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ALÈS Implantée depuis 1944, l’agence du journal la Marseillaise en danger

Michel Pernet et Alain Laurens, journalistes pour l'agence d'Alès de la Marseillaise. EL/OG
Michel Pernet et Alain Laurens, journalistes pour l'agence d'Alès de la Marseillaise. EL/OG
Michel Pernet et Alain Laurens, journalistes pour l’agence d’Alès. EL/OG

Alors que le journal La Marseillaise est en redressement judiciaire, dix agences sont menacées de fermeture, dont Alès, où exercent actuellement trois journalistes. Une page importante pourrait se tourner pour le quotidien communiste qui a soutenu pendant des décennies les luttes sociales du bassin minier.

Un signe supplémentaire de régression de la presse en France, et la fin d’une ère dans l’histoire de la lutte sociale du bassin cévenol. L’agence alésienne du journal communiste La Marseillaise, ouverte dans le centre ville au moment de la Libération, est à deux doigts de disparaître. Sur trois journalistes à plein temps, un seul d’entre eux devrait conserver son poste, et les bureaux – de presque 120 m² -, devraient fermer leurs portes. Si l’offre de reprise des Editions des Fédérés est acceptée. Le verdict tombe ce mercredi, après plusieurs mois d’attente. « Très vite, on a su qu’on ne resterait pas 208, et que 91 postes seraient supprimés, essentiellement dans l’imprimerie et les rédactions. Désormais, on vit au rythme des rendez-vous fixés par la justice. Tout le monde est tendu« , souligne Alain Laurens, journaliste depuis 1991 à l’agence alésienne.

Un « outil de combat« 

Richard Ducros, Alstom, Ladrecht, les « Dix d’Alès », depuis sa création à Alès, La Marseillaise joue un rôle complémentaire à son confrère Midi Libre, soutenant avec véhémence tous les mouvements de lutte. « Pendant Call Expert, j’ai siégé en plein cagnard avec les salariés pendant que les autres journalistes allaient voir le patron, dont la version restait identique. J’ai préféré recueillir leur ressenti. Le suivi aide au rassemblement« , assure Alain.

Pour Michel Pernet, chef d’agence à Alès depuis 1989, cette omniprésence garantit même la qualité de l’information : « grâce à la relation de confiance qu’on a avec les militants et les syndicalistes, on obtient des renseignements parfois essentiels que personne d’autre n’a. On sait à qui s’adresser. C’est de cette manière qu’on a appris, en 2008, que Merlin Gérin effectuait en Bulgarie une partie de la fabrication des disjoncteurs qui sortaient de l’usine alésienne », se souvient-il.

Le journaliste engagé définit même le quotidien comme « une référence », un « outil de combat« , quitte parfois à améliorer l’information. Une référence telle qu’en 2002, les CRS opposés aux salariés des mines ouvertes de Mercoirol viennent en personne à l’agence pour récupérer des photos de la manifestation. »On avait pourtant pas été tendres avec eux dans nos papiers« , sourit Alain qui rappelle que cet engagement a aussi mis en danger les rédactions du canard. « En 1958, lors du coup d’Etat en Algérie, des gardes étaient postés devant l’agence. On craignait l’arrivée des parachutistes« .

Des lendemains incertains

Aujourd’hui, la liquidation est peu probable pour La Marseillaise et la reprise devrait être validée par le tribunal de commerce. Suppression d’agences et de journalistes à la clé. « Grâce à Internet et au téléphone, la fermeture de nos bureaux ne sera pas un obstacle important à la tenue du journal. On n’est plus un lieu de passage depuis déjà longtemps« , regrette Michel. Pourtant, tout va changer. « Travailler seul, c’est plus compliqué. Notamment pour la qualité des articles. L’échange avec l’autre est essentiel dans notre métier. Son regard est garant du résultat final. Et puis on fera moins de choses. Ça va nous couper les ailes« .

Lire aussi :

MÉDIAS Le sort du journal La Marseillaise sera fixé le 15 avril

 

 

 

 

 

 

Eloïse Levesque

Eloïse Levesque, journaliste diplômée de l'université de droit et de science politique de Montpellier, à Objectif Gard depuis mars 2014

