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FAIT DU JOUR Verity Smith, cavalière de dressage non-voyante, rêve de Jeux Olympiques

Même privée de sa vue, Verity Smith ne voyait pas sa vie sans monter à cheval. (DR)
Verity Smith est une cavalière de dressage internationale. Elle évolue en compétition depuis début 2019, avec sa jument noire renommée Daisy de Nîmes. (DR)

Depuis 2011, la cavalière de dressage franco-britannique Verity Smith est installée à Nîmes. Non-voyante depuis l’adolescence, elle n’a pas pour autant arrêté l’équitation, sa passion. Aujourd’hui, elle vise un rêve un peu fou : concourir avec l’équipe de France des valides aux Jeux olympiques de Paris, en 2024.

Il y a un an, le premier confinement était établi. Verity Smith a décidé de quitter Nîmes pour habiter un temps chez sa maman, dans le petit village de Sauzet. Appliquer systématiquement les gestes barrières quand on est valide, n’est pas toujours évident. Quand on est aveugle, c’est une autre affaire : « Luna, ma chienne guide ne comprenait pas qu’il fallait appliquer une distance physique de 2m », dit en riant la cavalière.

Avec sa maman, elle navigue entre Sauzet et le pôle hippique de Mauguio (Hérault), où elle s’entraîne avec sa belle jument noire de 12 ans, Daisy de Nîmes. Des séances intenses cinq fois par semaine, remettant en forme la "danseuse de ballet" sur sabots, qui sort de blessure. Cette préparation permettra peut-être d’accomplir le rêve de la cavalière : représenter la France en dressage aux Jeux Olympiques.

Selon Verity Smith, être non-voyante peut même être un avantage car elle doit faire totalement confiance à son cheval. Elle ne risque pas de lui transmettre son stress, comme ça peut être le cas des cavaliers voyants. (DR)

Pour l’instant, Verity Smith et sa jument ne font pas partie des couples paralympiques présélectionnés pour cette année, à Tokyo. La blessure de Daisy est encore récente et surtout, le contexte sanitaire n’est pas favorable à des cavaliers en situation de handicap qui ont pour certains un système immunitaire très fragile. À cela, s’ajoute la circulation en ce moment d’un "virus tueur de chevaux", la rhinopneumonie équine, qui a suspendu les concours.

Premiers concours de saut d'obstacles à tout juste quatre ans

Toutes ces incertitudes poussent Verity Smith à se concentrer sur un autre objectif de plus grande taille : représenter la France aux JO 2024 à Paris, mais cette fois dans l’équipe des valides. Malgré sa cécité, la cavalière n’a jamais hésité à se frotter à des adversaires pourvus de leurs cinq sens : « Chaque fois, je monte sur le podium avec mon chien d’aveugle à mes pieds, ça envoie le message que tout est possible ».

L’équitation a toujours été une évidence pour Verity Smith. Pas vraiment pour sa famille… Sa mère a peur des chevaux, son père n’est jamais monté sur leur dos. À trois ans, alors qu’elle vivait encore au Pays de Galle, ses parents l’emmène à l’écurie d’à côté. Et là, elle « tombe en amour » pour ces animaux. Le souvenir de cette première rencontre avec un cheval gris, d’elle trépignant dans ses bottes en caoutchouc rouge, est encore intact.

Même privée de sa vue, Verity Smith ne voyait pas sa vie sans monter à cheval. (DR)

Un an plus tard, à quatre ans, elle entame déjà les concours… de saut d’obstacles. Sa discipline fétiche. Vêtue de sa toute petite veste d’équitation sur-mesure, elle ne rechigne pas à se lever à 4h du matin, le dimanche, pour écumer les épreuves.

