Publié il y a 1 h - Mise à jour le 02.08.2026 - Corentin Dimanche - 3 min  - vu 83 fois

FAIT DU JOUR La Laudunoise et scientifique Anne Ealet chevalier de la Légion d'honneur

Anne Ealet

Anne Ealet dans son laboratoire

- DR

Physicienne depuis 35 ans, directrice de recherche, spécialiste en cosmologie et mécanique quantique, Anne Ealet a vu ses connaissances et travaux récompensés le 14 juillet dernier à travers un courrier de l'Élysée lui attribuant la Légion d'honneur. Un nouveau titre dans sa longue carrière, dont la prochaine étape est la création de son propre institut de recherche. 

Un esprit simple pour un cerveau riche et des travaux complexes à l'enjeu colossal. Anne Ealet est de ces personnes qui paraissent ordinaires au premier abord, mais dont le travail en coulisses impacte notre monde, son avenir et la compréhension que l'humanité en a. Pour exemple, elle est directrice, depuis 2018, de l’Institut des deux infinis à Lyon, un laboratoire de 250 personnes. Dans ce cadre, elle a été responsable scientifique du spectrophotomètre - appareil d'analyse chimique qui mesure l'absorption d'un rayonnement infrarouge par une molécule - du télescope Euclid de l'Agence spatiale Européenne (ESA). Ses observations doivent contribuer à déterminer l'origine de l'accélération de l'expansion de l'Univers et la nature de sa source.

Pour cette création, ainsi que les avancées et découvertes menées pendant 35 ans de carrière, elle a été faite chevalier de la Légion d'honneur ce 14 juillet par courrier du président de la République. "Je ne sais toujours pas comment mon nom a été remonté, et je cherche pas à savoir, je verrai ça à la rentrée", sourit simplement la scientifique. 

"Tout est possible dans notre univers"

Entrée au CNRS en 1991 en réussissant son concours au premier essai, la Laudunoise d'adoption cherche à "mieux comprendre la magie de l’univers, cette machinerie énergétique aux proportions incroyablement précises qui nous permet d’exister." Pour cela, il faut "faire le lien entre univers et quantique", l'infiniment grand et l'infiniment petit : "Si on regarde les probabilités pour en arriver ici avec la formation des atomes, du carbone, de la Terre... c’est littéralement improbable, mais tout est possible dans notre univers. Le processus d’évolution naturelle crée des états stables, la mécanique quantique prédit l’énergie du vide, les atomes viennent des étoiles, le tout permet que la Terre soit stable... Tout ça donne du sens à la vie, lui donne un côté magique, c’est merveilleux à voir.

Cette fascination et cette soif de compréhension sont alimentées par les horizons qui s'ouvrent à chaque découverte scientifique : "Ces milliards de galaxies et de trous noirs qu’on a découverts ces vingt derniers années, on n'y comprend pas grand-chose encore. Seulement 4% de l'univers est composé de matière, le reste c'est du vide, mais qui fait quand même quelque chose. Tout ça révolutionne déjà le sens de la vie. Au final, plus j’en apprends moins je comprends et plus je veux comprendre."

Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?

Anne Ealet n'était pourtant pas prédestinée à investir le monde scientifique. Fille de parents "plutôt littéraires", dont un père militaire lui-même décoré de la Légion d'honneur, elle y est "tombée par hasard" en suivant une conférence au CNRS avant son baccalauréat : "À l'époque, la notion d'ingénieur ne me parlait pas trop, ça m'a simplement plu. J'étais un peu naïve, hors monde en un sens. Je me suis toujours dit que ça marcherait, tout me paraissait normal. Je ne me posais pas des questions sur ma paye, sur mon avenir, juste je faisais quelque chose qui me plaisait. Je travaillais avec des prix Nobel, j'étais en émulation intellectuelle constante."

Pendant ses études au début des années 1990 à Toulouse, la Marseillaise d'origine, alors enceinte, a mené une thèse sur les réseaux de neurones, dont l'intelligence artificielle est "la version moderne". Elle s'est ensuite intéressée à la cosmologie dans les années 2000, décennie marquée par la découverte des supernovas, l'implosion d'une étoile en fin de vie, à l'impact large qui "explique et construit notre réalité".

Bientôt son propre institut, car "tout n'est pas foutu"

La prochaine étape pour la chercheuse est de créer son propre institut. Elle qui n'a "jamais été seule" et a toujours mené "un travail collectif" sera accompagnée d'un philosophe, un spécialiste du langage, un biophysicien et d'un autre scientifique, pour "mettre les sciences ensemble et mieux se parler, avoir des regards croisés et aller plus vite" : "Aujourd’hui, on ne se comprend pas entre sciences, on met vingt ans à innover. Les sciences fondamentales doivent résoudre les problèmes en commun. On doit prendre nos responsabilités afin d'aider le système."

L'autre but est en effet de "rendre accessible" ce domaine difficile de compréhension pour le commun des mortels : "On doit jouer notre rôle au niveau sociétal, s'ouvrir aux gens, à d’autres idées, d’autres façons de voir, plutôt qu’être perchés sur nos problèmes. Les dimensions font peur, mais l’intelligence collective enlève les peurs et les menaces. Tout n’est pas foutu, il faut juste mieux comprendre le monde." Sa médaille pour ses "services éminents à la Nation" devrait lui être remise en septembre.

Il vous reste 80% de l'article à lire.

Pour continuer à découvrir l'actualité d'Objectif Gard, abonnez-vous !

Votre abonnement papier et numérique
à partir de 69€ pour 1 an :

  • Votre magazine en version papier et numérique chaque quinzaine dans votre boite aux lettres et en ligne
  • Un accès illimité aux articles exclusifs sur objectifgard.com
Corentin Dimanche

Bagnols-Uzès

Voir Plus

A la une

Voir Plus

En direct

Voir Plus

Studio