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FAIT DU JOUR Marché de l’eau : ce que révèle le rapport de mise en concurrence

Sujet ô combien polémique ces dernières semaines, Objectif Gard a eu accès au rapport de Nîmes métropole suite à la mise en concurrence du marché de l'eau. Un dossier complet de 250 pages remis aux 104 élus de l'Agglo pour les aider à prendre la bonne décision mercredi prochain. Loin de nous de vouloir juger en profondeur la conclusion détaillée des services de la collectivité et des différentes commissions qui ont amené au choix de Veolia Eau, des contingences forcément techniques et pas forcément abordables au commun des mortels. En revanche notre rédaction, sans faire de procès d'intention, s'est attachée à fourrer son nez dans d'éventuelles incohérences ou matière à discussion. Revue de détail.

Le prix de l'eau au m3 : Saur au meilleur prix

Quatre rounds de négociations ont été nécessaires pour départager les offres des trois opérateurs : Suez, Saur et Veolia. Selon les éléments qui figurent au dossier, on observe effectivement que l'offre de l'opérateur historique à Nîmes est la moins chère. Initialement positionné à 1,62 € le prix du m3, Saur est parti à l'offensive pour proposer au final, le 14 décembre, un tarif de 1,265 €. Suez positionné plus haut à 1,683 € est redescendu à 1,285 € en fin d'année. Dans le même temps, Veolia avait formulé un premier prix à 1,62 € pour finalement proposer 1,29 € dans son avant-dernière offre et le même tarif dans son ultime proposition.

D'aucuns, des esprits chagrins sans doute, penseront peut-être que l'opérateur gagnant n'aura pas eu à fournir d'effort(s)  - tarifaire ou autres - supplémentaire(s) pour remporter quand même la mise. Ce serait passer sous silence l'engagement de Veolia de proposer la prestation de "télé-relevé" qui ne faisait pas partie de son avant-dernière offre. L'occasion pour le nouvel opérateur de prouver que la notion de prix est une chose, mais que les prestations globales offertes à l'usager et au donneur d'ordre en est une autre.

Sans compter que Nîmes métropole avait exprimé à plusieurs reprises aux candidats sa volonté d'encadrer l'appel d'offre et de sanctionner tout dérapage et dumping économique qui aurait potentiellement généré un sérieux risque de condamner l'opérateur le moins disant à une auto-pénitence financière et une prestation durable de moins bonne qualité.

 Rendement de réseau : chacun fait sa cuisine

En matière de rendement de réseau, trois paramètres sont pris en compte : les fuites d'abord. Puis l'eau potable servie qui arrive aux robinets des clients. Pas de problème : c'est facturé donc mesurable. Troisième sujet : l'eau dite "de service". Elle concerne avant tout l'eau pour les pompiers, le nettoyage des véhicules... Sur ce point, pas de compteur d'eau donc pas de calcul.

Et c'est là que le bât blesse. Car entre les opérateurs, c'est le grand écart, Veolia proposant un engagement contractuel à hauteur de près de 700 000 litres d'eau là où la Saur est à moins de 500 000, selon les données consultées. Un moyen peut-être de comprendre alors la capacité de certains opérateurs à baisser artificiellement le taux de fuite sur le réseau, tous les paramètres étant liés les uns aux autres. En l'espèce, c'est Veolia qui triomphe avec un taux engagement de 82% quand la Saur s'engage à 80.8% et Suez à 81.6%.

Les investissements du délégataire payés au final par l'Agglo

Ce contrat de concession qui sera signé en 2019 avec effet au 1er janvier 2020 courra sur une durée de 8 ans. Très court quand habituellement les marchés publics de ce type se négocient sur 15 ou 20 ans. À Nîmes, on avait pris l'habitude de faire près de 50 ans, mais passons... Ce contrat court permet une mise en concurrence régulière mais dissimule un vrai défaut : les opérateurs qui font des investissements sur le réseau seront contraints d'amortir leurs dépenses sur 8 ans et non plus sur 15 ou 20 ans. Nîmes métropole s'est donc engagé à racheter le coût de l'investissement restant à l'issue de la concession en 2028. Chaque opérateur a donc formulé une proposition de "reprise" à la valeur nette comptable de l'investissement que paiera l'Agglo.

Quand Veolia et Suez propose une reprise d'investissement eau potable et assainissement de 3,7 millions d'euros environ, on observe dans le rapport que la Saur est au double. Étonnant.

Achats eau : Veolia engage une véritable partie de poker

Sur les achats de l'eau estimés par les candidats dans leur proposition, on n'est pas loin du casse-tête chinois, Veolia proposant à quelque chose près 3 millions de moins que la Saur et Suez. Pourtant, le prix d'achat et les quantités sont encadrés par des conventions auxquelles tous les candidats sont soumis. C'est notamment le cas avec BRL dont la convention a été renouvelée en 2013.

Comment comprendre ces différences énormes ? Veolia envisage peut-être de renégocier avec BRL ? Veut-elle s'appuyer sur des forages en construction et qui seront mis en service entre 2020 et 2028 ? Où est-ce tout simplement qu'il s'agit d'une erreur de calcul ? À l'Agglo, quoi qu'il en soit, forcément on se frotte les mains. Cette baisse significative est une bonne nouvelle. Et ce d'autant que Veolia s'est engagé contractuellement sur ce montant...

Le tuilage : quel coût de bascule ?

Le tuilage fait bien référence aux tuiles sur les hauts des maisons qui évitent les fuites en cas de gros orages. C'est aussi l'expression utilisée dans le rapport pour exprimer la période de bascule qui va s'opérer entre l'ensemble des opérateurs en place aujourd'hui pour gérer l'eau des communes de Nîmes métropole quand elle sera désormais confiée à une seule et unique entreprise.

