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FAIT DU JOUR Chez les Lorthiois, la quête de l’autonomie rime avec partage

Bruno Lorthiois aux côtés de son cuiseur solaire parabolique. (photo Boris Boutet)

Installés à Vauvert depuis 1997, Bruno Lorthiois et sa famille ont transformé leur ferme agricole en un écolieu participatif. L'objectif : trouver des alternatives économique et écologique pour mener une vie la moins polluante possible. Des solutions que ce diplômé en physique-chimie partage sur place, avec des volontaires qu'il accueille chez lui dans le cadre de woofing (*), mais aussi sur Internet pour les rendre accessibles à tous. 

"L'autonomie ne doit pas être synonyme de repli sur soi, mais au contraire de partage." La démarche familiale, simplement résumée par Bruno Lorthiois, guide depuis longtemps ses choix de vie. En 1997, avec Anne son épouse professeur des écoles, il décide d'acheter un terrain de deux hectares, au bord du chemin des Canaux. "J'avais suivi des études de physique-chimie mais mon stage de fin d'étude m'a dissuadé de travailler dans ce secteur, se souvient-il. J'avais la vingtaine et je me suis lancé dans l'élevage d'escargots. Dès le départ, nous étions branchés bio et mangions des légumes du potager." 

Désormais propriétaire, le couple retape pour y vivre les ruines de bâtiments jadis occupés par un pasteur qui vivait en autarcie. "Le problème est que les murs étaient très anciens et nous n'arrivions pas à nous chauffer correctement l'hiver, explique Bruno Lorthiois. Nous avions un bébé, nous ne pouvions pas vivre avec seulement 13°C à l'intérieur." 

Isolation à la laine de mouton

À la recherche d'une solution à bas coût, il décide de refaire l'isolation de sa maison avec de la laine de mouton. "Mon beau-frère est éleveur. La laine ne coûte pratiquement rien. Elle est presque considérée comme un déchet alors qu'elle fait partie des meilleurs isolants, pointe-t-il. Ce choix nous a permis de diminuer notre facture d'électricité de 75%." 

Dès lors, la famille, qui s'est élargie suite à deux nouvelles naissances, est sans cesse à la recherche de solutions pour limiter au maximum son impact sur l'environnement. Symbole de cette démarche, un cuiseur solaire parabolique entièrement créé par Bruno Lorthiois et qui lui permet de cuisiner tout au long de l'année grâce à l'énergie du soleil. "Il suffit d'orienter correctement la parabole et le temps de cuisson est pratiquement le même que celui d'un four", indique-t-il.

Le cuiseur solaire parabolique en construction. (Photo DR)

Ses inventions, Bruno Lorthiois les partage en ligne sur le site Internet d'Alter éco 30, l'association qu'il a monté pour diffuser les résultats de ses expérimentations. "Mon objectif est de trouver des solutions écologiques et économiques en exploitant des outils de basse technologie. L'idée est de faire soi-même et d'inverser la logique du tout jetable. Car ce que la société considère comme des déchets est souvent une richesse."

Le mode de vie familial, qui se veut applicable par tous, ne se partage pas uniquement sur la Toile. La ferme agricole alternative est ouverte aux adeptes du woofing. "Il s'agit de visiteurs à qui nous offrons le gîte et le couvert en échange d'un coup de main bénévole, définit Bruno Lorthiois. Certain passent quelques semaines sur place, ça leur permet de voyager gratuitement. D'autres deviennent carrément des résidents et restent plusieurs mois pour monter des projets personnels."

"En ce moment, nous avons une résidente qui est là depuis deux ans, poursuit-il. Elle a monté son atelier de création de matériel adapté à la pédagogie Montessori, qui repose sur l'éducation sensorielle et kinesthésique de l'enfant." 

Un chauffe-eau solaire de 450 litres

Pour pouvoir accueillir jusqu'à une vingtaine de visiteurs, les Lorthiois ont divisé leur maison en deux, laissant une partie aux woofeurs comprenant dortoir, salle de bain et cuisine. À l'extérieur, deux toilettes sèches ont été installés. L'électricité est fournie par une éolienne et des panneaux solaires qui permettent même à la famille de revendre à EDF une partie de l'énergie produite.

Quant à l'eau, largement récupérée par un forage, elle est stockée dans un chauffe-eau solaire de 450 litres, issu du recyclage de deux vieux cumulus que beaucoup auraient envoyé directement à la décharge. "Ça permet à tout le monde de prendre une douche chaude, se réjouit son inventeur. Quand je crée un prototype qui se révèle fonctionnel, j'écris dans la foulée un manuel de montage pour que ceux qui le souhaitent puisse le reproduire."

Le chauffe-eau solaire permet de stocker jusqu'à 450L d'eau. (Photo DR)

"J'étais récemment en contact avec un Français vivant en Argentine et qui a besoin de conseils pour reproduire mon four à pain professionnel, illustre-t-il. Nous l'avions construit pour un résident qui voulait devenir paysan-boulanger. Issu de matériaux de récupération, il nous a coûté 1 400€, contre 20 à 30 000€ pour un four classique." 

Côté alimentation, les Lorthiois vivent largement des produits de leur terrain. "On met quand même les pieds dans les supermarchés, notamment pour acheter des féculents, tempère le père de famille. Nous avons nos propres poules et avons planté un verger de 200 arbres anciens qui nous permettent de récolter pas mal de fruits." Et pour éviter de les laisser pourrir, une partie est conservée grâce au déshydrateur solaire conçu par Bruno Lorthiois.

Recouvrant une large partie du terrain, les Jardins de la Vallée verte sont venus compléter en 2014 le potager familial. "Il s'agit d'un jardin collectif co-géré par des familles du coin, détaille Bruno Lorthiois. Le principe est simple. Une cotisation mensuelle de six euros est demandée. On se retrouve tous les samedis matin pour une demi-journée de jardinage. À midi, chacun repart avec une cagette de légumes bios d'une valeur de 20 à 30€." Preuve que la quête d'un impact le moins destructeur possible pour la nature peut se faire en collectif. Et que recherche de l'autonomie rime bel et bien avec partage.

Boris Boutet

* Le woofing est un système d'organisation qui consiste à faire travailler bénévolement des personnes sur une exploitation agricole et biologique, en échange du gîte et du couvert.

Et aussi : une salle de classe Montessori

Les Lorthiois sont aussi engagés dans l'éducation. "Quand notre fils aîné a eu l’âge d’aller à l’école, il a eu de grosses difficultés pour s'adapter et apprendre, se rappelle le père de famille. On a découvert un peu par hasard la méthode Montessori. Anne, ma compagne, s’est formée pour faire l’instruction en famille selon cette pédagogie." 

"Cela s'est révélé très efficace pour notre fils qui est aujourd'hui en Terminale générale, poursuit-il. L'inconvénient est que cette pédagogie demande beaucoup de matériel et les écoles privées qui enseignent selon cette méthode sont très chères. Nous offrons donc la possibilité aux parents formés qui le souhaitent de donner gratuitement l'instruction à leurs enfants dans notre salle de classe aménagée, où tous les ateliers peuvent être organisés." Aujourd'hui encore, quatre à cinq enfants suivent jusqu'au CM2 l'instruction parentale chez les Lorthiois.

 

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