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FAIT DU JOUR François Noël, directeur du théâtre Bernadette-Lafont : « Le spectacle vivant me touche énormément »

François Noël, directeur du théâtre Bernadette-Lafont à Nîmes (Photo AS/Objectif Gard)

François Noël, directeur du théâtre Bernadette-Lafont de Nîmes présentera ce lundi le programme des 30 ans du Festival flamenco qui se déroulera du 9 au 19 janvier 2020. L'occasion d'échanger sur les ambitions du théâtre nîmois pour les prochaines années. Interview.

Objectif Gard : Pouvez-vous, en quelques mots, présenter votre parcours à nos lecteurs ?

François Noël : J'ai un parcours atypique car je viens de la technique du spectacle. C'est très rare de devenir ensuite directeur. Je crois qu'il doit y avoir à ma connaissance en France un seul directeur artistique comme moi. D'abord, j'ai travaillé à France Culture. Je suis issu de là. J'ai occupé différents postes y compris derrière le micro. J'ai démarré réellement lors du festival d'Avignon en 1976 comme technicien son. Je portais le micro, les affiches... Puis, par passion, je me suis investi dans les spectacles du festival. Le spectacle vivant me touche énormément. Pourtant, j'avais souvenir, avec mes parents, de ces parcours au coeur du festival quand j'étais enfant. Le sommeil et l'ennui dominaient. Plus tard, c'est de se retrouver dans cette marmite du festival d'Avignon qui a créé chez moi cette envie folle.

Qu'est-ce que vous aimez dans le théâtre ?

J'aime la langue, le texte, la sonorité. Ce que les acteurs font sonner. On décrypte beaucoup mieux que ce que l'on lit. Surtout avec un bon metteur en scène et de bons acteurs. Tout d'un coup, on redécouvre le texte. Dans la danse, c'est différent. J'aime particulièrement cet art qui ne raconte pas d'histoire. La danse permet à chacun de se raconter sa propre histoire. Et un mot sur la musique : nous avons une chance inouïe d'avoir à Nîmes un orchestre dirigé par un chef exceptionnel, Francois-Xavier Roth. Il s'est installé chez nous il y a trois ans. Quel bonheur de l'avoir ici, même s'il passe beaucoup de temps dans les avions...

Une autre de vos passions, plus récente, c'est le cirque... 

Depuis quelques années, j'ai regardé plus attentivement le cirque. J'avais quelques a priori considérant le cirque comme un spectacle mineur par rapport au reste. J'ai découvert au contraire des choses très intelligentes, bien faites. Je pense par exemple au spectacle Humans de la compagnie australienne Circa. C'est entre la danse et le cirque. C'est généreux, élégant, pétri d'humanité. Le message porté tout au long du spectacle est bienveillant : "on se met devant nous car sans vous on n'est rien."

Un rapport de confiance existe aujourd'hui avec le public nîmois

Comment décidez-vous la programmation du théâtre ? 

Je suis à l'affût de ce qu'il se passe, je garde l'esprit ouvert. C'est passionnant. Je ne m'oblige à rien. Après, la perception c'est subjectif. Les critères ce sont les miens. Mais un rapport de confiance existe aujourd'hui avec le public nîmois. Même quand peu de monde connaît un spectacle et que j'ai l'intime conviction que cela va toucher les gens, je n'hésite pas à le programmer.

Pourquoi le théâtre de boulevard qui fonctionne à Paris ne parvient-il pas à franchir les portes du théâtre nîmois ?

Car je vois beaucoup de choses souvent médiocres. Si un spectacle est intéressant, je n'ai pas de problème pour le programmer.

Le patin libre, un show inédit où danse et patinage ne font plus qu’un ! (Photo : DR Théâtre de Nîmes)

Si l'on devait retenir trois spectacles issus de la programmation 2019-2020. Que proposeriez-vous ?

Il y a tellement de choses. C'est difficile de vous dire comme cela (sourire). D'abord, une chose extrêmement intéressante. Lors d'un voyage à Montréal, j'ai découvert le spectacle Le patin libre composé d'anciens champions de patinage artistique. Ils ont créé leur compagnie et des spectacles de danse sur glace. C'est très virtuose, très beau et nous proposons pour l'occasion les six représentations au mois de décembre hors les murs puisqu'elles se dérouleront à la patinoire de Nîmes. Le public sera en immersion totale sur des gradins posés sur la glace. Une deuxième chose, c'est dans le cadre du Festival flamenco de janvier prochain : la dernière création d'Israel Galván issue du chef-d’œuvre de la musique espagnole du XXe siècle, L’amour sorcier, de Manuel de Falla. Le célèbre danseur flamenco en ravive en solo le souffle d’origine. C'est un grand moment de danse contemporaine. Enfin, un troisième choix, je dirais le spectacle Demi-Véronique avec Jeanne Candel. Du théâtre musical à partir de la cinquième symphonie de Mahler, matrice de cette création. C'est vraiment un très joli spectacle. Visuellement c'est très interprété. Une épopée musicale et théâtrale sans parole, juste autour de la musique.

