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SAGA L’atmosphère si unique du stade Jean-Bouin

Joueurs et supporters racontent leurs meilleurs souvenirs sur cette ambiance incomparable qui faisait trembler les adversaires du NO.

Une partie de la bouillante grande butte du stade Jean-Bouin (photo José Munoz)

Après avoir vu, lundi, l'architecture si particulière du stade Jean-Bouin, intéressons nous aujourd'hui à l'ambiance extraordinaire qui y régnait et qui a renforcée la légende de ce stade. Une proximité unique entre joueurs et supporters qui accentuait la pression du public, ce que tous les adversaires redoutaient. 

Partis à la quête de supporters suffisamment âgés pour nous conter l'atmosphère si mythique de Jean-Bouin, nous nous sommes rendus dans un lieu où nous étions quasiment sûrs d'en trouver : les Halles de Nîmes. Choix payant. Rapidement nous avons fait connaissance de Victor, Raoul et Jean-Pierre. Pas passionnés de football plus que ça, mais Jean-Bouin, ça reste à part. "Dès qu'il y avait un match, mon voisin m'emmenait. Gamin, j'avais l'impression d'étouffer, tellement il y avait de monde. Dans la grande butte, tu ne pouvais pas bouger. Tu voyais le match debout", se souvient Jean-Pierre. Et il n'en faut pas plus pour que les souvenirs jaillissent les uns après les autres. "C'était une ambiance terrible. À chaque but c'était le feu dans le stade ! Les gens vivaient pour le ballon, lance Victor. Les costières ne rivaliseront jamais avec Jean-Bouin."

Raoul, Jean-Pierre et Victor ne gardent que des bons souvenirs de ce stade particulier (photo Corentin Corger)

Tout Nîmois qui se respecte a forcément un père, un grand-père ou un oncle qui se rappelle avoir assisté à un match à Jean-Bouin. Parmi ces chanceux, Bertrand Bianciotto, 46 ans, qui garde intact dans sa mémoire ses premiers matches à 8/9 ans, dans la grande butte. "On arrivait à 18 heures pour un match à 20h30. On se garait au Chemin Bas d’Avignon et on passait par le tunnel pour monter à pied jusqu'au stade." Ce fan invétéré a lui aussi été marqué par la foule qui lui font resurgir certaines incommodités de l'époque. "Une fois installé en tribune, tu te retrouvais bloqué. Je me rappelle être coincé dans les jambes de mon père et arrivé à l’heure du match, d'avoir envie d'aller aux toilettes. Mais tu ne pouvais pas sortir, alors mon père me disait "pisse dans tes brailles !" 

Des anecdotes, il y en aurait tant à relater. Et les premiers concernés, que ressentaient-ils ? "L'ambiance nous motivait énormément, c'était un doping pour nous !", commente Dédé Kabyle, qui, durant toute sa carrière de joueur professionnel, n'a connu que le maillot des Crocos. Forcément, un tel soutien décuplait les forces de ces gladiateurs, qui, une fois dans l'arène, ne pouvaient pas tricher et refuser le combat. L'expression "aller au charbon" collait parfaitement à cette mentalité et à ce que le public gardois attendait.

Une chambrée qui aimait aussi accompagner de la voix les offensives gardoises et célébrer les buts dans un brouhaha général. Réglementairement, le stade n'aurait dû contenir que 15 000 spectateurs maximum, mais cette capacité était souvent dépassée. Notamment pour les rencontres au sommet, face au Stade de Reims, Marseille ou Saint-Etienne. Clubs auxquels Nîmes se mêlait à la lutte pour le titre de Champion de France. Une consécration nationale que les fans de Jean-Bouin n'ont malheureusement jamais eu la chance de connaître en dépit de quatre places de vice-champion en 1958, 1959, 1960 et 1972.

"Ici, avec 10 000 spectateurs c’est comme si tu jouais devant 80 000", s’enflamme Patrick Champ. "Les gens étaient survoltés parce que c’était la sortie du dimanche. Tu allais à la messe le matin et l’après-midi tu allais au foot", se souvient l'ancien défenseur Nîmois de 1972 à 1977 qui a d'abord fréquenté les tribunes avant d'être sur le terrain. "Avec mon père, j'allais à la petite butte. Toujours au même endroit. Tu avais ta place comme si tu étais abonné." Une convivialité à travers ce lieu de retrouvailles où les familles se côtoyaient dans un esprit de fête. Et lorsque les tribunes étaient totalement pleines, restaient les pylônes électriques ou les toits des maisons environnantes comme solution de repli.

