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LE 7H50 de Patrice Prat : « Je ne pouvais plus rester à l’écart »

L'ancien député et maire de Laudun-l'Ardoise, Patrice Prat (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Il s’était rangé des voitures il y a deux ans, en choisissant de ne pas se présenter aux législatives sur la troisième circonscription, dont il était le député sortant. Aujourd’hui Patrice Prat revient dans le jeu politique local. Et il a des ambitions...

Il l’affirme, il n’a « pas changé », ni de positionnement politique, ni d’avis sur son territoire et sa commune de Laudun-l’Ardoise. Dans le café laudunois où nous le rencontrons mardi matin, son propos est régulièrement interrompu par d’amicales salutations aux clients qui défilent. De quoi constater que l’ancien maire de la commune (1995 - 2014) conserve encore des fidèles. « Je suis aussi poussé par beaucoup d’autres », prend-il le soin de préciser. Entretien sans langue de bois avec un revenant.

Objectif Gard : pourquoi ce retour aujourd’hui, deux ans après votre « retraite » politique ?

Patrice Prat : D’abord j’ai fait le point sur ma vie personnelle. J’ai clarifié le sens que je veux lui donner. C’est une nouvelle étape pour moi. J’avais toujours le goût, l’envie, mais je me demandais si j’étais encore capable d’entraîner des gens dans une aventure collective. La réponse est oui. Je peux aujourd’hui à nouveau me consacrer à l’action militante et politique. Ce qui me pousse à agir, c’est d’abord la gravité de la situation, nationale comme locale. Il y a les Gilets jaunes, mais aussi la montée des périls nationalistes, antisémites, xénophobes, homophobes. De tous les côtés il y a une radicalisation des expressions politiques et une parole qui se re-libère et s’autorise des libertés dangereuses et inacceptables. Il y a aussi la gravité de la situation dans le camp de la Gauche. Si beaucoup de gens ne s’y retrouvent plus, je considère pour autant qu’il y a un socle de valeurs qui compte plus que tout. Je m’identifie toujours à Gauche. Il faut aider à ce qu’elle se reconstruise, que les liens se restaurent. Je veux participer à ce travail de reconstruction.

« J’ai le sentiment que ce territoire est en plein décrochage »

Sur les réseaux sociaux, vous ne mâchez pas vos mots sur la politique locale...

J’ai le sentiment que nous sommes au point mort, que l’histoire s’est arrêtée en 2013, au début de l’Agglo (du Gard rhodanien, ndlr). J’ai envie de dire qu’il n’y a rien de vraiment nouveau sous le soleil depuis. J’ai un regard d’observateur. J’ai pris deux années de recul. J’ai le sentiment que ce territoire est en plein décrochage. Et puis cette commune de Laudun-l’Ardoise que j’ai dans le coeur. Je m’aperçois qu’elle est traversée de grandes divisions, de fortes tensions souterraines. Je souffre de voir cette situation. Tout ça me pousse, et je suis aussi poussé par beaucoup d’autres, à me réinvestir localement.

On parle de vous pour Saint-Paul-les-Fonts...

On parle de moi à Saint-Paul, à Bagnols, à Laudun-l’Ardoise... Aujourd’hui pour moi les choses ne sont pas tranchées. Mais d’où que je me trouve je prendrais une part active. Je suis né ici, je m’y sens bien un peu partout, mais je ne peux pas séparer la destinée d’une commune de celle de l’Agglo. Les destins sont liés. Il faut penser global pour repenser local.

À vous entendre, on peut penser que vous voulez prendre l’Agglo…

Je ne sépare pas les deux. Si je peux contribuer à redonner l’envie, à un volontarisme au niveau de l’Agglo, oui je prendrais ma part. Ça ne peut se faire que dans une adhésion. C’est un esprit d’équipe qu’il faut retrouver, une vision à partager, une méthode nouvelle. C’est un souffle qu’il faut reprendre et que la population se retrouve dans ce nouveau souffle. Il faut beaucoup de pédagogie, informer, être dans un esprit participatif. Je veux expérimenter une nouvelle méthode de gouvernance, une philosophie de l’action. Ce n’est pas l’affaire d’un homme mais d’une vision partagée. Je veux que d’autres émergent.

« Je n’avais pas perdu l’envie d’action, mais celle de politique »

Donc vous voulez incarner un nouveau courant ?

