A la uneActualité générale.

FAIT DU JOUR La face cachée du Scamandre

Le marais, paysage typique de la Camargue (photo Boris Boutet)

Vaste de 130 hectares, la réserve naturelle du Scamandre a la particularité d’offrir des sentiers libres d’accès à ses quelques 30 000 visiteurs annuels. Mais de nombreux secteurs protégés ne sont accessibles que lors de rares visites guidées. 

Il est l’un des lieux les plus emblématiques de la Camargue et de sa biodiversité. “ Le Scamandre est classé Grand site de France, souligne Jean-Gabriel Broc, directeur du Syndicat mixte de la Camargue gardoise en charge du site. La particularité de la réserve naturelle est d’offrir deux sentiers accessibles au public : la ceinture, qui en fait le tour, et un chemin sur pilotis qui le traverse. ”

Ainsi, plus de 30 000 visiteurs se baladent au cœur du Scamandre chaque année. “Ce chiffre est stable et ne doit pas augmenter au risque de perturber les espèces, pointe Jean-Gabriel Broc. Il y a des passionnés qui viennent tous les jours ! Ce que nous aimerions augmenter, c’est le nombre de visites guidées en dehors des sentiers battus. Mais nous ne le pouvons pas par manque de moyens. 5 000 scolaires viennent ici chaque année, ce qui laisse peu de temps à nos deux animateurs pour les autres.”

La marque de l’homme partout

Des visites guidées qui permettent pourtant de se rendre compte de la gestion active de la réserve naturelle. Car s’il offre des paysages somptueux et la possibilité d’observer des oiseaux protégés, le Scamandre a été bien plus façonné par les hommes qu’on ne peut le croire. La préservation de la sansouïre, prairie salée témoignant de l’histoire d’une zone jadis recouverte par la mer, en est la parfaite illustration. “ Ici, vous pouvez voir de nombreuses plantes alophiles, comme la salicorne ou la saladelle, indique Fabrice Passeri, ornithologue et guide sur le site. Pourtant, l’évolution naturelle des zones humides voudrait que la sansouïre se transforme en forêt. Ici, nous sommes envahis de tamaris et nous devons sans cesse les couper afin de préserver la biodiversité originelle.”

La sansouïre doit résister à l'invasion de tamaris. (Photo Boris Boutet)

La gestion de l’eau dans les marais du Scamandre est elle aussi un exemple de la gestion humaine des espaces naturels. “ L’écosystème peut-être considérablement modifié par le niveau de l’eau dans les marais, poursuit le guide. En fonction des saisons, nous jouons avec les roubines et les martelières pour faire entrer plus ou moins d’eau du petit Rhône. La Camargue tout entière est dessinée par ces choix humains. ” 

En marche sur ces chantiers cachés, Fabrice Passeri explique aux visiteurs comment identifier les nombreux oiseaux de la réserve naturelle. “ Il y a deux éléments décisifs, explique-t-il. Leur attitude et leur cri. Ici, nous sommes à la héronnière. Il s’agit d’une colonie mixte où cohabitent cinq ou six espèces différentes. Au Scamandre, nous avons énormément d’ibis. Nous sommes le site en France où vivent le plus de couples nicheurs de cette espèce protégée. ” Et si le public peut, en petit groupe encadré, approcher cette héronnière de nombreuses zones du Scamandre ne sont accessibles qu’aux gestionnaires de la réserve naturelle. Car le Scamandre compte bien garder pour lui quelques petits secrets…

Boris Boutet

La héronnière, une zone protégée, inaccessible aux visiteurs. (Photo Boris Boutet)
Sur le chemin, des restes d'un cygne mort il y a plusieurs jours. (Boris Boutet)

Et aussi : 

  • Le fléau des plantes exotiques envahissantes 

Il s’agit de la 3e cause de l’érosion de la biodiversité dans le monde. Le Scamandre lutte lui aussi contre plusieurs espèces exotiques envahissantes. “ Certaines, comme la tomate ou la pomme de terre, ramenées en Europe il y a plusieurs siècles, sont très intéressantes, nuance Fabrice Passeri. Mais il faut faire très attention lorsqu’on voyage. Un geste anodin comme ramener une plante de l’étranger et la planter chez soi peut causer de véritables catastrophes écologiques.” 

  • Ancré dans la vie locale 

Sur la commune de Vauvert, la réserve naturelle doit cohabiter avec les populations locales pour assurer son assise territoriale. “ Dans le conflit, il ne sort jamais rien de bon, estime Fabrice Passeri. Nous travaillons de concert avec les manadiers et les agriculteurs locaux. Ainsi par exemple, nous avons proposé à un apiculteur d’implanter une vingtaine de ruches dans la sansouïre. Ici, il produit du miel de tamaris de qualité et nous amène des pollinisateurs. Bien sûr, il faut que les échanges se fassent dans le respect de l’environnement pour que ce soit gagnant-gagnant.”

Etiquette

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Bouton retour en haut de la page
Fermer
Fermer

Adblock détecté

S'il vous plaît envisager de nous soutenir en désactivant votre bloqueur de publicité