nous pouvons réfléchir.

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