Le Festival flamenco fête ses 30 ans en 2020. Quels sont vos choix pour fêter cet anniversaire ?

Je n'ai pas voulu faire une édition nostalgique même si une exposition permettra de retracer les meilleurs moments. Pour la programmation, on ne va pas se retourner sur les 30 ans qui sont passés mais se projeter sur l'avenir. On a donc fait le choix de jeunes artistes. Le spectacle de Rafael Estévez, El sombrero, en est la parfaite illustration. Nous aurons aussi l’immense chanteuse catalane Mayte Martín ou encore Israel Galván que j'évoquais tout à l'heure.

Israel Galván se mesure à l’œuvre majeure de Manuel de Falla Photo DR Théâtre de Nîmes

Comment jugez-vous le soutien dont bénéficie le théâtre nîmois ?

Nous sommes très soutenu par la Ville. Tant d'un point de vue financier qu'au niveau de la programmation. Aucun élu ne s'est permis un jour de m'imposer un choix, quel qu'il soit. Il n'y a pas d'ingérence dans la programmation, c'est rarissime. Mes collègues à la tête d'autre théâtre m'envient beaucoup. Je dirais que la mairie de Nîmes est très constante dans ce soutien depuis des années. Cet effort est notable. D'autant que nous n'avons pas le label "Scène nationale". Nous sommes uniquement conventionnés "Danse contemporaine". Je peux dire que nous sommes autant dotés financièrement.

Un mot sur la fréquentation. Comment se porte le théâtre ?

Nous avons 85 à 90% de taux de remplissage. Cela représente 45 000 à 50 000 spectateurs chaque année.

Le théâtre aurait besoin d'un bon coup de jeune

Avez-vous prévu d'investir la ville hors les murs du théâtre ?

Ce n'est pas la mission qui m'a été confiée. Et en toute franchise, c'est toujours très compliqué de jouer à l'extérieur. On est confronté à des problèmes techniques. Ainsi, nous sommes obligés de programmer des spectacles techniquement "léger". C'est dommage car un spectacle réussi c'est un spectacle qui fonctionne et qui est beau pour le spectateur. Néanmoins, et ce n'est pas forcément visible, nous travaillons beaucoup auprès des publics que l'on appelle "empêchés". Je pense aux porteurs d'handicap, aux prisonniers volontaires de la maison d'arrêt de Nîmes ou encore au sein de l'hôpital des enfants.

Vous avez été aussi novateur avec les gilets "subpac" pour les malentendants...

Nous avons entrepris un travail important avec les personnes malvoyantes où nous proposons des spectacles en audio-description. Mais aussi avec les malentendants grâce au système "subpac". L'objectif étant de transmettre des vibrations au corps de façon plus ou moins intense en fonction du son et de la tonalité. Idem pour les spectacles de danse afin de ressentir les émotions et les vibrations de la musique. On a été effectivement le premier théâtre de France a être équipé de ces gilets.

Qu'est-ce qui manque au théâtre aujourd'hui ?

On a travaillé ces dernières années sur le confort du public. De ce point de vue là, pas de problème. Mais le théâtre aurait besoin d'un bon coup de jeune notamment sur la partie technique. La cage de scène aurait besoin de travaux. Cela limite certains choix de programmation. Mais le coût est important. Les estimations sont de l'ordre de cinq à six millions d'euros. C'est beaucoup. J'espère que cela pourra être possible sur le prochain mandat. Et je ne vous parle pas de l'Odéon qui aurait besoin d'une grosse rénovation générale. Une ville comme Nîmes se doit d'avoir un lieu de meilleur facture car ce petit théâtre est très utile au quotidien. Il est complémentaire. Notamment pour les spectacles plus exigeants avec un public plus restreint.

Vous êtes à la tête du théâtre nîmois depuis plusieurs années. Comment ne pas subir l'usure ?

C'est un métier très prenant. Ce n'est d'ailleurs plus un métier mais un véritable mode de vie. Je voyage beaucoup. Je veux découvrir, voir des choses, quand je n'ai pas l'obligation d'être ici. C'est fatiguant à long terme, c'est certain. J'ai 64 ans, j'ai réalisé pas mal de mes rêves. Ce qui dicte mes envies ? Avoir toujours des émotions incroyables.

Propos recueillis par Abdel Samari 

Abdel Samari

Créateur d'ObjectifGard, je suis avant tout passionné par les médias et mon département. Ce qui me motive chaque jour : informer le plus grand nombre sur l'actualité du Gard ! Pari tenu ?

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