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FAIT DU JOUR Jérôme Arpinon, les raisons de son actuel échec

Jérôme Arpinon (à gauche) aux côtés du président du NO, Rani Assaf (Photo Anthony Maurin).

À la tête d'un Nîmes Olympique à côté de ses pompes depuis plus de deux mois, Jérôme Arpinon est sous les feux des critiques. Objectif Gard revient sur ses échecs actuels et les difficultés auxquelles le jeune technicien doit faire face pour sa première expérience en tant que coach principal. 

Un jeu indigent

"On est 16e du championnat, je ne comprends pas pourquoi les gens s'affolent." À la veille du déplacement à Lorient, comme depuis le début de la longue période de disette du Nîmes Olympique, Jérôme Arpinon s'appuie sur un fait incontestable : son équipe n'est pas comptablement larguée. Un constat toujours vrai aujourd'hui, malgré la position de relégable des Nîmois après leur défaite contre Nice (0-2). Déjà la dixième de la saison, dont huit lors des neuf derniers matches.

Mais en se focalisant sur le classement, Jérôme Arpinon occulte la principale source d'inquiétude des supporters et des observateurs : la pauvreté du jeu produit. Car si la saison passée les Crocodiles avaient aussi connu une fin d'année civile difficile, ils n'ont jamais montré un si pâle visage sur le terrain. La finition pêchait, la maladresse s'en mêlait, mais les Crocos se créaient des occasions et faisaient souvent au moins jeu égal avec leurs adversaires. Et si à la fin Nîmes perdait, l'équipe semblait bien moins amorphe que ces dernières semaines.

Il n'y a qu'à voir : depuis le derby remporté à Montpellier il y a maintenant neuf journées, elle n'a inscrit que deux petits buts. Pire, elle semble complètement bafouiller son football et peine à enchaîner trois passes consécutives dans le camp adverse. Preuve de ces difficultés dans le jeu, Baptiste Reynet est le joueur nîmois ayant effectué le plus de passes depuis le début de saison, loin devant Loïck Landre et Renaud Ripart. Il est le seul gardien de but du championnat en tête sur cette statistique.

Et même lorsqu'il y a du mieux dans la préparation des actions comme contre Nice, les Crocos ne sont  pratiquement jamais dangereux. Sous l'ère Arpinon, le NO ne s'est finalement montré séduisant que contre Brest (4-0, J1) et dans une moindre mesure face à Rennes (2-4, J3).

Un groupe physiquement dans le dur

Même si tout le monde est logé à la même enseigne, l'apathie nîmoise trouve peut-être une explication dans la crise sanitaire qui a imposé une longue période sans entraînement ni compétition et a quelque peu perturbé la préparation d'avant-saison. Le championnat a débuté plus tard que d'habitude, offrant de fait un calendrier plus dense que les autres années. Et si les Crocos ont débuté avec de l'énergie à revendre, celle-ci semble faire défaut depuis quelques semaines.

Un constat général qui se confirme au travers des statistiques fournies par la Ligue de football professionnel. Les hommes de Jérôme Arpinon ont remporté 20% de duels en moins par rapport à la saison passée à la même période. Le déficit s'élève même à 30% si l'on isole les duels aériens.

Cette saison, Nîmes gagne trop peu de duels (Photo Anthony Maurin).

"Depuis deux ans, Nîmes arrachait tout physiquement, analyse l'ancien entraîneur d'Arles-Avignon, Michel Estevan. L'équipe mettait une intensité incroyable qui compensait ses lacunes techniques. Avec la Covid, on sent que tous les matches ont moins de rythme. Les équipes souffrent physiquement. Mais c'est plus préjudiciable pour Nîmes qui n'a pas les joueurs pour conserver le ballon et poser le jeu." 

Si l'on ajoute à cela l'absence du public, devant lequel les Crocos avaient glané 74% de leurs points l'an passé - le plus fort pourcentage de Ligue 1 - et l'avalanche de blessures à laquelle doit faire face Jérôme Arpinon, on comprend mieux ses difficultés à trouver des solutions tactiques pour faire gagner à nouveau son équipe.

Choix des hommes et options tactiques : rétropédalages et  tergiversations

Car sur ce plan là, le technicien nîmois semble avoir tout tenté. Sauf peut-être la stabilité. Avec quatre systèmes de jeu testés et des changements incessants dans ses compositions d'équipe, on ne peut pas vraiment dire qu'il ait laissé du temps au temps. S'il n'est pas aidé pas les absences, on peut malgré tout s'interroger sur la gestion de son effectif. Miguel, Martinez, Duljevic, Benrahou, Roux : tous ont été à un moment de la saison écartés du onze de départ, puis relancés quelques semaines plus tard. Sorti du groupe depuis deux matches sans plus d'explication, Denkey pourrait bien prochainement être amené à rallonger la liste.

