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FAIT DU JOUR « Faut le fer » s’est forgé une réputation nationale

De son atelier de Bouillargues au château style Louis XIII, rencontre avec le ferronnier d'art Cyril Théophile.

Cyril Théophile, ferronnier d'art, accompagné de ses deux fils Steven et Thomas (photo Corentin Corger)

Installé depuis 1995 comme ferronnier d'art, Cyril Théophile est un personnage atypique. Ce Bouillarguais vient de recevoir la qualification "d'artisan métier d'art". À cette occasion, nous vous proposons de découvrir l'homme et son entreprise Faut le fer, devenue familiale avec la présence de ses deux fils, Steven et Thomas. 

On les connaît ces histoires d'hommes passionnés par leur métier et par un savoir-faire. Ces hommes qui ont de l'or dans les mains et qui fascinent par leurs capacités manuelles. Celle-ci a pour personnage principal Cyril Théophile, 47 printemps en mars prochain. Des cheveux longs, une barbe, un sourire et un franc-parler : la description est faite. Scolarisé au collège Capouchiné, notre protagoniste, né à Nîmes, n'a pas d'atomes crochus avec l'école pour poursuivre ses études. Sur les conseils avisés d'une conseillère d'orientation, le gamin se tourne vers les métiers manuels.

Une pilule difficile à avaler pour des parents agent d'entretien et responsable d'une maison de retraite. "À l'époque, ceux qui allaient dans les lycées professionnels étaient mal vus et considérés comme des cancres ou des bons à rien. Et puis mon père ne savait pas planter un clou !", contextualise Cyril. Entre la plomberie, la maçonnerie et la ferronnerie, l'adolescent de 14 ans trouve rapidement sa voie. Il entre au lycée des métiers d'art d'Uzès, qui ne portait pas encore ce nom.

Un apprenti qui fait ses gammes à Saint-Victor-des-Oules. "J'avais une Simca 1100 TI qui faisait du 60 litres au cent. Entre l'essence et l'appartement, je dépensais trop. J'ai cherché à me rapprocher de Nîmes pour gagner plus d'argent". Cyril intègre les Compagnons du Devoir via un contrat de qualification, réalise le tour de la France et participe, dans son domaine, à la construction de la Talaudière à Saint-Étienne. La prison ? "Non, c'est le seul endroit où je ne suis pas allé !", répond ce farceur. Il parle de la Maison des Compagnons, comme celle de Nîmes où il a également mis la main à la pâte. Après trois ans dans une entreprise à Vauvert, Cyril décide de s'installer à son compte, à Bouillargues, le 8 février 1995, sous la raison sociale Faut le fer.

À l'assaut de Paris

Un Bouillarguais dans les Yvelines, comment cela se fait-il ? (photo Faut le fer)

Ironie du sort, 24 ans plus tard, jour pour jour, Yvan Lachaud, président de Nîmes métropole, et Henry Brin, président  de la Chambre de métiers et de l'artisanat du Gard, débarquent pour lui remettre une qualification de renom, celle "d'artisan métier d'art". Pour en arriver à ce statut, le Bouillarguais en a parcouru du chemin et brassé de la ferraille. Ses premiers marchés sont des portails de particuliers mais aussi des monuments aux morts et des ouvrages placé sous la protection de l’appellation Bâtiments de France.

Le Gardois tombe également sur la cassette vidéo de Joël Orgiazzi. Un artisan lyonnais qui est tout simplement la référence internationale en ferronnerie d'art. Une rencontre qui va déboucher sur une proposition de passer un cap, l'Océan atlantique même, et de partir travailler au Canada. "J'ai refusé", avoue Cyril, attaché à ses terres et qui venait de se lancer. Quelques années plus tard, l'envie lui prend de "franchir une étape et de travailler pour des clients prestigieux". Le représentant de Faut le fer rencontre son mentor à Lyon et "repart avec deux commandes notamment pour l'ambassade d'Arabie Saoudite". 

