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GILETS JAUNES Peut-on réellement se passer des syndicats ?

Image d'archive de la manifestation du 31 mars à Nîmes. (Photo Baptiste Manzinali / Objectif Gard)

Parce qu'ils les jugent inefficaces, la grande majorité des gilets jaunes rejettent les « corps intermédiaires », incarnés notamment par les syndicats.

Les gilets jaunes sont-ils en train de réussir là où les syndicalistes échouent depuis des années ? C’est la question que l’on peut se poser après le discours d'Emmanuel Macron, lundi soir. Le chef de l’État a annoncé une série de mesures pour répondre à la colère des gilets jaunes. 

Hausse de 100€ du SMIC, défiscalisation des heures supplémentaires ou encore non-augmentation de la CSG pour les retraites de moins de 2 000€… Si ces annonces sont discutables, elles ont au moins le mérite d’exister. Et ça faisait bien longtemps qu'un gouvernement n'avait pas proposé d'avancées sociales. 

« Le reflet d’une non-écoute »

Car depuis des années, l'État a fait la sourde oreille aux revendications syndicales. Réforme des retraites, loi Macron ou El Khomri… Les diverses manifestations n'ont rien changé. « Le mouvement des gilets jaunes est le reflet de cette non-écoute. Comme ils estiment que plus aucune avancée sociale n’est possible, ça donne des mouvements protéiformes », analyse la co-secrétaire du SNES 30, Florence Denjean-Daga. Alors, « effectivement, le mouvement des gilets jaunes déstabilise. »

Les gilets jaunes, le reflet de l'échec des dernières luttes syndicales. Mardi, lors de la conférence de presse sur la mobilisation du 14 décembre (*), aucun responsable n’a abordé, de sa propre initiative, le sujet. Les syndicats, mal à l’aise avec le mouvement fluo ? « Non, on n’est pas mal à l’aise », assure Simon Gévaudan, secrétaire départemental de la CGT 30, « mais les gilets jaunes ne veulent pas de nous et nous ne voulons pas faire de récupération politique. S'ils veulent venir le 14 décembre, ils sont les bienvenus, comme ça a été le cas à Alès, il y a 15 jours. »

En perte de vitesse

Aujourd'hui certains gilets jaunes mettent au défi les syndicalistes. « Nous, on ne bloque pas les ronds-points et on n'empêche pas les voitures de passer », poursuit Simon Gévaudan. C'est peut-être un tort, une grève qui gêne étant souvent une grève efficace. La preuve aujourd'hui. 

Peinant parfois à mobiliser, les syndicats ne réussissent plus à rallier les citoyens à leur cause. Dans le Gard, la CGT, FO, FSU et Solidaires ne se sentent pas concernés par certaines revendications : « nous sommes là pour défendre les intérêts des salariés et pas pour parler de démocratie participative ou des institutions », relève Emmanuel Bois, président de la FSU 30. Un discours moins généraliste et donc, moins mobilisateur. 

La force de l'union

Pourtant, peut-on vraiment se passer des syndicats ? Dans l'Histoire, les grands acquis sociaux ont été gagnés par une convergence des luttes, qui donne plus de poids et de sens aux revendications. « La CGT, c'est 123 ans d’existence », rappelle Simon Gévaudan. Un mouvement structuré avec des représentants élus et reconnus. Tout ce qui manque aujourd'hui au jeune mouvement des gilets jaunes. De Paris à Alès, la classe politique l'apprend à ses dépens. 

Les syndicats, c'est aussi une expertise. Sur le blocage de la plateforme Auchan ? « On aurait pu discuter ensemble pour trouver des moyens. C’est dommage. Les gilets jaunes ne profitent pas de notre expérience », déplore Thierry Ménard, syndiqué CGT. Sur la hausse des 100€ du SMIC proposée par le gouvernement ? Le secrétaire général adjoint FO, Georges Carbonnel, alerte : « c'est une accélération de la hausse de la prime d’activité qui n’est ni soumise aux cotisations sociales, ni prise en compte dans le calcul de la retraite ! » 

Ni tout à fait pareil, ni tout a fait différent... Loin de s'opposer, syndicats et gilets jaunes ont tout intérêt à converger. Un nouveau souffle qui pourrait apporter un vent de victoire aux luttes sociales françaises. 

Coralie Mollaret

coralie.mollaret@objectifgard.com

* À Nîmes, la manifestation est prévue à 14h30 en bas du Jean-Jaurès.   

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Coralie Mollaret

Journaliste Reporter d'Images pendant un an à Marseille, j'ai traversé le Rhône voilà quelques années pour vous informer en temps réel sur l'actualité Gardoise…

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