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FÊTES VOTIVES À la bandido tu attraperas, un héros tu seras

Entre traditions et moteur de lien social, la fête votive est l'événement phare des communes gardoises. Tout l'été, Objectif Gard vous propose de vivre au rythme de ces festivités. Troisième épisode avec la bandido, vécue avec les jeunes de Remoulins.

À gauche le manadier Franck Labourayre, accompagné des gardians et notamment d'Olivier en chemise jaune (photo Corentin Corger)

Durant l'été, nous vous proposons de découvrir et de partager l'ambiance de huit fêtes votives du Gard. Après Aimargues et Générac, suite des hostilités avec Remoulins et la traditionnelle bandido. Pour les gardians mais surtout pour les jeunes du village, c'est un moment très important car leur honneur est en jeu pour arrêter le taureau. 

De manière ancestrale, la bandido est le moment qui consiste à ramener les taureaux des arènes du village aux près. C'est à dire l'inverse de l'abrivado. Seules les communes proches des manades peuvent réaliser l'opération dans la plus pure tradition camarguaise. Mais la plupart des villages sont obligés de se restreindre à établir la manifestation sur une rue. C'est le cas de Remoulins, ce vendredi soir, qui marquait le premier jour de fête, où la bandido se déroulait sur une partie de l'Avenue du Colonel Broche. Environ 300 mètres de distance s'observait entre le camion de la sortie des taureaux jusqu'à l'autre stationné au bout du parcours.

On peut appeler ça une bandido "moderne" car pour les cavaliers le plaisir reste le même, "on fait ce qu'on aime et en plus on fait plaisir à la population", explique Franck Labourayre, manadier de 33 ans, éleveur à Meynes. Pour encadrer les bêtes et éviter qu'elles ne s'échappent, même si le parcours est encadré de barrières, les gardians à chevaux les entourent. Huit cavaliers pour quatre taureaux, qui passent d'abord deux par deux puis un par un.

Pour contenir l'animal, le secret provient de la technique et de l'expérience. "Il faut emmailler le taureau, c'est à dire le serrer au maximum pour ne pas qu'il s'écarte. Quand on est trois, on fait comme les hirondelles qui forment un V : un devant, un à gauche et un à droite", détaille avec passion, Olivier, 38 ans, gardian bénévole depuis 21 ans. "La difficulté est que chacun doit garder le même rythme", conclut-il. Un féru, heureux de retrouver ses camarades à chaque monte.

"Arrêter un taureau c'est la classe, tout le monde t'applaudis"

Adrien et Tanguy en haut, Ethan et Johnny, en bas, ont la passion du taureau depuis leur plus jeune âge (photo Corentin Corger)

Passons maintenant, après les cavaliers et le taureau, aux autres acteurs de la bandido : les attrapaïres. Le terme désigne, les personnes, souvent les jeunes du village, qui vont arrêter le taureau durant la bandido. Un acte de bravoure car il faut aller, seul, pour les balaises, ou à plusieurs, aller bloquer la tête du taureau et l'empêcher d'avancer. Un exercice difficile que ne réserve pas chaque bandido.

Pour celle-ci, nous suivons quatre jeunes remoulinois, prêts à tout pour réussir leur mission. Adrien, Tanguy, Ethan âgés de 15 ans et Johnny qui a fêté ses 18 ans. Le premier taureau s'élance et Adrien livre son approche de la situation, "le premier il faut toujours le regarder passer pour voir un peu ce que donne la manade, c'est une phase d'observation." Malgré quelques touches, les suivants n'auront pas plus de réussite pour l'adolescent. Tanguy, lui, cherche le meilleur endroit pour se placer, "je me mets au virage pour tenter ma chance dans la montée". Sans succès également. Personne ne parviendra à arrêter de taureaux sur cette bandido.

Le taureau profite de la moins brèche pour tenter de se faire la malle, les attrapaïres hésitent à intervenir (photo Corentin Corger)

Il est 22 heures et c'est le moment de tirer le bilan de cet échec. "La première manade emmaillait trop tôt, c'était trop serré pour y aller et la seconde c'était des taureaux neufs qui sortaient pour la première fois des près qui étaient donc très vifs", analyse à chaud Adrien. Pour Tanguy, c'est une question de timing sur le moment du sprint, "on aurait dû partir au même moment que les chevaux pour être lancé quand ils arrivaient à notre hauteur." Mais pourquoi tant de détermination pour attraper l'animal ? "Arrêter un taureau c'est la classe, tout le monde t'applaudis", lâche Ethan. Si le serment de l'attrapaïre existait, la formule serait : à la bandido tu attraperas, un héros tu seras.

Une fierté qui permet même "de passer pour un homme devant les filles", plaisante Johnny. Des jeunes qui ne manqueraient sous aucun prétexte leur fête votive. "J'étais dans la poussette que j'y allais déjà", confie Tanguy, de ses quinze petits printemps. "Mes parents le savent on ne part jamais en vacances durant la fête", poursuit-il. Une jeunesse fière de ses traditions et prête à les perpétuer.

Maxime a été le plus vaillant mais il a manqué de soutien (photo Corentin Corger)

Déjà à 11 ans, certains s'impatientent pour tenter leur chance mais leur poids plume les recalent naturellement. D'autres à 19 ans continuent à vivre leur passion comme Maxime, "les taureaux c'est ma vie, quand ils passent devant moi je ne réfléchis pas. J'aime cette adrénaline car on ne sait pas si on va se faire mal ou pas." Des mots déclarés quelques minutes après avoir lourdement chuté avec un cavalier sur le bord du trottoir et s'être cogné à la tête.

Un petit accident que ne le freine pas du tout, "c'est rien, demain ça continue". Car la fête votive de Remoulins ne fait que commencer et son épilogue est prévu seulement mardi. De quoi encore pour Tanguy et sa bande, de recevoir les acclamations du public et de frimer pour le reste de l'année.

Corentin Corger

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