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FAIT DU JOUR Dans la vie d’un apprenti footballeur

Axel Vitris dans sa chambre blanche et rouge (Photo Corentin Corger)

Pendant quelques heures, nous avons eu l'opportunité de suivre Axel Vitris, 17 ans, qui fait partie du centre de formation du Nîmes Olympique. Entre cours en Terminale S et entraînements en U19, découvrez la journée d'un adolescent pas comme les autres qui réalise des sacrifices pour devenir footballeur professionnel. 

Si jeune mais déjà une énorme pression sur les épaules. Bon nombre des adolescents âgés de 17,18 ans vont passer leur baccalauréat sans avoir une véritable idée de leur avenir une fois le diplôme en poche. Une certaine naïveté et légèreté de la vie que l'on tolère à cet âge. Pour d'autres, tout se joue maintenant. Ceux qui ont choisi de vivre à fond leur passion avec l'espoir d'en faire leur métier. En l’occurrence, le football. Mais comme dans tout sport de haut niveau, il y a beaucoup de candidats pour peu d'élus.

Lucas Dias, Théo Sainte-Luce, Lucas Buades, Kelyan Guessoum, Kévin Denkey, Sofiane Alakouch, Théo Valls, Antonin Bobichon, Gaëtan Paquiez et Clément Depres sont les joueurs formés au Nîmes Olympique devenus professionnels sur ces cinq dernières saisons. En moyenne, cela fait deux par an qui ont la chance de toucher le Graal. Axel Vitris rêve de voir son nom s'ajouter à cette liste mais le chemin est encore long. "C'est à 12 ans que j'ai compris que j'avais un truc en plus", confie le jeune homme.

Ce natif d'Albi qui fêtera ses 18 ans en janvier prochain vient d'entamer sa deuxième saison au centre de formation de la Bastide. Il a accepté de nous faire partager sa vie d'apprenti footballeur. Tout commence à 6h20 lorsque le veilleur de nuit tape à sa porte pour le réveiller. Comme il passe le bac cette année, Axel a eu droit à une chambre seule, une des plus spacieuses du centre, pour réviser au calme et donc dépourvue de télévision. Avec le privilège d'avoir son nom inscrit sur la porte et sa propre douche. Les WC sont sur le palier.

Aucun poster n'est collé au mur. Les temps ont bien changé. "Je ne lis pas les magazines", admet-il mais assure posséder chez ses parents de nombreux maillots de Messi, son idole. Douche, petit-déjeuner et le voilà déjà à 7h à l'entrée du domaine pour attendre le bus. "Je ne l'ai pas encore raté pour le moment", se réjouit l'étudiant car il sait que le prochain n'est que dans une heure. Axel est scolarisé en Terminale S au lycée d'Alzon avec une moyenne générale qui tourne autour de 12. "Je fais ça pour avoir mon bac. Mes parents, qui me soutiennent à fond, me rappellent que l'école c'est important", déclare t-il après son cours de maths du mercredi matin.

Comme des élèves à part entière, les 56 jeunes du centre se rendent au collège et au lycée (d'Alzon, CCI et Saint-Vincent-de-Paul). Contrairement à la plupart des centres de formation des clubs de Ligue 1, les cours ne sont pas dispensés au centre. "On casse vraiment les codes. Le jeune est noyé dans la masse et le prof oublie que c'est un joueur de foot", explique Ludovic Laverdure, responsable pédagogique de la pépinière nîmoise. Un choix payant puisque le centre de formation nîmois peut se targuer de 100% de réussite au bac en 2018 et 2019. Soit 23 bacheliers récompensés.

Pas de téléphone à table !

Malgré les aller-retours, Axel apprécie ce mode de fonctionnement : "Cela permet d'avoir une vie à l'extérieur et de côtoyer d'autres personnes". L'occasion parfaite de rebondir sur une éventuelle petite amie car après tout c'est bien de son âge même si à ce niveau les sentiments peuvent parfois perturber les plans initiaux. "Je ne fais pas vraiment d'efforts pour ça", répond le principal intéressé qui ne se détache pas de son but. Il faut dire qu'il a peu le temps pour les amourettes.