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8 commentaires

  1. Dommage pour la liberté d’expression et le pluralisme de l’information. Il ne va plus rester que des médias inféodés aux pouvoirs en place. Un seul journaliste à la Marseillaise qui couvre les combats locaux pour 23 salariés au Journal de l’Agglo d’Alès pour chanter les louanges du baron du secteur ….où est le pluralisme. Surtout que le Midi Libre tributaire des annonces légales pour vivre doit ménager aussi les grands élus et les grands patrons. On aura une info de plus en plus aseptisée, de plus en plus superficielle et très orientée sur les faits divers qui ne remettent pas en cause les institutionnels. Pas de vagues. Reste le Net et les commentaires quand ils ne sont pas censurés. A ce propos il faut noter qu’Objectif Gard ne censure pas contrairement au Midi Libre qui censure à tout va si le commentaire contredit la ligne éditoriale. Le pire c’est que le censeur du Midi dit Libre vous envoie un message passe-partout très hypocrite faisant référence à des défauts ( insultes, propos racistes etc…) qui n’ont rien à voir avec la teneur des commentaires. Le midi Libre n’a même pas le courage d’assumer sa censure. On est loin de l’esprit Charlie.

  2. Mais qui lit encore la Marseillaise, la Pravda locale du Parti Communiste? Plus grand monde…d’ailleurs ça fait même un peu peur quand on la lit, on a l’impression de ne pas vivre dans le même monde, ce qui lui donne un petit côté science fiction.
    Au final, La Marseillaise sera le premier élément communiste alésien à entrer au Musée, dans le cadre de la lente et (très) longue agonie du PCF. Ceci, avant le parti lui-même et ses élus, qui bénéficient encore de la perfusion des pontes départementaux du Parti socialiste, faisant encore de la région alésienne une zone réservée (par nostalgie?), façon réserve de Sioux (tiens, Sioux/Suau, ça se ressemble un peu!).
    Pour autant, la place ne doit pas être laissée à l’autre Pravda, la Pravda Bleue de Roustan: le journal de l’agglo…et pour pas cher, celui de la ville d’Alès!

  3. OK le lectorat de la Marseillaise est limité mais Kérensky qui ne doit jamais la lire, nous ressort des clichés éculés vraiment d’un autre temps. Il a juste 40 ans de retard. La Marseillaise rend compte plus honnêtement de l’actualité locale que le Midi Libre. Après on peut tomber dans l’anti coco primaire parce que en temps que socialiste, mal dans sa peau , mal dans sa doctrine ( s’il en reste une) les communistes locaux font un peu ombrage à certaines ambitions.

    1. Edouard aime aller au musée. Et visiblement il ne doit lire que La Marseillaise, qui comme chacun sait, ne véhicule aucun cliché et n’a pas juste 40 ans de retard dans les idées. Facile aussi de pointer les autres comme anti coco quand on est soit même anti-tout et visiblement anti-socialiste primaire, comme l’a d’ailleurs montré la campagne du Front de Gauche lors des dernières départementales…

  4. Rassure-toi anti anti , je suis abonné au Midi Libre et le lis très épisodiquement la Marseillaise qui n’est pas mal faite. En plus, il m’arrive même de voter socialiste quand je ne peux faire autrement pour me débarrasser du concurrent unique en face. Ce qui est ringard c’est votre rhétorique datée qui traduit surtout votre désagrément d’être encore dépassé par les « cocos » sur Alès. S’ils sont si mauvais comme vous le dites que dire des socialistes locaux…alors. Attention de ne pas tendre le bâton pour se faire battre….. comme aux élections. Puisque vous semblez être de la maison socialo : un conseil s’il vous reste quelques idéaux de gauche, bâtissez vite autre chose parce que là c’est foutu. Ou alors rejoignez les « chantiers de l’espoir » mais si c’est pour jouer au calife local… c’est pas la finalité du mouvement plus dans l’esprit Podemos ou Syriza.
    Faut arrêter de voter pour un maillot rose qui ne représente plus rien. C’est bon pour les supporters de football. Sans rancune camarade.

    1. Les chantiers de l’espoir, ça me fait marrer. Quand on voit les signataires, c’est un peu limité:PCF,CGT(donc PCF),Solidaires(donc Front de Gauche tendance Ensemble ou PG), FSU (donc PCF ou PG ou FdG, ça dépend si on est tendance Unité et Action ou Ecole émancipée), etc…Sans rire, à force d’être sectaire ils ne se rendent pas compte qu’ils font de l’entre soi. Après ils souhaitent un Syriza ou un Podemos français, mais peucheurette, ils n’y arriveront jamais!
      A lire, cet excellent article: http://www.slate.fr/story/100283/pas-syriza-france

  5. Faut y participer avant de traiter tout le monde de sectaire sinon on va finir par croire que c’est celui qui dit qui ….Je pense, mais à confirmer, que Nouvelle Donne participe à ces Chantiers. Il y a aussi des anciens du PS .

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