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FAIT DU JOUR Crise sanitaire : sur le pont il y a un an, ces Gardois racontent…

Il y a des anniversaires qu'on aimerait bien ne souhaiter qu'une fois...

Johan, éboueur chez Suez (Photo : droits réservés)

Ils sont infirmiers, pompiers, éboueurs ou encore policiers municipaux… Lorsque le président de la République, Emmanuel Macron, décrète le confinement le 16 mars 2020, ces Gardois ont dû trouver de nouvelles manières de poursuivre leurs missions. Des missions essentielles à notre société, plongée dès lors dans une interminable crise sanitaire.

Nicolas Nadal, pompier : « Le Covid nous met à rude épreuve ! »

Nicolas Nadal, porte-parole du syndicat SUD Pompiers (Photo : Coralie Mollaret)

Chez les pompiers, le confinement a été un vrai séisme. D’abord dans l’organisation de leur travail. Chef de centre à la caserne des Angles, Nicolas Nadal a fait appliquer dès le 16 mars le nouveau protocole sanitaire, dicté par le SDIS (Syndicat départemental d’incendie et de secours). « Les pompiers travaillaient 24 heures d’affilées avec 48 heures de repos pour éviter au maximum les contacts lors des changements d’équipes, se souvient le lieutenant Nadal. Tous les matins on faisait un rappel des consignes de sécurité. Le but étant d’éviter de se contaminer et de créer des clusters dans les casernes. »

Un sas d’entrée et de sortie est installé ainsi qu’une désinfection systématique des ambulances après chaque intervention. Avec 90 pompiers (14 professionnels et 71 volontaires) sous ses ordres, « la difficulté était de motiver mes équipes… Je les envoyais à la guerre sans réellement connaître l’ennemi qu’était la covid-19. » Pour Nicolas Nadal comme ses camarades, « notre peur était de ramener le virus à notre famille ». Au total, 300 pompiers ont été contaminés. Il est toujours difficile de savoir si ces contaminations se sont opérées dans le cadre professionnel ou privé.

Enfin, si les agents se sont serrés les coudes pendant le confinement, la crise sanitaire a mis à mal leur cohésion de groupe. « Les sports collectifs, c’est fini ! On mange désormais à un mètre les uns des autres… Or, on est une corporation où le collectif est primordial. Lorsque nous avons une intervention difficile, on a coutume de se retrouver pour en parler. Ça n’existe malheureusement plus... Le virus nous a mis et nous met encore à rude épreuve. »

Patrick Malavieille, maire de La Grand'Combe : « Nul n'est indispensable »

Patrick Malavieille, maire de La Grand Combe et chevalier de l'ordre des arts et des lettres (Photo Tony Duret/Objectif Gard)

Patrick Malavieille, lui non plus n'est pas prêt d'oublier la crise sanitaire. En pour cause... Il est tombé malade. « C'était quelques jours après les élections municipales », se souvient l'indéboulonnable maire de La Grand-Combe sans pour autant établir de lien de cause à effet. « J'ai été très fatigué. J'ai eu des maux de tête, des courbatures et beaucoup de fièvre », décrit-il, avant de recontextualiser : « Nous étions juste au début de cette crise sanitaire. On ne savait pas grand-chose donc il y avait de l'incertitude. Mais j'ai été bien soigné. Pendant presque un mois je ne suis pas sorti de mon domicile. »

Le moral de l'élu communiste en prend un coup. D'autant que les élus locaux et notamment les maires sont sur le front de la crise sanitaire. « Il y avait un tas de choses à faire à la mairie mais mes équipes ont été formidables. Elles ont parfaitement assuré le relai, ce qui prouve d'ailleurs que nul n'est indispensable », lance l'édile tout plein de sagesse. Aujourd'hui, Patrick Malavieille dit n'avoir « plus aucune séquelle » même s'il fait « extrêmement attention » en prenant toutes les précautions possibles. 

Sébastien Guironnet, chauffeur de taxi : « L’impression d’un grand vide. La peur et l’angoisse de l’avenir »

Sébastien a repris son activité le 11 mai 2020 (photo Norman Jardin)
Les chauffeurs de taxis n’étaient pas frappés d’interdiction administrative d’exercer, mais le confinement a fait baisser leur activité d'environ 90%. Sébastien Guironnet est chauffeur à Nîmes. Pour préserver la santé de sa famille, il avait cessé de travailler pendant toute la durée du premier confinement. « Ça laissait l’impression d’un grand vide. La peur et l’angoisse de l’avenir. »  Sa reprise, le 11 mai 2020, lui laisse un souvenir particulier : « C’était une mamie que j’ai emmenée de la polyclinique Grand Sud aux arènes de Nîmes. Ça a duré tout au plus 15 minutes, mais je me souviens du visage de cette femme, de son attitude et du plaisir de retravailler. C’était que du bonheur ! »
Au printemps 2020, Sébastien découvre quelques changements dans son métier. Il faut s’adapter aux gestes barrières : « Il y a eu des aménagements avec deux personnes pas plus, si elles sont de foyers différents et, quatre si elles sont de la même fratrie. Le port du masque est obligatoire s’il n’y a pas de plexiglass entre les sièges avant et arrière. Il y a du gel hydroalcoolique dans la voiture et elle est nettoyée et aérée tous les jours ». La sécurité y gagne ce que la convivialité y perd : « Ça crée une barrière entre le chauffeur et le client et ça enlève un peu de charme à notre métier ». Toutefois, le Nîmois retient du positif sur cette période : « La solidarité que l’on n’avait pas avant. Nous avons eu beaucoup d’échanges avec les collègues, pour prendre des nouvelles. Ça a resserré les liens ».