Si vous voulez. Je veux aider de nouvelles personnes à s’impliquer pour le bien commun. C’est une fonction de manager à l’échelle du territoire. Je suis stupéfait de constater que malgré toutes les alertes, le mal-être exprimé dans la société, on reste sur des modes de fonctionnement anciens et dépassés. Il faut rénover les pratiques pour redonner confiance aux gens. Quand je rencontre les gens sur ce territoire, les mines sont tristes, les gens sont désabusés. Il y a un fond de colère et une sorte de fatalisme. C’est insupportable pour moi. Je veux redonner cette envie, mon envie est revenue.

Cette envie, elle était partie quand vous avez pris votre « retraite » politique ?

Oui. J’étais à un moment de ma vie où je me posais des questions sur ma vie personnelle. Je n’avais pas perdu l’envie d’action, mais celle de politique. Le système politique, aujourd’hui encore, me désole. Je n’ai pas changé sur mes critiques à l’égard du comportement des responsables politiques. Il n’y a pas plus ancien monde que ceux qui se revendiquaient du nouveau monde.

Certains pourraient penser que votre entreprise, spécialisée dans le conseil et l’intelligence économique, ne fonctionne pas et que vous revenez en politique pour cette raison. Qu’en est-il ?

Elle fonctionne et pour rien au monde je ne me séparerai de cette vie professionnelle. Elle est extrêmement épanouissante pour moi. Je suis dans une vraie dynamique. Je suis en pleine croissance, mais je veux la maîtriser. J’ai vu ce que m’avaient coûté 25 ans de ma vie où j’ai tout sacrifié et où j’aurais pu tout perdre. Aujourd’hui j’arrive à un âge, 53 ans, où j’ai envie de faire les choses selon mon rythme.

Votre vie professionnelle est-elle compatible avec un nouvelle engagement politique ?

Je doserai cet engagement en fonction des circonstances. Ma carrière est derrière moi. Je veux me rendre utile et quand je jugerai que la situation le mérite je le ferai, avec d’autres. Tout ne repose pas sur un seul homme.

Vous étiez un pourfendeur du cumul des mandats.

Je n’ai pas changé là dessus. Je me suis efforcé de donner l’exemple et quand je vois que ceux qui me donnent des leçons sont ceux qui s’accrochent aux branches depuis X temps, c’est un peu fort de café. Je n’ai plus rien à démontrer sur ce plan. Je n’ai pas changé. Je reste toujours passionné. Je ne baisserai pas les bras.

Ce retour, aurait-il pu se produire il y a un an à l’occasion de l’élection municipale à Laudun-l’Ardoise ? On vous a prêté des intentions à l’époque...

C’est absolument faux. Beaucoup insistaient, mais je n’étais pas prêt. Il y a eu beaucoup de fantasmes, mais j’avais d’abord mes propres soucis personnels. Cette situation m’a rendu malheureux.

La disparition du legs Albert André, « c’est tellement absurde »

La brouille avec votre successeur à la mairie Philippe Pecout ?

Bien sûr, et avec d’autres. Ça a été désagréable pour tout le monde, et les premières victimes furent les Laudunois et les l’Ardoisiens.

Il y a eu aussi l’affaire de la « disparition » du legs de l’héritière d’Albert André, dans laquelle votre nom est revenu.

Ce dossier m’a fait prendre conscience de l’amateurisme qui régnait sur cette commune. J’étais stupéfait de ce qui était relayé dans la presse. C’est tellement absurde. C’est de bonne guerre, mais quand on le fait il faut être sérieux dans l’argumentation. Et ce dossier ne peut pas être instrumentalisé à des fins politiques.

Vous savez que cette affaire reviendra dans la campagne de 2020 contre vous...

Oui, mais c’est tellement absurde. Les 500 000 euros y sont. Ils peuvent déjà travailler sur la maison d’Albert André.

Cette histoire a-t-elle aussi motivé votre retour ?

Elle m’a fait prendre conscience que je ne pouvais plus rester à l’écart de cette commune. Qu’il s’y disait tout et n’importe quoi. Depuis deux ans, j’ai choisi délibérément le silence et au final ce silence valait approbation de toutes les sottises qui circulent. Je veux donc le rompre, donner aussi ma part de vérité. Après, chacun pourra se forger son opinion.

Propos recueillis par Thierry Allard

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Thierry Allard

32 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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