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FAIT DU JOUR Un collectif et des maires veulent en finir avec les rave party

Une trentaine de maires, ainsi que des gendarmes des brigades de Bagnols, Laudun et Remoulins ont répondu mercredi après-midi à l’appel du Collectif anti rave, à Pouzilhac.

Lors de la réunion, mercredi après-midi à Pouzilhac (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Un collectif créé en novembre 2017 par des habitants de l’Uzège et du Gard rhodanien, excédés par les nuisances sonores issues des rave party.

« Les rave party, on n’en veut plus ! »

« Le collectif a vu le jour en novembre dernier, suite à une rave party à la Capelle-et-Masmolène, en sachant qu’on a eu des rave party un week-end sur deux entre le printemps et l’automne 2017 », explique Dominique, gérante de chambre d’hôtes et membre du collectif. Ils dénoncent pêle-mêle des nuisances sonores « sur plusieurs kilomètres », la dégradation des forêts et des pistes ou encore des problématiques de sécurité. « Il y a des problématiques, la question des nuisances sonores est une réalité », reconnaît Samuel Raymond, coordinateur de l’association Freeform, qui a pour but de travailler à la médiation et à la concertation sur ces sujets à l’échelle nationale.

Quant aux autres problématiques soulevées par le collectif, comme l’abandon de déchets ou la dégradation des DFCI, Samuel Raymond rappelle que « des sanctions existent et la gendarmerie les applique. » En 2017, 19 rave party ont été dénombrées sur le territoire de la compagnie de gendarmerie de Bagnols, qui comprend le Gard rhodanien et l’Uzège, et 9 depuis le début de l’année. C’est trop pour le collectif, dont une des membres nous lâche en début de réunion que « le but est qu’il n’y ait plus du tout de rave party dans le Gard, on n’en veut plus ! »

Pour y parvenir, le collectif fait circuler une pétition et demande un arrêt préfectoral interdisant purement et simplement ce type de rassemblement festif sur le territoire du département, sur le modèle de celui pris en 2016 par le préfet pour le massif du bois des Lens. Seulement voilà : l’arrêté a été attaqué par l’association Freeform, et le tribunal administratif a annulé l’arrêté. Normal le coordinateur de l’association Freeform : « la loi c’est la loi, elle est la même pour tous, et la liberté de se réunir est un droit constitutionnel. »

« Ça a refroidi la préfecture, affirme le premier-adjoint au maire de Lirac et président des communes forestières du Gard Cédric Clemente. Ils (la préfecture, ndlr) nous ont dit qu’ils travaillaient sur un nouvel arrêté étendu à notre zone, par contre ils ne garantissent rien. L’objectif est de déposer un nouvel arrêté avant la mi-juin. » La commune de la Capelle-et-Masmolène n’a pas attendu pour prendre un arrêté que la plupart des maires participants veulent dupliquer dans leur commune, arguant du fait qu’il n’aurait pas été attaqué en justice. Pas un argument pour Samuel Raymond : « leurs arrêtés sont complètement absurdes, puisqu’ils ne peuvent interdire que les manifestations de plus de 500 personnes, sauf que ces rassemblements sont déjà soumis à déclaration en préfecture. Ils interdisent ceux qui voudraient faire les choses dans les règles. » Pire, « tous les arrêtés qui tendent à interdire de manière générale ces rassemblements ont toujours été déclarés illégaux », ajoute-t-il.

« Il y a un réel déficit de dialogue »

Alors que faire ? « À la prochaine rave il faut faire un coup d’éclat et se mobiliser », lance Cédric Clemente. La gendarmerie, par la voix du capitaine Urena, avance des mesures préventives, comme « la sensibilisation des organisateurs aux risques, une veille sur internet et la détection des convois », et un volet répressif qui consiste en la verbalisation des infractions commises dans le cadre des fêtes. Et encore, la détection des convois transportant l’imposant matériel nécessaire pour les rave party est de plus en plus difficile : « les organisateurs s’adaptent, ils transportent les murs de son dans de multiples petits véhicules pour se dissimuler », explique l’adjudant-chef Gaudin, de la brigade de Remoulins. Or, poursuit-il, « une fois qu’ils sont installés c’est trop tard. » Alors les gendarmes recommandent notamment aux propriétaires des terrains de labourer les champs pour empêcher les véhicules de passer.

Bref, on n’a pas ressenti lors de cette réunion, où des propos caricaturaux sur les teufeurs ont été tenus par moments, une volonté franche de discussion et de concertation, pourtant réclamée par Freeform. « Il faut que les maires se rendent compte que les organisateurs sont issus à 80 % d’un rayon de 100 km autour de la fête (*). Ce sont des jeunes à eux, c’est une partie de leur population ! affirme Samuel Raymond. Il faut co-construire, discuter et ne pas être dans une logique d’opposition à leur jeunesse. Il y a un réel déficit de dialogue. »

Pour lui, le problème vient « de l’absence de lieux pour que toute une partie de la jeunesse puisse s’exprimer. » Un problème survolé lors de la réunion de mercredi, simplement évoqué par le maire de la Bastide-d’Engras, Pascal Gisbert, ce à quoi la salle répondra en substance qu’il n’avait qu’à le faire sur sa commune.

On le voit, le sujet reste sensible. Pourtant, il va falloir s’y mettre, à la concertation : l’Occitanie fait partie des régions pilotes d’un plan gouvernemental sur la question des rave party. « Le ministère de l’Intérieur veut mettre en place de la concertation, note Samuel Raymond. Courant 2018 ou début 2019 une free party sera organisée dans le Gard, légalement et en concertation avec la préfecture, et ce sera pour les maires l’occasion de venir et de rencontrer des jeunes de leur secteur. » Et peut-être enfin une opportunité de faire avancer les choses.

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

* D’après une enquête réalisée par Freeform auprès de 800 organisateurs de free parties en France.

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Thierry Allard

30 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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3 réactions sur “FAIT DU JOUR Un collectif et des maires veulent en finir avec les rave party”

  1. et si les préfectures faisait ce qui a été demandé depuis très longtemps, c’est à dire proposer des lieux pour permettre ce type de manifestation. Si au lieu de tout faire pour empêcher la tenu d’événements légaux, les mairies et les préfectures laissaient faire, mais non on interdit tout, on mets des bâtons dans les roues de ceux qui veulent faire ça légalement et après on se plaint qu’il y ait des soirées sauvages….
    plus de 25 ans maintenant que cette culture existe, il serait peut-être temps d’arrêter de stigmatiser les organisateurs et les participants à ce type de manifestation et prendre enfin en compte qu’il s’agit d’un courant culturelle au même titre que les autres pratiques.

    1. Une vrai question à se poser… Bravo à Freeform pour leur contribution en tout cas, j’espère que leur travail portera ses fruits.

    2. À 100% de cet avis mais c’est plus facile d’envoyer la gendarmerie faire de la répression que réfléchir en amont et proposer des solutions concrètes.
      Tant que les discussions se feront avec le ministère de l’intérieur et pas celui de la culture, rien ne changera, tout au moins en bien !

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