La première réinterprétation d’Aznavour par Soprano aura suffi à donner raison au projet de cette 27ᵉ édition. Car les Fous chantants n’ont jamais aussi bien porté leur nom que cette année, puisqu’ils ont réussi le pari fou, justement, de combiner les univers et discographies de Soprano et Charles Aznavour.
Musique urbaine du XXIe siècle, chant traditionnel lyrique du XXe. Le tout saupoudré de mille voix amateurs à unifier, embellir et maitriser. Le tableau semble impossible à peindre, à l’image des portraits dessinés sur scène en parallèle de la performance vocale. Et pourtant. Le mélange entre la palette arc-en-ciel de voix des choristes, l’énergie rouge "feu" du rappeur franco-comorien et la solennité bleue "bohème" du ténor arménien a créé une couleur vocale, une teinte artistique, inédites jusqu’ici.
Ensemble de nouveau et d’ancien, d’hommage et respect éternel pour le grand absent du soir et d'énergie communicative, le concert a proposé une dizaine de titres, alternant entre les deux discographies, quasi opposées au premier abord. Mais le travail réalisé en amont et l'universalité intrinsèque des Fous chantants ont permis de les rapprocher, les entremêler, les faire se succéder, passant par exemple de l'apaisant La Bohème à l'énergique Le Coach en quelques minutes. En toute fluidité, en toute logique. Sans qu'on s'en rende compte ou y prête attention.
Star sur scène de la soirée, Soprano a, comme le veut la tradition et le concept des Fous chantants, pris part à environ la moitié des morceaux interprétés, laissant la lumière et la place complète aux mille choristes, "les vraies stars" du soir selon ses propres dires. Mais il s'est aussi transformé quelques fois en simple spectateur à même la scène, "ému et touché par tous ces chœurs", profitant "comme une petite souris de cet orchestre majestueux".
Certains titres ont été interprétés presque tels quels, à peine réappropriés par la chorale. Mais, comme certains classiques d'Aznavour ont été accélérés, "sopraniser", certains tubes de Soprano ont été ralentis, "aznavourisés", le public n'hésitant pas à ajouter sa touche lui aussi.
Le chanteur marseillais a, semble-t-il, logiquement, été quelques fois presque intimidé par la lourde tâche d'être le Charles Aznavour d'un soir. Mais il en a aussi été transcendé sur certaines notes, laissant sa voix, souvent oubliée et sous-estimée par son style musical, réaliser une performance insoupçonnée. Il a en tout cas toujours puis s'appuyer sur le public et les mille c(h)oeurs et ses titres dansants, parfois sportifs, toujours communicatifs.
Le "pont entre générations" promis en amont des deux heures et vingt minutes de spectacle a bien été bâti, tant vocalement, que dans les rangs du public et des choristes, petits-enfants et grands-parents chantant à l’unisson, "les histoires humaines traversant les époques" et transcendant les âges et styles privilégiés. L'esprit collectif s’est aussi laissé quelques fois à penser à Charles Aznavour, autre tête d’affiche de l’édition, au ciel depuis 2018 mais dans le cœur et les voix de toutes les personnes présentes aux Arènes du Tempéras ce week-end.
À l'heure d'écriture de ces lignes, il reste encore des places pour le concert de samedi soir. Billetterie ICI. Le vendredi 30 et samedi 31 juillet 2027 sont déjà réservés pour la 28ᵉ édition.