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COUR D’ASSISES L’ombre de Carine, tuée sous les yeux de son fils de 2 ans

Un policier a abattu la mère de son fils devant les yeux de cet enfant qui "n'oublie pas cette dernière image" de sa maman.

(Photo d'illustration)

Un procès d'assises c'est la rencontre d'un homme face à ses actes...

Pour le juger du mieux possible on fouille sa vie et les enquêteurs retracent son parcours personnel et professionnel. On déniche ses bons et mauvais moments dans l'enfance et ses tourments d'adulte. On remonte très loin le temps pour que la biographie soit la plus complète possible lors du jugement. Un accusé est toujours au centre des débats.

Mais une cour d'assises c'est aussi une victime, une famille, des proches toujours inconsolables... La victime n'est que trop souvent une ombre planant sur une salle d'audience. Une figure éthérée dont parfois on ne connaît rien ou pas grand chose au sortir d'un verdict. Mais ce dossier criminel d'assassinat survenu en pleine rue d'Alès le 27 février 2016 est différent. Un clan aimant et solidaire, la famille de Carine cette jeune maman tuée devant les yeux de son fils, est au complet et à l'unisson. Ils décrivent à tour de rôle la jeune femme, lui rendent hommage et affirment en coeur l'amour qu'elle portait à son petit garçon.

Des paroles unanimes dans l'éloge à l'égard d'une jeune femme joyeuse dont le petit Mathis "est devenu la raison de vivre. C'était sa priorité. Il passait avant tout, avant Carine même ", explique son frère aîné des trémolos dans la voix... Grâce à lui et aux autres membres de cette famille unie dans le chagrin, on a l'impression de mieux connaitre cette jolie jeune femme.

Un entretien en vidéo de l'enfant diffusé à l'audience

"J'étais censé la protéger. C'était ma petite soeur et je n'étais pas au courant pour les menaces. Lorsqu'elle avait des soucis, elle minimisait. J'ai vu Carine trois semaines avant le passage à l'acte. Elle m'a dit que cela se passait mal avec le père de son enfant. Je l'ai trouvée inquiète, préoccupée. Elle m'a dit qu'il n'arrêtait pas, qu'il était tout le temps derrière elle, une ombre. Elle m'avait dit : ''il me suis sans arrêt. Il me harcèle, il est capable de tout". C'est ses mots", raconte à la barre son frère Cyril.

"Mon plus grand regret c'est que je n'ai pas su, je n'ai pas vu le danger", se remémore-t-il avec émotion. Il a également réagit à l'enfance difficile de l'accusé. "Mais tout le monde a ses problèmes. Les souvenirs que l'on a de notre père sont extrêmement négatifs. Il était alcoolique, colérique, violent. J'ai le souvenir de lui rentrant saoul et battant ma mère. Je n'oublierai jamais le bruit de la tête de ma mère cogner contre l'évier de la salle de bain", explique ce trentenaire devenu ingénieur. Un jour mon père a claqué la porte de la maison, mais, malgré tout ça, il n'a tué personne", ajoute-t-il, digne à chaque étape de sa déposition émouvante.

Dans le box Jean-Régis Julien, reste impassible. L'ancien policier et pompier volontaire jouissait du prestige de l'uniforme durant ces années-là. Mais derrière l'image policée se cachait un autre homme qui voulait que Carine avorte, qui ne souhaitait pas de cet enfant, qui ne supportait pas que la jeune femme puisse prendre ses distances et faire sa vie sans lui.

Puis lorsque l'enfant est venu au monde en 2013, Carine s'épanche un peu sur l'épaule de sa soeur. " Ce petit il n'a que moi", a-t-elle dit à sa soeur Christelle le jour de l'accouchement. "Carine était très famille. Elle préparait Noël en octobre. Elle adorait la vie. Elle allait vers les gens. Elle m'a dit des mots qui résonnent encore en moi : "Ce petit, il aura une belle vie", poursuit Christelle qui s'occupe de Mathis aujourd'hui. On a choisi son prénom ensemble. Il demande souvent sa maman. Il a 7 ans aujourd'hui. Cet été il pleurait à son anniversaire car il n'y avait pas sa maman. Petit à petit il oublie le son de sa voix, la couleur de ses cheveux. Mais ce qu'il n'oublie pas c'est cette dernière image de sa maman", complète la soeur de Carine dans un silence de cathédrale. Une maman "qui ne bougeait plus, qui avait des trous dans la tête".

Un peu plus tard dans l'après-midi de ce mercredi un autre moment bouleversant allait figer la cour d'assises. Le président, Éric Emmanuelidis, a autorisé la diffusion d'une vidéo enregistrée récemment, montrant l'enfant de 7 ans. Il raconte avec ses mots d'enfants blessé à jamais, la douleur de perdre sa maman et sa vie sans elle... "À cause de lui j'ai plus de maman. C’est un méchant, affirme le garçonnet. Pourquoi il a tué ma maman ? Pourquoi il a fait ça ? Pourquoi il a fait du mal à ma maman ?", s'interroge Mathis.

Boris De la Cruz

 

 

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Boris De la Cruz

Journaliste, je suis passionné par les faits divers, la justice et la politique. Je collabore à Objectif Gard et à des médias nationaux.

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