Aujourd'hui les devoirs, dans quelques années les conférences de presse ? (Photo Corentin Corger)

Des cours programmés tous les matins qui s'étalent jusqu'à 16h, voire plus le lundi, la seule journée sans football. Les mardis, jeudis et vendredis c'est une navette affrétée par le club qui vient récupérer les joueurs, attendus dès 16h30 aux vestiaires pour l'entraînement. Le mercredi, le début d'après-midi se passe en études au côté de Ludovic. Une petite salle où est calé contre un mur le panneau officiel de la Ligue 1 devant lequel entraîneur et joueurs répondent à la presse. C'est en s'imaginant un jour à cette place qu'Axel bûche sa physique.

Des rires et un vestiaire vivant juste avant l'entraînement (Photo Corentin Corger)

Place ensuite à l'entraînement où "Neymar" comme il est surnommé pour son amour des dribbles, salue ses coéquipiers. Une ambiance détente avec quelques minutes passées sur son téléphone avant de chausser les crampons et de passer aux choses sérieuses. Des smartphones tolérés dans le vestiaire mais interdits à table. "Si on se fait attraper, on doit attendre 24h avant de le récupérer", précise un de ses partenaires.

Une discipline qui fait également partie de l'apprentissage. Déjà dans un établissement privé où le moindre retard ou remarque est directement envoyé à Ludovic qui peut prévenir le coach et les parents. Cela se répercute au centre de formation où certains peuvent être contraints de ramasser les déchets autour des terrains. "Je n'ai jamais d'ennuis", affirme Axel, d'un tempérament calme mais qui avoue de temps en temps faire quelques bêtises. "Parfois on va mettre la sono un peu forte ou jouer au foot dans les chambres. La dernière fois je me suis fait griller car j'avais planqué des boîtes de pizza que les pros nous avaient donnés." 

"À 18 ans, tu fais déjà vieux"

À voir sa tête en abordant le sujet, le dîner servi à 19h15 ne semble guère lui ravir les papilles. À 20h30, il est l'heure pour l'apprenti de regagner sa chambre mais la journée n'est pas finie : "En général je termine mes devoirs". Une organisation rendement menée qu'Axel pratique depuis 13 ans, âge où il a quitté le foyer familial en partant au Pôle espoir de Castelmaurou puis au sport étude de Rodez. L'extinction des feux est programmée à 22h sauf pour les soirées Ligue des Champions où tout le monde se réunit dans la salle télé. "Même s'il y a un contrôle le lendemain, on ne le loupe pas", sourit le passionné.

Axel sous le maillot noir du Nîmes Olympique face à Monaco (Photo Monaco)

Un petite bouffée d'air qui intervient le samedi après-midi où les jeunes ont l'occasion de sortir du centre pour se rendre au centre commercial Cap Costières, situé tout près. L'occasion de faire un arrêt "obligé" au Mac'Do et de flâner devant quelques boutiques. Axel a signé un contrat aspirant qui lui permet de toucher une rémunération de 700 € brut par mois. Place ensuite au dimanche, jour de match, "le meilleur moment de la semaine qui vient récompenser tous les efforts."

Une vie loin des siens que le jeune Tarnais a l'occasion de retrouver une semaine lors des vacances scolaires et d'évacuer les moments de doute. Comme c'est le cas actuellement car la concurrence est rude et Axel n'est pas tout le temps titulaire. "J'ai passé l'été en béquilles après m'être fracturé le 5e métatarse (os du pied) en mai dernier et donc je suis revenu un peu plus tard à l'entraînement", détaille cet ailier droit.

Cette saison est quasi décisive pour décrocher un contrat stagiaire et taper à la porte de l'équipe réserve la saison prochaine car il sait que tout va très vite dans le foot moderne. "À 18 ans tu fais déjà vieux ! Si à 20, 21 ans on a pas signé pro, on ne signera jamais", assure le jeune homme. Une maturité d'esprit et dans les jambes. L'addition parfaite pour arriver à ses fins ?

Corentin Corger

 

 

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