Une grave maladie lui fera perdre la vue progressivement

Ce bel élan est stoppé net alors que Verity Smith tombe très malade à cinq ans et demi. Une encéphalite la plonge plus d’un mois dans le coma, son pronostic vital est engagé. Mais la petite battante se réveille et croque de nouveau la vie à pleines dents. C’est 18 mois plus tard qu’elle commence à sentir les conséquences de sa pathologie : « J’ai commencé à perdre la vision mais j’ai continué à sauter des obstacles jusqu’à mes quinze ans, âge où déjà 85 % de ma vision avait disparu. Mon cheval était mes yeux. »

Mais il faut savoir se fixer des limites. Celles du couple étaient atteintes. C’est là que Verity Smith s’essaye au dressage, une discipline équestre qu’elle « pensait réservée aux vieilles dames ». Un a priori qui va vite s’envoler. La discipline exige rigueur, précision et allie beauté et élégance. Sa première coach la fait monter avec deux gobelets remplis d’eau dans les mains pour travailler son équilibre. « On a répété ça pendant un mois, à la fin, je n’avais presque pas perdu d’eau. J’ai appris à sentir le mouvement, la biomécanique du cheval. On doit fuser nos squelettes », se remémore la cavalière, qui ajoute : « Quand je suis sur le cheval, c’est le seul moment de la journée où je perds mon handicap, où je suis libre. Je suis comme un petit centaure. »

« Quand je suis sur le cheval, c’est le seul moment de la journée où je perds mon handicap, où je suis libre", livre Verity Smith. (photo Silke A. Rottermann)

À 18 ans, elle concourt aux championnats du monde valide avec l’équipe britannique. Le début d’une belle carrière, d’abord sous les couleurs d’Outre-Manche puis de la Suède puis sous le drapeau français depuis 2016. Elle est entraînée par son mentor, Alain Franqueville, qui y met beaucoup d’énergie. Imaginez devoir apprendre à la perfection des figures d’une grande technicité comme le passage, le piaffé ou la pirouette à une personne qui n’en a jamais vu.

« C’est un cadeau d’avoir perdu ma vue"

Et l’une des règles du dressage est de dérouler ces figures à des points de repère précis dans la carrière de sable. Ces points sont marqués par des lettres. Sauf que la cavalière ne peut les voir alors, elle a avec elle des "scoobbies" qui la guident. Des personnes qui se positionnent à chaque lettre et la crient pour qu’elle puisse se repérer dans l’espace.

En France, 27 personnes sont chargées de crier les lettres de la carrière de dressage pour permettre aux cavaliers non-voyants de se repérer dans l'espace. Verity Smith les a appelés les "scubbies". (DR)

Verity Smith ne se contente pas que de monter à cheval, elle va le chercher au box, le panse et la harnache, en toute autonomie. C’est aussi dans ces moments-là que la complicité et la confiance se nouent entre le cavalier et sa monture. Les bases-mêmes de l’équitation. « C’est un cadeau d’avoir perdu ma vue jeune car je me suis focalisée sur mes talents, sur mes rêves. Je suis restée fidèle à mes passions, non diluées par les opportunités de la vie », raisonne-t-elle avec sagesse.

En plus de ces rêves olympiques, Verity Smith s’adonne à la musique, sa deuxième passion. À 21 ans, elle passait déjà un premier contrat avec une maison de disques en Angleterre. En 2016, elle a même composé "Supersonic", l’hymne des JO de Rio. Son dernier album est sorti en 2015 où elle conjugue sa voix folk avec les ambiances flamenco du Nîmois Pepe Martinez.

Avec son association "Equiverity", la cavalière veut développer l'équithérapie dans les Ehpad et aussi amener sa chienne guide Luna au contact des personnes âgées. (DR)

Quand le covid sera loin derrière nous, Verity Smith souhaite également se rendre dans les Ehpad avec sa chienne et pourquoi pas son vieux cheval de grand prix, Gatsby. Depuis 2016, la cavalière internationale a créé son association "Equiverity" qui aide, apaise les personnes en les mettant en rapport avec l’animal. Vous l’aurez compris, la Nîmoise ne manque pas d’idées et elle en a encore sous la chaussure… enfin sous la botte.

Marie Meunier

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