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LE 7H50 de Denis Bouad : « Le Département mettra du temps à se relever de la crise sanitaire »

Denis Bouad préside le Conseil départemental du Gard (Photo : Archives Philippe Gavillet de Peney/Objectif Gard)

Dépenses en plus, recettes en moins… La crise sanitaire du covid-19 menace la santé financière du Conseil départemental du Gard. Entretien avec le président socialiste de la collectivité, Denis Bouad.

Objectif Gard : Le Gard sort doucement de l’état d’urgence sanitaire. Comment s’amorce la reprise pour le Conseil départemental du Gard ?

Denis Bouad : C’est toujours compliqué quand vous avez une collectivité de 3 200 agents. Tous ne peuvent pas reprendre le travail en même temps. En période de crise, je n’ai pas d’état d’âme à dire que nous avons bien géré : environ 200 agents étaient sur le terrain et 800 en télétravail. Aujourd’hui, nous devons passer à l’étape suivante, faire revenir les agents en présentiel, tout en respectant les mesures barrières (sens de circulation, pose de plexiglas…). La quasi totalité des agents des routes ont repris le travail. Concernant les CMS (centres médico-sociaux), nous avons eu une première vague d’ouverture et, d’ici 15 jours, ils seront tous rouverts. Parallèlement nous favorisons le télétravail. D’ailleurs je pense qu’à l’avenir nous intensifierons cette manière de travailler, en passant d’un à deux jours de télétravail par semaine et ce, bien sûr, quand le poste le permet. 

Pendant la crise sanitaire, le Conseil départemental a sorti le chéquier. Le groupe communiste qui fait partie de votre majorité chiffre à 10 M€ les dépenses sociales. C’est bien cela ? 

Il y a deux impacts. D’abord, tout ce qui est achat de masques, de gel hydroalcoolique. Nous avons équipé tous nos services et les structures parallèles au Département. Ça a coûté deux millions d’euros. Ensuite, nous sommes confrontés aux difficultés financières des Gardois : le nombre de bénéficiaires du RSA a augmenté et il augmentera encore d’ici la fin de l’année. Lors de la séance publique, ce jeudi, nous allons mettre 12 M€ supplémentaires pour un montant total s’établissant à 197 M€ contre 185 M€ prévus avant la crise sanitaire. 

À côté de cela, les recettes liées à la fiscalité du Conseil départemental vont baisser. À combien les chiffrez-vous ? 

L’activité immobilière a été à l’arrêt pendant trois mois. En regardant les projections du Sénat, de l’ADF (Association des départements de France), nous prévoyons une baisse de 40% des DMTO (droits de mutation à titre onéreux), la taxe sur la vente d’un bien immobilier, soit environ 40 M€. La fiscalité sur la valeur ajoutée des entreprises devrait également baisser de 10 M€ tout comme la taxe d’aménagement qui touche ceux qui construisent. 

Cela représente une perte d’environ 60 M€. C’est énorme, non ? 

Ce n’est pas énorme, c’est très inquiétant. Jusque-là, le Conseil départemental avait une excellente santé financière. Nous étions capable de rembourser notre dette sur sept ans. Avec ces projections, il nous faudra 20 ans ! Depuis le début de la crise sanitaire, on entend le président de la République et le Premier ministre remercier les communes et les Régions. On a malheureusement peu entendu parler des Départements… Or, nous sommes en première ligne de cette crise économique et sociale. Nous avons besoin d’une aide importante pour passer le cap. Le Département mettra du temps à se relever de la crise sanitaire.

Que vous propose le Gouvernement ? 

Pour l’instant, ce n’est pas très satisfaisant. L’État ne nous propose pas d’aides directes. Il envisage une avance sur les recettes de la DMTO. Une avance remboursable… C'est reculer pour mieux sauter !

En attendant, comment alliez-vous pallier ces dépenses imprévues et ce déficit de recettes ? 

Pour 2020, ça ne posera pas de problème particulier. Le compte administratif présente un excédent de fonctionnement de 60%. Ça couvrira largement les dépenses supplémentaires mais malheureusement, ça ne servira pas à l’investissement. Le préfet lui-même l’a dit : nous avons une gestion saine, qui favorise le développement économique au travers de l’investissement. Or aujourd’hui, c’est bien ça qui est remis en cause pour 2021. D'ailleurs je tiens à signaler que nous sommes l'un des rares Départements à avoir continué d'investir pendant la crise, notamment avec la reconstruction du collège de Remoulins. À l'avenir, il nous faudra sans doute faire des choix. C'est toujours difficile. 

La séance publique de ce matin prévoit l’instauration d’une prime exceptionnelle pour les agents. Qui est concerné et combien cela va-t-il coûter ? 

La prime exceptionnelle, c’est environ un million d’euros. Les agents qui étaient en présentiel pendant 35 jours méritent d’être récompensés. Il y aura également ceux qui étaient en télétravail mais qui toucheront une prime moindre. Les personnels de l’ASE (Aide sociale à l’enfance) percevront également une prime pour avoir gardé des enfants dans des conditions si particulières. 

Parmi les autres mesures, vous prévoyez un soutien au secteur culturel et sportif. Cela signifie-t-il que les subventions seront versées même si des événements ont été annulés ou repoussés en raison de la crise sanitaire ? 

Oui, il en va de l’existence de ces structures qui ont des charges fixes à assumer. Déjà en janvier, nous avons versé 40% des subventions. Nous revoterons une nouvelle enveloppe de 40%. Le plus gros aura donc été débloqué. Concernant la culture et le sport, nous n’avons pas enlevé un centime. 

Enfin, l’hôtel Carenou a trouvé preneur. À qui l'avez-vous cédé et à quel prix ? 

La délibération est également soumise au vote. L’immeuble doit être vendu 1,7 millions d’euros à un particulier qui en fera sa résidence principale. 

Propos recueillis par Coralie Mollaret

coralie.mollaret@objectifgard.com

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Coralie Mollaret

Journaliste Reporter d'Images pendant un an à Marseille, j'ai traversé le Rhône voilà quelques années pour vous informer en temps réel sur l'actualité Gardoise…

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