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LE VIGAN Procès de l’abattoir : « Manque de pot, on a été filmés »

Yvon Goutal, l'avocat de la communauté de communes. Photo Élodie Boschet/Objectif Gard
Yvon Goutal, l'avocat de la communauté de communes. Photo Élodie Boschet/Objectif Gard

Le premier procès de l'abattage en France s'est ouvert ce jeudi matin au tribunal correctionnel d'Alès. Trois employés de l’abattoir du Vigan sont jugés pour mauvais traitements, dont l'un d'entre eux pour acte de cruauté, suite aux images révélées en février 2016 par l'association de protection animale L214.

Des barrières de sécurité entourent l'entrée du palais de justice. Une cinquantaine de journalistes, caméras sur l'épaule, arrivent au fur et à mesure dans la capitale des Cévennes pour couvrir ce procès inédit dans l'Hexagone. Rarement le tribunal d'Alès n'a fait l'objet d'un tel emballement médiatique. En plus de la salle d'audience, une seconde pièce, avec retransmission des débats sur grand écran, a été ouverte pour accueillir le public.

Il est un peu plus de 9 heures lorsque le procès démarre. Amandine Abegg, présidente de l'audience, expose les faits. En février 2016, l'association L214 diffuse des images insoutenables de sévices sur animaux tournées au sein de l'abattoir intercommunal du Vigan. Sur la vidéo, on entend des salariés rire alors qu'un mouton prend des décharges électriques, on voit un cochon se débattre alors qu'il devrait être au préalable étourdi, on découvre aussi d'autres animaux jetés violemment par-dessus des barrières. Suffisant pour ouvrir une enquête, qui sera menée pendant neuf mois par la brigade de recherche du Vigan et la brigade nationale d'enquête vétérinaire et phytosanitaire.

Un an plus tard, deux personnes sont assises sur le banc des accusés : Gilles Esteve, prestataire de service pour l'abattoir et Marc Soulier, salarié de la structure et responsable de la protection animale. Un troisième prévenu manque à l'appel : le salarié Nicolas Granier, responsable qualité. Enfin, la communauté de communes du pays Viganais, représentée par son président Roland Canayer, est également poursuivie.

"Le coup de pied que je donne, c'est pas un coup de pied"

Gilles Esteve, un éleveur bio de 56 ans, est le premier à répondre de ses actes. Il lui est reproché d'avoir porté deux coups de pied dans le postérieur d'un animal supposé étourdi. Après le visionnage de la vidéo, le prévenu s'explique tant bien que mal :

- Le coup de pied que je donne, ce n'est pas un coup de pied. C'est un coup avec une semelle en caoutchouc. Dans ce cas précis, c'est un geste de sécurité.

Pourtant, le règlement est clair : il est interdit de frapper les animaux.

- On ne vous a pas appris, lors de vos formations, la conduite à tenir face à cette situation ?, interroge la présidente.

- Ceux qui nous forment ne sont jamais rentrés dans un abattoir. Ils ne savent pas où on travaille, rétorque l’accusé.

Le porcelet saisi par les oreilles

L'absent du procès, Nicolas Granier, est lui aussi jugé pour avoir porté des coups de pied sur la tête d'un bovin. Lors de son audition, le salarié avait nié toute intention de blesser l'animal. Ces coups devaient "l’aider" à "le décoincer d'un piège".

Quant aux chocs électriques observés sur la tête d'un porc, c'était cette fois "pour le faire entrer dans un box". Et lorsqu'il a fallu placer un porcelet dans un appareil qui maintient l'animal immobile, le salarié n'avait, selon son témoignage, pas d'autres choix que de saisir la bête par les oreilles : "Je ne pouvais pas faire autrement sinon il allait s'échapper et pouvait me blesser gravement".

"Manque de pot, on a été filmés ce jour-là"

Même système de défense pour Marc Soulier, accusé également, au-delà de la maltraitance, d'actes de cruauté. Sur la vidéo, on découvre l'homme de 24 ans en train de saisir des bêtes par la tête, la laine, les oreilles ou la queue. Il jette également violemment des moutons par-dessus une barrière.

- Est-ce que vous vous demandez les douleurs physiques que peuvent ressentir les animaux ?, questionne Amandine Abegg.

- Sur le coup, pas forcément mais quand j'ai vu les vidéos je me suis dit que j'avais fait une grosse connerie, répond le prévenu.

"Une grosse connerie" que Marc Soulier attribue à une cadence de travail difficile et à des équipements inadaptés. "Oui, j'ai été violent, reconnaît-il. Mais c'était la première fois que je lançais des moutons par-dessus une barrière. Manque de pot, on a été filmés et c'est tombé ce jour-là", se défend-il très maladroitement.

Les caméras tournaient toujours quand Marc Soulier utilise à répétition une pince électrique sur des brebis et imite ensuite la réaction de la bête, provoquant plusieurs éclats de rire de son collègue. Lors de son audition par les enquêteurs, le salarié avait admis que ces décharges "ne servaient à rien, que c'était juste pour s'amuser avec cette brebis". Des propos qu'il n'assume plus devant le tribunal aujourd'hui : "J’ai dit ça parce que ça faisait cinq heures que les gendarmes m’interrogeait. Mais je le pensais pas forcément".

"La faute au directeur"

Dans ce procès, chaque protagoniste s’évertue à renvoyer a faute sur l’un ou sur l’autre. Lorsque le président de la communauté de communes du Pays Viganais Roland Canayer est à la barre, il répète que sa collectivité, gestionnaire de l’abattoir, "a fait le maximum" pour le moderniser. "Depuis 2008, un million d’euros a été investi sur cette structure. Dès qu’il fallait remplacer un appareil défectueux, on le faisait. Ce qui était le plus important pour nous, c’est le bien-être animal", explique-t-il. Quant à la réglementation, "c’était à M. Kauffmann (directeur de l’abattoir, Ndlr) de veiller à ce que les salariés respectent les règles. Si personne ne nous fait remonter les problèmes, on ne peut pas savoir qu’il y en a !", lance Roland Canayer.

Le procès s’est poursuivi par le témoignage de Claudia Terlouw, une chercheuse de l’INRA qui étudie le stress à l’abattage, puis par les plaidoiries des parties civiles. Demain, l’audience reprendra à 9h avec le réquisitoire du procureur Nicolas Hennebelle et les plaidoiries de la défense.

Élodie Boschet

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Elodie Boschet

Elodie Boschet, journaliste à Objectif Gard depuis septembre 2013.

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