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FAIT DU JOUR Nîmes et le crocodile : une longue histoire d’amour mise en balade

L'Office du tourisme de Nîmes organisait une visite de la cité un peu spéciale car tournée vers sa liaison intime avec le crocodile.

Sur les portes de l'Hôtel de ville (Photo Anthony Maurin).

Nîmes et le crocodile, c’est une longue histoire d’amour. Les armes de la cité en sont un gage, le club de foot en a fait son rutilant emblème et tout un chacun sait que les deux parties sont liées depuis des lustres…

Mais pourquoi et depuis quand ? Une chasse au crocodile sans décès malencontreux. Là est la force de cette curieuse visite thématisée proposée par l’Office de tourisme de Nîmes. Partons à la découverte des crocodiles de Nîmes.

Au départ, à l'intérieur de l'Office de tourisme (Photo Anthony Maurin).

À Nîmes, la cité des Antonin, on voit cet archosaurien se dissimuler partout. De quelques façades peinturlurées aux bittes siglées de l’emblème épuré par Philippe Starck en 1983 en passant par une gracieuse fontaine ou encore par quatre bestioles suspendues au plafond du grand escalier de la Mairie... Le but de la balade du jour est " de partir de quelque chose que tout le monde connait pour aborder les côtés scientifique, historique et anecdotique de la chose ", note Isabelle Rocle, guide conférencière qui a la charge d’expliquer l’inexplicable, de démêler le mythe de la réalité, le fantasme de l’histoire vraie.

Isabelle explique l'histoire du crocodile à Nîmes (Photo Anthony Maurin).

Maximum 35 personnes pour cette balade. " Ça fait beaucoup, heureusement que nous sommes moins de 30 ! Il faudrait vraiment que l'OT se dote d'audioguides pour ce genre de visite. Entre les  travaux et les automobiles, on n'entend pas grand chose quand on est nombreux. Surtout qu'il y a beaucoup de personnes âgées ", avise une habituée. Seule remarque un peu négative de la matinée.

Allez, passons aux choses sérieuses. " Nous n'allons pas voir tous les crocodiles de Nîmes, nous n'aurions pas le temps ! Qui est Nîmois ? " interroge Isabelle. Près de 30 mains se lèvent. Ok, la balade a attiré des Nîmois, beaucoup de Nîmois, nouveau mais aussi anciens.

Regardez bien ! (Photo Anthony Maurin).

Premier arrêt non loin de l'OT, au pied de l'horloge du Lycée Daudet qui était, avant d'être l'établissement que l'on connaît, un hôpital général et brièvement un palais des arts. Au-dessus du cadran, sous la Maison carrée et les arènes, un croco lâché dans la naturelle pierre calcaire de Nîmes. " Je ne l'avais jamais remarqué ! " s'écrie une femme. Et Isabelle de répondre avec un large sourire, " Eh oui, c'est pour ça que je suis là ! " Dans le même style et toujours gravés dans la pierre, croco et palmier sont visibles sur les murets aux entrées du Square Antonin.

La preuve ? (Photo Anthony Maurin).

Place du Marché à présent. Le cortège de touristes nîmois s'arrête à la fontaine réalisée par Martial Raysse. Au sol, des clous estampillés Philippe Starck. L'histoire du crocodile enchaîné à une palme et non à un palmier est à l'origine un hommage aux vainqueurs (Octave qui deviendra Auguste et Agrippa qui sera le protecteur de Nemausus) de la bataille d'Actium qui a permis au monde romain de dominer la grande Égypte.

Sur la Place du Marché, le palmier n'est pas à côté du croco, il est éloigné. Disons qu'au bout de 2 000 ans le gros lézard s'est libéré de ses chaînes et s'est accoutumé à Nîmes. " À l'origine, la statue devait avoir des yeux lumineux et/ou qui pleurent des larmes de crocodile... Je ne l'ai jamais vu ainsi. Par contre, il y avait un enfant, des oiseaux de Cacharel en Camargue mais ils ont tous été volé plusieurs fois ", assure Isabelle qui remplit chaque visite de belles anecdotes historiques.

Martial Raysse et sa fontaine Place du Marché (Photo Anthony Maurin).