Tout bascule lors du Salon international du patrimoine culturel organisé au Carrousel du Louvre. Le provincial saisit l'opportunité de faire éclore son talent devant les meilleurs ouvriers de France et "ça explose", pour reprendre ses termes. Le ferronnier est retenu pour intervenir sur des chantiers de prestige comme le siège d'une grande marque du luxe. En 2013, dans sa conquête de la capitale, Cyril va même tenter le pari fou de décrocher l'excellence au concours du meilleur ouvrier de France. "Je me suis cassé la gueule aux qualifs et j'ai fait l'impasse sur 30 000 euros de boulot pour me préparer", commente t-il.

Le roi du château

Ce n'est pas tous les jours que l'on répare un pont-levis (photo Faut le fer)

Malgré la déception, Cyril va pouvoir tourner la page en se concentrant sur le chantier de sa carrière, débuté en 2016. Le château des Béthune-Sully situé à Rosny-sur-Seine dans les Yvelines, racheté par Antoine Courtois de l'atelier Mériguet-Carrère. Le PDG de cette entreprise, qui intervient sur des chantiers prestigieux comme l'Opéra de Paris, a décidé de restaurer ce patrimoine de style Louis XIII à hauteur de six millions d'euros. "J'ai travaillé sur tout le château. J'ai refait pendant quatre mois le portail, qui mesure 16 mètres de haut, pèse 30 tonnes et même le pont-levis", explique Cyril, encore étonné par ces travaux gigantesques. "Quand je suis arrivé là-bas, je n'ai pas trop compris ce que je faisais ici", expose-t-il avec modestie.

Une première tranche qui doit s'achever en mai prochain. Un talent qui lui a valu les félicitations du propriétaire : "Il m'a dit : il est là ton concours !" Les habitants locaux ont découvert un homme venu d'une autre planète : "L'adjoint au maire de Rosny-sur-Seine ne connaissait pas le code postal 30230 et Bouillargues. Je lui ai dit que c'est le seul village où Jules César n'est pas rentré. Du coup certains m'ont surnommé César, là-haut". C'est ainsi que ce Bouillarguais a conquis Paris. Désormais son empire professionnel s'étend jusqu'aux confins de la Catalogne avec un travail réalisé sur le château du Castillet de Perpignan.

Cyril Théophile, devant le portail du château de Sully qui étrenne fièrement son maillot Kindy du Nîmes Olympique (photo Faut le fer)

Pour conserver et faire grandir sa notoriété, Cyril prépare son dauphin. Ils sont mêmes deux fils à lui succéder sur le trône : Steven, 21 ans et Thomas, 16 ans, tous deux déjà présents dans l'entreprise. "Ce n'est qu'à 16, 17 ans que j'ai eu envie d'aider mon père", avoue l'aîné. Le cadet qui a toujours vécu à côté de la ferronnerie est tombé dans le charbon et le fer tordu dès le plus jeune âge. Déjà Meilleur apprenti de France, Thomas a lui aussi intégré les Compagnons du Devoir.

Et alors comment se passe le travail en famille ? "Je suis agréablement surpris, c'est le kiff. Il y a plus de sourires que de coups de gueule", répond le patriarche. Une fierté pour le quadragénaire de se réveiller chaque jour pour transmettre sa passion à sa progéniture. "Quand j'arrive à les lever", plaisante-t-il. Plus sérieusement, Cyril souhaite, "qu'ils soient meilleurs que moi. Qu'ils partent à l'étranger pour faire des plus gros chantiers et faire mieux que moi." Une demande exprimée devant les deux fils qui semblent gérer la pression paternelle. "Je sais que j'y arriverai", affirme Steven. Pour passer d'une réputation nationale à internationale. Et ça, "faut le fer" !

Corentin Corger

Retrouvez Cyril Théophile à l'oeuvre en vidéo :

 
 

 

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