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NÎMES L’histoire est le présent d’un passé noirci par le temps

Lilian Euzéby expose Nemausa, où sont les ombres? à la galerie de la Salamandre jusqu'au 30 décembre.

(Photo Anthony Maurin).

Pour son exposition Nemausa où sont les ombres?, Lilian Euzéby voit grand. A la galerie de la Salamandre, en plein de cœur de Nîmes, il s’expose et interroge l’inconscient collectif sur la durabilité de l’histoire.

"On est venu me voir il y a plus d’un an, chez moi, dans mon atelier à Russan pour me demander de travailler sur cette exposition qui est une création spéciale pour la galerie de la Salamandre. Tout a démarré avec la source" explique l’artiste.

(Photo Anthony Maurin).

De l’exposition à la cité des Antonin, tout commence toujours par la source… Très ancré sur son territoire, il connaît bien les mythes et légendes de la région. Il aime en jouer, il aime s’y retrouver, un peu perdu mais jamais seul dans ses rêveries et ses chimères. "Cela fait plus de 25 ans que je fais de la peinture et je relie toujours mon travail à une certaine notion de temporalité. Comme la démarche n’est pas toujours simple et que je veux rester très accessible, j’écris des petits mots qui expliquent ma vision changeante du paysage. Je prends beaucoup de notes, j’aime lire et je pense qu’en lisant ces petits cartels, on comprend mieux ma démarche" poursuit Lilian Euzéby qui s’apprête à recevoir une classe de lycéens pour une petite visite privée de l'expo.

(Photo Anthony Maurin).

Des grottes de Russan à l’amphithéâtre romain, c’est l’histoire ancienne de la région qui est ainsi narrée par des traits, des coulures, des cercles et des ombres. Des formats changeants, des techniques diverses et variées pour un ensemble très plaisant à regarder et long à détailler.

Dès l’entrée, un tableau à l’huile représente la source et le bois sacré qui ont été les éléments fondateurs de la future Nemausus. Plus loin, un rappel à celui dont on cite encore le nom pour réaffirmer les liens tissés avec la ville de ses aïeux, un certain Antonin qui était pieux. On peut même y lire l’ultime mot qu’a prononcé l’illustre empereur sur son lit de mort, "Résignation".

(Photo Anthony Maurin).

Les Volques sont là, les Romains aussi mais on peut y dénicher d’autres références plus lointaines et quelques désirs mythologiques. Huile, encre, glycéro, cendre, poussière, thé, café, feuille d’or… D’un format tout petit à des bâches de plus de 7 mètres de hauteur, toutes les techniques et astuces sont employées avec talent pour donner un autre relief à l’histoire.

Les jus de couleurs sont omniprésents grâce aux effets donnés par les jets d’eau. Le cycle et la temporalité, deux vrais aspects du travail de l’artiste, vous plongent dans l’intime méconnu. Les deux immenses bâches dressées aux murs laissent une partie de leur corps se plisser au sol, froissée et imbibée comme des montagnes et des vallées, parsemée de cailloux du Gardon. Un triptyque des trois monuments mondialement connus de Nîmes fait écho à cette démesurée grandeur.

(Photo Anthony Maurin).

Ces noirceurs opaques ne sont que le fruit d’une imagination noirâtre qui lutte pour faire émerger le sens, la vie, l’histoire, le souvenir, le récit. Fils de bistrotier depuis cinq générations, Lilian Euzéby sait offrir un art concernant. Parlant des Gorges du Gardon comme des empereurs romains, mêlant l’usure de l’eau à celle du temps, il parvient à un niveau d’émotion qui ne laissera personne indifférent tant sa proposition artistique est aussi éclectique. On voit même un petit clin d’œil adressé à Serena Carone et à Sophie Calle.

De la figure mythique, c’est presque la totalité de son œuvre qui s’en empare. L’histoire elle-même ne peut-elle pas être considérée comme un mythe? De la dame blanche évanescente qui sort de la brume en s’échappant de la source à deux îles dorées perdues dans les eaux en passant par des petits portraits, des fleuves chiffonnés, des grandes cartes ou des toiles plus fouillées, Nemausa où sont les ombres? est une exposition à voir et à regarder.

(Photo Anthony Maurin).

"Je taquine le hasard… J’aime le côté sorcellerie! Je suis fasciné par les toros, qu’ils soient Camarguais ou Espagnols, je pourrais rester pendant des heures à les regarder dans un champ! Je voulais même devenir manadier" rappelle l’artiste dont une œuvre évoque le mythique cornu. Un toro relié à six fils du destin qui représentent peut-être les six banderilles qui lui sont apposées pour tester sa grandeur et sa force.

Galerie de la Salamandre à Nîmes, ouverte du jeudi au samedi de 15h à 19h. Lilian Euzéby 06.09.74.76.36.

(Photo Anthony Maurin).

Etiquette

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis plus de dix ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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