Un peu plus loin, au 2 rue des Broquiers, on s'arrête. " Ah ? Il doit y en avoir un là ! " " Vous ne le verrez pas de ce côté mais si un jour la porte est ouverte vous verrez sa queue ! Allons voir rue de l'Aspic. " Bingo, à l'angle, au premier étage, il nous regarde d'en haut. Un trompe-l’œil réalisé en 1989 par Dominique Durand. C'est à ce moment qu'avec une très grande classe, une commerçante sort sa tête de sa boutique et nous demande de nous pousser, nous bouchons l'entrée de son échoppe... Aucun de ces Nîmois ne s'arrêtera plus jamais devant chez elle, parole !

À la fenêtre du dessus, un croco (Photo Anthony Maurin).

Attraction la plus célèbre de la cité des Antonin, les quatre crocodiles suspendus dans le hall du grand escalier de la mairie. Naturalisés, ils font tantôt peur, tantôt rire tant ils sont surannés. Il faut dire que l'emblème nîmois tel qu'on le connaît est assez récent. Avant 1516, la seule couleur rouge apparaissait sur le blason. François 1er a accepté que Nîmes puisse avoir un taureau comme emblème. Il ne sera pas resté longtemps puisque l'année d'après, le premier As de Nîmes a été découvert et avec lui un nouvel imaginaire. On préfère au récent taureau l'antique croco en 1535.

Là, on t'a vu ! (Photo Anthony Maurin).

Du Col Nem inscrit sur l'As, on croit à l'époque à la couleuvre de Nîmes et non à la colonie. La décision royale d'en faire l'emblème est téléguidée par les Nîmois heureux de leur passé glorieux mais il faut dire qu'au XVIe siècle, les Nîmois ne savent même pas ce qu'est un crocodile ! Au fil du temps, la palme de la victoire d'Actium est délaissée pour le palmier moderne.

Dans le halle de la mairie, en haut des escaliers d'honneur (Photo Anthony Maurin).

Ces quatre crocodiles de l'Hôtel de ville ont eux aussi une sacrée histoire. Ils sont devenus Nîmois de 1597 à 1703  pour le dernier, le plus gros. Remisés pendant un siècle et des brouettes, ils refont surface à la demande des Nîmois en 1856 au haut de l'escalier d'honneur de la mairie.

Le petit groupe sous les crocos naturalisés (Photo Anthony Maurin).

La Révolution interdit les blason des villes mais Napoléon les remet à l'ordre du jour sur demande. Nîmes ne s'en occupe pas et quand la manufacture de Beauvais dois tisser les armes des " Bonnes villes " dont Nîmes fait partie depuis 1812, le peuple demande à Charles X, alors roi de France, de nous les octroyer à nouveau. " Notre blason est très original car le crocodile regarde dans le sens inverses des autres animaux des autres blason ", souligne Isabelle Rocle.

Isabelle en profite pour parler de l'As de Nîmes, le Dupondius de son nom réel(Photo Anthony Maurin).

Abribus made in Starck, ferronnerie de la CCI, de la mairie, des Jardins de la Fontaine et de quelques balcons du centre-ville, épée d'académicien de Jean Paulhan, médailles et jetons de présence de l'Académie de Nîmes, nous avons même parlé de l'ancien fauteuil du maire de la ville sur lequel un croco était sculpté en ornement du dossier. " J'ai passé des heures à chercher les crocos " ,avoue l'excellente guide.

Dans les murs de la mairie, entre le cabinet du maire et la salle du conseil municipal (où ont d'ailleurs été longtemps exposé les crocos de l'escalier) (Photo Anthony Maurin).

Pour le côté scientifique, n’oublions pas que ce reptile est comme un dinosaure et qu’il fut un cousin éloigné des oiseaux. La preuve ? Un passage au Muséum d'histoire naturelle. Au passage, on file rapidement devant la façade de la bibliothèque Séguier et de l'ancien musée lapidaire. En pénétrant dans le jardin du musée, nous sommes salués par Baudile (ou Basile pour certains) le crocodile en bois (comme au pied de la Tour Magne d'ailleurs).

Le croco en bois du muséum d'histoire naturelle (Photo Anthony Maurin).

À l'étage, on parlera de la vie d'un croco et de son histoire vieille de plus de 180 millions d'années sous la forme qu'on lui connaît. Apparu il y a plus de 220 millions d'années, il était plus semblable à l'oiseau et avait des plumes. Aujourd'hui, un sur deux arrive à l'âge adulte et un croco peut vivre plus de 100 ans. La température détermine le sexe issu de l’œuf, la dentition est aléatoire et se régénère au fil de sa vie... Une visite bien faite qui a su captiver son auditoire.

Dans les vitrines, les oiseaux et bien sûr, les crocos ! (Photo Anthony Maurin).

Etiquette

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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