Johan, « fier » de son métier d'éboueur

Johan, éboueur chez Suez (Photo : droits réservés)

Autre professionnel sur le pont sans discontinuité depuis un an, l’éboueur. Les Gardois ont continué à produire et même davantage étant donné qu’ils étaient cloîtrés chez eux. Pour autant, Suez, le prestataire chargé de collecter les déchets à Nîmes, a poursuivi sa mission en réorganisant ses équipes avec deux agents, masqués bien sûr, au lieu de trois. « Oui, on s’est tous posé des questions par rapport à ce virus mais on avait pas trop le choix », confie Johan, salarié de cette entreprise depuis octobre 2019 et fier d’avoir continué son activité.

Ce dernier se souvient surtout des marques de sympathie et de soutien de la part des habitants avec notamment des applaudissements au moment du passage des camions dans les rues. « Avant on ne faisait pas trop attention à nous. Là, on a reçu beaucoup d’encouragements. Les enfants nous collaient des dessins sur les poubelles, c’était touchant. Ça a mis notre boulot en valeur. On nous respecte plus. » Une reconnaissance qui a diminué post confinement mais Johan et ses collègues poursuivent leur tâche et ne lâcheraient pas en cas de nouveau confinement. « On sera au rendez-vous, il n’y a pas de souci là-dessus. On est assez bien protégés et surtout on est fiers de faire ce métier. »

Isabelle Barbaza, auxiliaire de vie sociale : « Nous sommes indispensables mais pourtant toujours invisibles »

Isabelle Barbaza, auxiliaire de vie sociale chez Vivadom. (Photo : Objectif Gard)
Isabelle Barbaza est auxiliaire de vie sociale chez Vivadom. Nous l'avions suivie au mois de mai dernier et découvert son métier dans des conditions bien particulières. Depuis, rien n'a changé hormis l'arrivée des stocks de masques, un produit rare au moment de notre rencontre et pourtant essentiel pour ces personnels qui sont au plus près des personnes aidées. Des personnes qu'il a fallu et qu'il faut encore rassurer, réconforter. "Ce sont des personnes fragiles, elles n'ont pas pu voir leurs proches pendant plusieurs mois. Certaines ne sont pas sorties depuis un an. Nous prenons leur détresse, en plus de la nôtre". À ces propos, Isabelle rebondit immédiatement sur "les choses qui fâchent".
"Beaucoup comptaient sur la prime de 1 000 euros de Macron. Sauf que le calcul mis en place par conseil départemental a fait que celles qui ont travaillé à temps complet ont été loin des 1 000 euros, très, très loin", s'agace Isabelle Barbaza. Et d'en conclure : "Nous sommes utiles et indispensables, mais pourtant toujours invisibles." Pas aux yeux des personnes aidées en tout cas : "Nous sommes plus proches. Là, effectivement, nous avons leur reconnaissance et celle de leur famille."

C'était le 12 mai 2020

Le docteur Olivier Onde, patron du SAMU : « On a moins d’appels mais plus graves »

Le docteur Olivier Onde, directeur médical du Samu, au CHU Carémeau. (Photo DR/)

Le docteur Olivier Onde, directeur médical du SAMU au CHU de Nîmes, se souvient de la brusque augmentation de l’activité au moment de la première vague de l’épidémie. « Il a donc fallu nous adapter et le SAMU a ouvert une cellule de crise pour absorber le nombre d’appels important en lien avec la covid ». Cela a duré quelques mois puis, le confinement ayant fait son effet, le nombre d’appels a, là encore de manière considérable, diminué. « Mais depuis le mois de mai 2020, nous avons des périodes avec des pics, ce qui est le cas actuellement, depuis deux semaines », précise le patron du SAMU.

Lors de la première vague, les appels concernaient des patients inquiets qui demandaient des renseignements pour des symptômes relativement bénins. « Aujourd’hui, ils concernent des patients atteints de covid qui se dégradent à leur domicile et qu’il faut hospitaliser soit aux urgences ou directement en réanimation. On a donc moins d’appels mais plus graves », explique le praticien hospitalier. Il enchaîne : « Pour environ 60% d’entre eux, l’appel au 15 débouche sur une hospitalisation ».

« Il faut que les établissements de santé aient une capacité à s’adapter rapidement. » C’est l’un des enseignements qu’il retient de cette année passée. Une adaptation toutefois contrainte par le nombre de personnels disponibles. « Ouvrir des lits de réanimation, c’est ce que nous faisons au CHU de Nîmes, mais il faut bien prendre le personnel quelque part. De notre côté, nous avons recruté des assistants de régulation médicale supplémentaires pour pouvoir faire face à cette augmentation d’appels qui s’ajoute à une hausse annuelle de 10% et ajouté un médecin régulateur la journée, un autre la nuit », indique le directeur médical du SAMU.

Avant le premier confinement, son équipe gérait environ 500 appels par jour. « Lors de la première vague, il nous est arrivé de gérer plus de 2 500 appels. Là, nous sommes entre 800 et 1 000 appels par jour. » Des appels qui demandent « une analyse spécifique pour ne pas passer à côté d’un patient qui se dégrade et qui nécessite une hospitalisation. »

La rédaction.

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Coralie Mollaret

Journaliste Reporter d'Images pendant un an à Marseille, j'ai traversé le Rhône voilà quelques années pour vous informer en temps réel sur l'actualité Gardoise…

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