Mais l'exemple le plus criant est sans doute celui d'Alakouch. Après un début de saison à squatter le banc de touche, il a été titularisé contre Angers, où, malgré la déroute nîmoise, il n'a pas démérité. Une performance correcte mais visiblement pas assez convaincante pour son coach qui ne lui a laissé que des miettes depuis.

Concernant les options tactiques, Jérôme Arpinon avait misé sur un renforcement de l'assise défensive après la dernière trêve internationale. Un choix qui a payé d'entrée avec un succès remporté contre le cours du jeu à Reims (0-1). Mais après deux défaites contre des cadors du championnat, le technicien nîmois bouscule tout et présente un expérimental 3-4-3 à Lorient. Un système très offensif sur le papier qui n'a pas payé sur le terrain, où les Crocos ont souvent semblé perdus.

Contre Nice, trois jours plus tard, Jérôme Arpinon choisit de revenir à un plus classique 4-2-3-1. Un système qui, malgré des résultats en berne, semble être son schéma préférentiel aux Costières. Même si Benrahou, que l'on pouvait légitimement attendre comme le meneur de jeu des Crocos cette saison, est loin de son rendement de l'hiver dernier.

Un recrutement qui ne tient pas ses promesses

L'ancien Bordelais, que Nîmes a définitivement récupéré cet été, est le symbole d'un recrutement qui paraissait séduisant sur le papier mais ne tient pas ses promesses pour le moment. Révélation du début de saison dans son couloir gauche, l'international norvégien Meling a été plombé par les blessures et n'a pu débuter que six rencontres. Burner, arrivé plus tardivement, est loin d'être son pendant dans le couloir droit. L'ancien latéral de Nice n'apporte pas réellement de plus value à un poste qui en avait pourtant bien besoin.

Devant, l'Algérien Aribi n'a à son actif qu'une bonne entrée contre Metz, tandis que le Suédois Eliasson, toujours pas décisif, ne s'est montré intéressant que sur de trop rares séquences. Au bilan du très international recrutement de Reda Hammache, seuls Baptiste Reynet et le Paraguayen Andres Cubas donnent pour le moment satisfaction. Trop peu pour permettre à Jérôme Arpinon d'aligner une équipe compétitive.

Nul n'est prophète en son pays

En échec jusqu'à présent, l'entraîneur nîmois est très largement critiqué, grimé en clown ou comparé à un coach de district sur les réseaux sociaux. Diplômé du Brevet d'entraîneur professionnel de football (BEPF) en 2019, Jérôme Arpinon est pourtant loin d'être incompétent. Il a pris le temps de se former et a largement contribué aux succès des Crocos sous l'ère Blaquart, où il était bien plus qu'un simple adjoint. Et si ce dernier est apparu en bout de course la saison passée, Jérôme Arpinon a sans doute été lui aussi usé par ces intenses années.

Promu à la tête de l'équipe à l'intersaison, ce Gardois de naissance voit son rêve se transformer peu à peu en un cauchemardesque cadeau empoisonné. "Il est très difficile d'entraîner dans le club de sa ville", avait souligné Bernard Blaquart sur le plateau de 19h, le live d'Objectif Gard. "Chez soi, quand ça ne va pas, tout prend d'autres proportions, abonde Michel Estevan. Voir ses proches affectés par ce qu'il nous arrive peut être très difficile à vivre." 

Sous la direction de Bernard Blaquart, Jérôme Arpinon était bien plus qu'un adjoint. (Photo Anthony Maurin)

Dans n'importe quel club professionnel, le bilan actuel de Jérôme Arpinon lui vaudrait d'être sur la sellette. Mais on le sait, le président Rani Assaf n'est pas du genre à limoger son entraîneur. D'abord parce que, statistiquement, le changement de coach est loin de garantir l'amélioration des résultats sportifs d'une équipe. Mais aussi sans doute en raison du coût financier du renvoi d'un salarié sous contrat jusqu'en 2023, dans une période où l'ensemble du football français est dans la plus totale incertitude économique depuis le retrait du diffuseur Mediapro.

Jérôme Arpinon pourrait donc bien disposer de quelques semaines supplémentaires pour tenter de surmonter ses nombreuses difficultés actuelles. Et éviter que sa première expérience d'entraîneur principal ne se termine par un échec.

Boris Boutet

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