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JUSTICE Le gastro-entérologue d’Alès condamné à 7 ans de prison

Les avocats Eric Dupont-Moretti et Jean-Robert Phung devant leur client. Photo Tony Duret / Objectif Gard
Les avocats Eric Dupont-Moretti et Jean-Robert Phung devant leur client. Photo Tony Duret / Objectif Gard

 Ce quatrième et dernier jour de procès du docteur Gérard Léothaud, ancien gastro-entérologue alésien, accusé de viol sur une patiente, s’est achevé par la condamnation du médecin à une peine de 7 ans de prison.

Salle d’audience pleine à craquer ce jeudi matin. Sans doute l’effet Dupont-Moretti, avocat médiatique qui fascine autant qu’il est craint. Mais le public va devoir s’armer de patience avant d’entendre le ténor du barreau lillois démonter l’accusation. Celle-ci est portée par l’avocat général, Dominique Tourette, qui est le premier à prendre la parole ce jeudi. Il requiert pendant une heure et demie et commence par des questions :

-          Treize personnes, treize clientes sont venues à la barre pendant ce procès. Est-ce à mettre sur le compte d’une vengeance ? Mais elles ne se connaissaient pas entre elles (…). Et quel intérêt la plaignante aurait-elle à impliquer le docteur Léothaud dans une affaire aussi grave ?

Et de finir sa longue démonstration :

-          Ce docteur Léothaud a provoqué chez elle un malaise pour abuser d’elle. Je n’ai aucun doute sur la lubricité de ce dernier. Il a prémédité et réfléchi son geste. Un geste infâme. Je demande cinq ans de prison.

Jean-Robert Phung : « Je ne participerai pas à l’exécution de cet homme »

Pour la défense, c’est Maître Jean-Robert Phung qui est le premier à tenter de faire comprendre aux jurés que des doutes persistent :

-          Je connais la fin de l’histoire et vous la connaissez aussi, commence-t-il. Lorsque le verdict tombera, des hommes en bleu viendront le chercher et le conduiront à la maison d’arrêt. (…) C’est vachement agréable de détester Gérard Léothaud. Il concentre en lui un tel capital de répulsion sociale mais je ne participerai pas, sans mot dire et en silence, à l’exécution de cet homme.

Après plus d’une heure de plaidoirie, il conclut :

-          Mesdames et Messieurs les jurés, l’intime conviction, ce n’est pas l’intime ‘pifométrie’. Je vous demande de lui faire un procès équitable.

Dupont-Moretti attaque la présidente

Au retour de la pause déjeuner, à 14h, Eric Dupont-Moretti prend le relais. Il s’en prend à la présidente, à la manière dont elle a mené les débats :

-          Comme mon confrère Phung, je pense que la messe est dite. A moins que… J’ai peur de mal faire mon travail. Mais j’ai peur aussi de bien le faire et que ça ne serve à rien. Je n’ai pas aimé votre présidence, Madame. Je n’ai pas aimé votre complaisance. J’ai encore la force de vous dire que ce procès n’est pas un procès impartial. (…) Pendant ce procès, on a eu deux expertises : une qui vous dit que Léothaud ne peut pas être puni. Une autre qui dit le contraire. Laquelle on retient ? (…) Un bon juge, c’est quelqu’un qui est gourmand du contradictoire. Un bon juge aime l’avocat.

La présidente Geneviève Perrin reste de marbre. Pas sûr pour autant qu’à cet instant précis elle aime l’avocat Dupont-Moretti. Le brillant pénaliste va alors s’attaquer au dossier et pointer chaque contradiction, exploiter la moindre faille. Il relate les différentes versions des faits données par la victime à ses proches.

-          Qu’elle donne une version différente à un, deux, trois, quatre témoins, je veux bien. Mais on est à six. Il faut être d’une malhonnêteté intellectuelle absolue pour trouver une explication à ces différentes versions. Il faut une volonté féroce de vouloir condamner ce type.

Avec le Vidal (dictionnaire médical, NDLR) grand ouvert, il lit ensuite les symptômes d’un médicament - absorbée par la victime le jour des faits - qui présente des risques d’hallucination. Il fustige la théorie de l’avocat général qui prétendait quelques heures plus tôt, que dans son excitation, le docteur Léothaud n’aurait pas pu se contrôler et qu’il aurait donc introduit son doigt.

-          S’il est dans ce désir, pourquoi il n’irait pas plus loin ? Pourquoi il ne l’aurait pas pénétré avec son sexe ?, interroge-t-il.

Il revient sur les déclarations des témoins, s’indigne que la partie civile ait sous-entendu qu’un expert soit de connivence avec son client.

-          C’est la classe mondiale ! Ce dossier, vous pouvez l’envoyer à l’Ecole Nationale de la Magistrature. C’est ça la justice ? Moi j’ai honte. J’ai honte. J’ai honte.

Et de finir son argumentation en s'adressant aux jurés :

-          Si vous suivez l’avocat général, vous n’aurez pas rendu justice.

Pour Eric Dupont-Moretti, le tribunal n’a donc pas rendu justice. Après cinq heures de délibération, le docteur Gérard Léothaud a été condamné à 7 ans de prison.

Lire ici l’article de la première journée d’audience.

Lire ici l’article de la deuxième journée d’audience.

Lire ici l’article de la troisième journée d’audience.

Tony Duret

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Tony Duret

Tony Duret, journaliste à Objectif Gard depuis juin 2012.

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