Dans ce cadre, forcément, la Saur étant l'opérateur sortant, elle s'est engagée sur des montants réduits même si elle s'est investie financièrement sur les communes dont elle n'avait pas la responsabilité jusque-là, les candidats Veolia et Suez engageant des frais plus importants liés à la prise en charge dans toutes les communes de l'Agglo.

Biogaz : la production peut rapporter beaucoup

Un des volets de l'appel à candidature de Nîmes métropole concernait la production et la réinjection du biogaz dans le réseau. On pense tout de suite à Suez, candidat naturel sur la question. Et c'est effectivement lui qui apparaît en première position avec une production bien plus importante que la Saur ou Veolia, sa capacité à utiliser des procédés innovants et ses savoir-faire jouant en sa faveur. C'est du côté des recettes de biométhane que la situation est différente avec une performance intéressante de la Saur qui s'est engagée à des résultats au-delà de 8 millions d'euros là où Veolia atteint péniblement la barre des 7 millions et Suez 7,7 millions d'euros.

Les effectifs en question

La Saur a suffisamment communiqué ces derniers jours sur son souhait de mettre un terme global à ses activités nîmoises pour ne pas jeter un oeil sur les propositions formulées par les différents candidats. Sur ce sujet, la réalité c'est que tous les opérateurs s'engagent sur une baisse des effectifs à la fin des 8 ans de contrat, n'en déplaise à la communauté d'Agglomération qui aurait tendance à nier la problématique sous une présentation apparemment séduisante. Avec des effectifs au nombre de 118 au démarrage, Véolia prévoit de réduire la voilure et d'arriver au port en 2028 avec 100 salariés. Suez démarrerait à 99 pour terminer avec 90 agents. Enfin, selon le rapport, la Saur s'engagerait avec 97 salariés pour finir avec 86 personnes. En intégrant les agents mutualisés à Nîmes métropole et ceux en insertion, Saur veut faire savoir qu'elle propose au final plus de candidat (118,5) au démarrage et en fin de contrat (104). Qui dit vrai ?

Qui est le meilleur opérateur au final ?

Ne nous demandez pas de répondre à cette question tant les 250 pages passées en revue nous laissent encore ouverts à de nombreux questionnements. La réalité c'est que Nîmes métropole a pris l'engagement d'une mise en concurrence sur 5 critères principaux, le prix étant l'un des sujets. Sur ce critère, il est évident que la Saur a formulé l'offre la moins disante. Elle a d'ailleurs été récompensée par la meilleure note sur ce critère. Pour tous les autres paramètres de comparaison, plus techniques les uns que les autres, l'Agglomération de Nîmes a fait le choix, selon elle, de l'offre la mieux disante. "Sur des aspects qualitatif et de prix. Les deux et pas l'un à la place de l'autre". Plusieurs propositions de prix (des marchandages ?) et plusieurs réunions de cadrages techniques ont eu lieu avec tous les opérateurs. L'objectif financier de l'Agglo a été atteint qui permettra d'envisager une baisse du prix pour les consommateurs et des investissements lourds financés. La messe est-elle dite ? On ne va pas tarder à être fixé. Réponse mercredi soir.

Abdel Samari

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Abdel Samari

Créateur d'ObjectifGard, je suis avant tout passionné par les médias et mon département. Ce qui me motive chaque jour : informer le plus grand nombre sur l'actualité du Gard ! Pari tenu ?

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3 réactions sur “FAIT DU JOUR Marché de l’eau : ce que révèle le rapport de mise en concurrence”

  1. Il semble que votre lecture ait laissé échapper un point très significatif : Chacun des quatre critères est divisé en sous-critères, qui sont eux-mêmes pondérés. Le seul critères a n’être pas construit de la sorte est le critère « Pertinence et cohérence de l’organisation et des mesures mises en oeuvre au regard des objectifs de qualité de service à l’usager », ou Critère 2.. Il vous aura pas échappé que ce critère est déterminant (25 points), et que c’est sur ce point exclusivement que la SAUR a été déclassée, sachant qu’à l’exclusion de ce critère, la SAUR menait largement.
    Loin de moi l’idée qu’un critère ait pu n’être pas pertinent, il est tout à fait légitime de prendre en compte de critère. Par contre, il est vraiment fâcheux que les réponses n’aient pas été pondérées ni justifiées dans aucun document sur ce critère en particulier, alors que tout est minutieusement analysé dans les autres critères.
    Relisez les pages 184 et suivantes du rapport du président, et vous ne trouverez nulle part les justifications de l’écart énorme entre les notes de concurrents. Tout au plus trouverez vous des critères de classement.
    Je n’en déduit pas que l’offre de la SAUR était meilleure, mais par contre, j’en déduit que le critère 2 incluait possiblement une « note de gueule » qui, par hasard bien entendu, a joué à fond pour éliminer la SAUR.
    Au final, il est regrettable qu’un tel dossier puisse n’être pas absolument irréprochable.

  2. L’agglomération veut faire croire qu’elle est transparente. Elle a choisi comme assistance à maîtrise d’ouvrage, pour l’aider à choisir entre une régie et la DSP puis entre les différents concurrents à la DSP, EGIS.
    Or EGIS n’est pas indépendant de Véolia. EGIS c’est la CDC qui est le 3ème actionnaire de Véoila. EGIS et Véolia répondent ensemble à des marchés ou montent des sociétés communes.
    C’est donc une société qui n’est pas indépendante de Véolia qui a « aidé » l’agglomération à choisir la DSP plus tôt que la régie puis Véolia….
    Tout est transparent ….puisque on vous le dit !

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