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FAIT DU JOUR Poitevin : la recette d’une petite entreprise qui résiste face aux géants

Jean-Marc travaille depuis 40 ans chez Poitevin à fabriquer des cadrans. DR
Jean-Marc travaille depuis 40 ans chez Poitevin à fabriquer des cadrans. DR

L'entreprise Poitevin est née en 1932 à St-Privat-des-Vieux. Elle est spécialisée dans la fabrication et la pose de cloches et d'horloges. Aujourd'hui, avec ses 9 salariés, elle continue de résister aux géants du secteur et poursuit son développement en misant sur la qualité.

Comme de nombreuses entreprises en France, Poitevin est une société familiale aujourd'hui dirigée par la petite fille de son créateur. Installée à St-Privat-des-Vieux, près d'Alès, elle compte neuf salariés dont six artisans. Elle fabrique de manière artisanale des cadrans, des campaniles, des clochers et des aiguilles, qu'elle pose au sommet des églises. Les matières premières utilisées sont françaises et italiennes. Un travail qui a un coût face à une concurrence farouche.

Des appels d'offre qui favorisent le dumping

Sur l'appel d'offre concernant le clocher de la cathédrale d'Alès, 14 000 € séparait la petite entreprise de son principal concurrent national Bodet qui a emporté le marché avec un devis s'élevant seulement à 3000€. "On a tout fait pour faire une offre avantageuse mais on n'a pas pu descendre plus bas", précise Chantal Munich-Poitevin, 52 ans, propriétaire de Poitevin. Et de fustiger : "Les grosses entreprises font de l'export et c'est très juteux. Par ailleurs, en affichant de tels prix, elles travaillent à perte en faisant du dumping pour décrocher le marché, et se rattrapent sur des chantiers où il n'y a pas de concurrence. Les tarifs évoluent donc en fonction des lieux".

La recette de Chantal est donc de se rendre là où les firmes ne l'attendent pas, souvent loin du Gard. Et ça fonctionne. Ses prix deviennent alors bien plus alléchants pour les collectivités. Mais elle regrette le système des appels d'offre actuel qui crée une nouvelle forme de favoritisme : "On est jugé sur un prix et un dossier. Si on est mauvais en communication, on perd le marché. Il faudrait y faire rentrer d'autres critères, comme la longévité de la société, sa notoriété et la qualité de son travail sur le terrain".

Jean-Marc et Jean-Claude à la manœuvre. DR
Jean-Marc et Jean-Claude à la manœuvre. DR

Une équipe soudée

La patronne le revendique haut et fort, elle est exigeante avec son équipe mais tente de rester humaine : "On demande beaucoup à nos collaborateurs. Ils sont obligés d'être excellents en permanence. Ce n'est pas forcément le cas dans une entreprise de grosse taille. En revanche, quand je donne une prime parce que je le peux, je ne donne pas 100 malheureux euros. Ils doivent pouvoir faire quelque chose avec".

Et à Jocelyne, sa comptable depuis 10 ans, de préciser : "Il y a de la rigueur, oui, mais il y a de la confiance. Elle est soupe au lait mais elle sait manager en expliquant les choses. Il nous arrive de faire 45h une semaine, et 20h la suivante, pour rattraper. On s'adapte aux besoins et on a tous cette conception. C'est nécessaire pour que ça tourne bien".

Une qualité reconnue

Respecter le client, être omniprésent, être réactif dans le service après vente, autant de règles de vie que s'impose l'entreprise. "Notre travail commence quand on a décroché le contrat", assure Chantal. Sur l'entretien en particulier, qui représente 1000 contrats par an, l'entreprise met un point d'honneur à offrir le meilleur service. "Nos concurrents font la maintenance en dépêchant des commerciaux qui tentent de vendre de nouveaux produits. Ce n'est pas de l'entretien!"

Une activité complémentaire

Ces efforts ne suffisent pourtant pas. L'entreprise vit aujourd'hui à 80% d'un autre marché plus lucratif : la protection de la foudre. "Mon grand-père a mis en place cette seconde activité en 1948 pour protéger les cloches foudroyées. Désormais, les deux volets sont bien séparés, et on ne pourrait vivre sans", affirme Chantal qui conclut par un cri d'alarme. "Les charges nous étouffent et je pense que nos politiques doivent agir dans ce sens. En contrepartie, il faut obliger les patrons à augmenter les salaires. C'est la seule manière de revaloriser le travail. Quand aux taxes, je ne suis pas contre toucher aux actionnaires, bien au contraire".

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Eloïse Levesque

Eloïse Levesque, journaliste diplômée de l'université de droit et de science politique de Montpellier, à Objectif Gard depuis mars 2014

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