Une complicité particulière entre joueurs et supporters

Alors Henri et Patrick, ça c'est passé sur la grande ou la petite butte ? (photo Corentin Corger)

Tous les joueurs interrogés sur le sujet sont unanimes : c'est de sentir la foule si près du terrain qui les a marqué. "Tu entendais toutes les réflexions et parfois les insultes des gens", s'amuse Patrick. Une allusion qui fait sourire Henri Noël : "avant, j’avais un bureau de tabac. Et j'entendais dans mon dos : "va vendre tes cigarettes !" Des spectateurs qui pouvaient toucher les joueurs, une chose inconcevable dans le monde actuel. Une proximité parfois forcée par le destin, comme ce 11 octobre 1978 contre Saint-Etienne (2-2), où face à la pression populaire, les grilles de la grande butte avaient cédées. Les spectateurs avaient pris place au bord du terrain à seulement un mètre de la ligne de touche (nous y reviendrons, jeudi, dans un épisode consacré aux grands matchs de Jean-Bouin).

Christian Perez (Crocos de 1979 à 1987 et 1995 à 1996), qui a surtout joué en deuxième division à Jean-Bouin, n'a jamais retrouvé une telle proximité. "L'ambiance de ce stade, je ne l'ai jamais retrouvée ailleurs même si le Parc des Princes est impressionnant ou la Mosson pas mal aussi. Quand il était plein, il était difficile pour un joueur de passer à côté de son match. Le public était si près du terrain qu'il pouvait nous filer un coup de pied aux fesses si nous n'étions pas bons." 

Un sentiment partagé par la légende du club, Kader Firoud, qui avouait en 1989 "le public nous a permis de gagner de nombreuses rencontres. Jean-Bouin c’était un peu Geoffroy-Guichard : un genre de chaudron où Nîmes se sentait pousser des ailes. Ce qui était formidable dans ce petit stade, c’était la communion qui existait avec le public. Des spectateurs très près des joueurs à l’époque." Si ces encouragements galvanisaient les locaux, ils effrayaient les joueurs adverses.

Un stade craint par les adversaires

Les frissons s'emparaient des joueurs dès leur entrée sur la pelouse. "Pour aller des vestiaires au terrain, il fallait emprunter un couloir. C’était recouvert de tôles et les gens tapaient dessus, c'était la folie", explique Henri Noël. "Les mecs d'en face quand ils rentraient sur le terrain ils étaient pâles", réplique Patrick à son ancien coach. Grâce à ses supporters, Jean-Bouin était devenue une forteresse quasi imprenable où la plupart des joueurs craignait de se rendre. Même le grand Michel Platini, alors joueur de Nancy (1972-1979) s'inquiétait. "Mes coéquipiers m'avaient tellement parlé de ce stade et de son ambiance, que je tremblais en pénétrant sur la pelouse, me demandant à quelle sauce nous allions être mangés. C'était impressionnant !" 

Une peur dont les joueurs nîmois, eux-mêmes, s'apercevait, "on le sentait dès le premier contact", indique André Kabyle, défenseur réputé rugueux mais qui affirme n'avoir jamais blessé personne. Des mots, qui font ressortir une anecdote à Henri Noël, durant sa période de joueur, à la fin des années 50. "Au Stade Français, il y avait un super ailier gauche, Petrus van Rhijn. Dès qu'il venait jouer à Nîmes, il jouait arrière gauche tellement il avait peur de Mustapha Bettache !" Encore un défenseur dont l'engagement était physique, mais toujours dans la limite des règles... Évidemment ! Kader Firoud entendait le même son de cloche du côté des entraîneurs : "Bien souvent, lorsque d’anciens professionnels devenus entraîneurs venaient à Jean-Bouin avec leur équipe, ils répétaient tous la même chose : "vivement 22h30 que nous partions d’ici ! " Un sentiment qui est loin d'être le cas, aujourd'hui, au stade des Costières !

Ci-dessous, une des rares vidéos qui permette de se rendre compte de l'ambiance de Jean-Bouin :

À lire aussi : FAIT DU JOUR Jean-Bouin : un stade bâti pour marquer l'histoire

À suivre, mercredi, le portrait de Kader Firoud, le petit prince de Jean-Bouin.

Corentin Corger

 

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