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FAIT DU JOUR René Girard : « ne me demandez pas de choisir un camp »

Vauverdois formé au Nîmes Olympique, dont il a porté les couleurs pendant onze ans et entraîneur de Montpellier pendant quatre ans. Ce derby est aussi celui de René Girard.

René Girard a poursuivi sa carrière à Bordeaux, au côté notamment d'Alain Giresse. Pour un match de bienfaisance il avait revêtu un survêtement du PSG et Gigi celui de Mulhouse (photo Raymond Legrand).

René Girard a écrit de belles pages au Nîmes Olympique dans les années 1970. Son amour pour le maillot rouge l'a poussé à terminer sa carrière dans le Gard et a enchaîner avec celle d'entraîneur. Une fonction qui l'a emmené jusqu'au banc de Montpellier où il a été sacré champion de France en 2012. Il est donc un témoin plus que privilégié pour nous parler de ce derby. 

Objectif Gard : Sous l'ère Nicollin, vous avez participé au premier match entre Montpellier-Nîmes (0-3), 16e de finale de la Coupe de France 1977. Parlait-on déjà de derby à l'époque ? 

René Girard : Non, c'est vrai que ça c'est prononcé petit à petit. Il y a eu plein de choses qui ont poussé au derby. Déjà le rapprochement des clubs qui se touchent un petit peu et les arrivées d'Henri Augé, Jean-Pierre Betton, Louis Landi. Il y avait pas mal d'anciens nîmois qui avaient plus ou moins arrêtés la Ligue 1 et qui avaient été récupérés par le Montpellier Hérault. Je pense que tous ces garçons, même ensuite Jacky Vergnes et Kader Firoud ont été une bonne source pour étoffer l'effectif. Louis Nicollin l'avait bien compris.

Le fait qu'autant de joueurs ait porté les deux maillots, cela renforce la rivalité ?

C'est sûr mais je trouve cela intéressant car on avait une région, pas triste, mais un peu limité au niveau du foot. À l'époque, les derbies c'étaient Marseille et Alès. Jusqu'à ce que Montpellier devienne Montpellier. C'est superbe pour la région, ça met de l'entrain et du mouvement. Ce n'est pas un match ordinaire de championnat. Ça ressemble plus à un match de coupe. Le classement importe peu, qu'il y en est un qui soit premier et l'autre dernier. Souvent ça se nivelle pendant le match. Je me rappelle en Coupe de France (NDRL : 32ème de finale en 1979), on jouait à Alès. Le match avait été arrêté et j'avais été expulsé. Le retour c'était joué au stade Georges-Bayrou à Sète. On s'était fait éliminer aux tirs au but alors que Montpellier était en D2. Il y avait une différence de niveau mais les valeurs se nivelle dans ce genre de rencontres. Ce n'est pas obligatoirement le plus fort qui gagne.

Même aujourd'hui vous pensez que l'on sera dans le registre d'un match de coupe ? 

Dans le contenu, dans l'intensité, je pense. Ce sont des matches toujours un peu disputés, hachés. Tout le monde défend son territoire. Mais le football doit rester roi. Je pense que ce ne sera pas un match où on verra 15 buts. Ça sera serré et âpre, cela fait partie du jeu. C'est la loi des derbies. Quand on regarde le classement, je dirai que les forces sont à peu près égales.

Il doit y avoir une sorte de fierté personnelle de voir ces deux clubs évoluer en Ligue 1 ?

Ma fierté est très simple. J'ai connu les deux clubs dans des registres différents. Nîmes m'a presque tout donné. C'est mon club formateur et j'ai côtoyé Montpellier comme entraîneur. J'ai donné le maximum dans les deux clubs. Ne me demandez pas de choisir un camp. Quand on vit des aventures avec les uns et les autres. Je crois qu'il est important d'honorer le maillot que l'on porte. Aujourd'hui que doit-on dire sur un joueur qui passe 15, 20 clubs. J'en ai connu deux avec Bordeaux. Trois avec Montpellier en tant qu'entraîneur. Je n'ai pas été un grand voyageur. Ce que j'ai fait, je l'ai fait avec beaucoup d'amour et de loyauté. Il y a un club et ce qu'on y vit à travers : des souvenirs de titre ou d'un club formateur à qui je dois tout. L'époque de Marcel Rouvière, de Kader Firoud, d'Henri Noël, Pierrot Barlaguet : ce sont eux qui m'ont façonné. Après j'ai continué mon aventure. On n'oublie pas un passage à Nîmes ni à Montpellier. Avec les personnages qui pouvaient y avoir, qui ont marqué l'histoire du football.

Travailler au quotidien avec Kader Firoud et Louis Nicollin, ça doit marquer à vie ?

C'est pas mal, c'est quelque chose d'assez extraordinaire (rires) ! Voilà c'est ça aussi le football, la vie. Rencontrer des gens, avoir des souvenirs et des anecdotes plein la tête.

Vous avez connu un seul derby comme entraîneur à Nîmes lors de la saison 1991/1992 et une victoire 2-1, à quoi peut ressembler une causerie avant ce match ?

Que ce soit les présidents ou les entraîneurs, on cherche toujours les arguments à faire valoir pour sensibiliser le groupe. Les mots qui reviennent : "c'est le match à ne pas perdre, il faut gagner, c'est l'honneur de la région"... Une multitude de petits mots, de paroles, qui essaient de titiller les uns et les autres. Mais bon la vérité ça reste le rectangle vert. Parfois la tension monte, on ne sait pas toujours pourquoi. C'est comme ça. On peut entraîner, soutenir son équipe, sans y mettre de la violence. Parfois, il peut y avoir des réactions qui agacent, qui font monter la mayonnaise. C'est que du football !

Ce sera le premier derby sans l'emblématique Loulou ?

Fondamentalement, le petit point qui va ressortir de ce derby, c'est certainement ça. L'absence du président Nicollin. À la 74e minute, il y a toujours un moment réservé en son honneur, ça sera émouvant c'est sûr !

Propos recueillis par Corentin Corger

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