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NÎMES Violences conjugales : « Dans ma religion, c’est l’homme qui décide si la femme peut divorcer »

(Photo d'illustration : Anthony Maurin)

Un homme détenu depuis décembre 2019, après la plainte de sa femme et de ses enfants, a été condamné ce vendredi à 4 ans de prison dont une année avec sursis pour des violences régulières sur ses proches.

(Photo d'illustration : Anthony Maurin)

Justice. C'est madame qui a déclenché les foudres de la justice en déposant plainte en décembre 2019 pour des violences qu'elle subirait depuis des années de la part de son mari. Le dernier épisode en date remonte au 20 décembre 2019. Ce jour-là, son mari, âgé de 55 ans, voit rouge : sa femme n'est pas à la maison.

Il part la chercher chez la voisine. Il sonne. La voisine et amie de madame ouvre et prend un coup de poing. Sa femme est réfugiée et cachée dans l'appartement. "Il m'a sautée dessus. Il m'a attrapée par les cheveux, mis des coups. Je suis tombée au sol et il m'a frappée à coups de pied", raconte la femme battue devant les enquêteurs en venant déposer plainte le lendemain de l'agression.

Le président du tribunal correctionnel Jean-Michel Perrez lit les procès verbaux que la victime a signés au moment du dépôt de plainte. Elle y raconte une vie de "terreur et de violences. Il fait souffrir les enfants, les frappe à la tête, les terrorise. Je ne suis pas libre pour sortir. Tous les jours il m'insulte. J'ai besoin d'aide et je vis un calvaire depuis 15 ans". Des aveux qu'elle a réitérés devant la juge d'instruction pendant plus d'un an, avec ses enfants âgés de 5 ans à 15 ans qui raconteront en chœur les violences infligées par le père, à coups de tuyau et de chaise fracassée sur le corps.

"Quand mon père est là, il n'y a que des problèmes. Il tape ma mère depuis des années", dénonce le plus grand en indiquant qu'un jour le patriarche était devenu volcanique car madame avait fait tomber de l'eau par terre. La victime, avant ces faits, avait rencontré une association et elle était partie quatre jours de chez elle pour fuir la violence. Elle a depuis demandé le divorce. Il serait en cours. Son mari affirme dans le box : "Dans ma religion, c'est l'homme qui décide si la femme peut divorcer ".

Depuis le début de la procédure, il réfute toutes les accusations. En résumé : sa femme a menti, cette dernière a manipulé les enfants et la voisine raconte n'importe quoi . A l'audience, l'homme rejette la moindre violence. " On a vécu 15 ans en Algérie et en Egypte, il n'y a jamais eu de problème. En arrivant en France en 2017, elle a voulu plus de liberté, plus d'autonomie. Elle voulait même gérer l'argent de la famille", complète le prévenu.

Madame a depuis retiré sa plainte

"Ce n'est pas ce qui disait votre épouse. Elle a déclaré qu'elle avait reçu un coup de couteau au bras, une trace constaté par un médecin légiste d'ailleurs. Vous lui auriez dit "tu auras une cicatrice toute ta vie", relance le président. Et puis il y a les ecchymoses et hématomes constatés après la dernière agression".

"Il suffit de trouver un médecin. Il voit que l'on a mal et il fait un certificat médical", reprend en niant l'intégralité des faits le père de famille. "Non monsieur, là il s'agit d'un médecin légiste, expert judiciaire, le docteur Benslima, qui est d'une objectivité sans faille", réplique le président Jean-Michel Pérez.

Le mari lui, prend un autre chemin d'explications, et emmène le tribunal sur les raisons qui auraient poussé son épouse à le dénigrer, pire à l'accuser et à le laisser partir en détention provisoire. "Elle voulait divorcer. Elle a inventé n'importe quoi avec l'aide de la voisine et en manipulant les enfants."

Depuis la plainte, les aveux, la confrontation devant la juge d'instruction, et la réitération des aveux, Madame et ses enfants sont revenus sur leurs déclarations à quelques mois de l'audience correctionnelle. Depuis décembre dernier revirement de situation donc. La victime donne une version différente aujourd'hui... Si sa famille est dans cette situation c'est la faute à la voisine et amie qui l'aurait fait chanter à cause d'un enregistrement qu'elle aurait, en l'occurrence une vidéo qui montrerait ses enfants dans une salle de prière !

Maître Frédéric Mansat-Jaffré au départ conseil de tous les plaignants, n'est plus l'avocat de Madame qui a retiré sa plainte, mais reste conseil des enfants par la biais de l'AGAVIP, l'association d'aides aux victimes. Des enfants qui sont eux aussi revenus sur les accusations contre leur père. " Je suis très inquiet pour eux", plaide sobrement l'avocat nîmois.

"Une personnalité extrêmement problématique..."

Le vice-procureur Bottero lui n'a pas de doute sur la culpabilité du mis en cause et le revirement des enfants et de l'épouse sont secondaires pour lui... "Il y a des faits graves, répétés sur au moins deux ans. Un climat de terreur indéniable, des constatations médicales imparables. Il y a des épisodes précis de violence avec des blessures, des éléments corroborés par un examen médico-légal, selon le représentant du parquet de Nîmes. Et puis il y a cette impression désagréable laissée par Monsieur avec un expert qui affirmera qu'il est dangereux, qu'il est dans la manipulation, avec des convictions religieuses qui enveloppent sa vie privée et la vie des autres, des convictions qu'il met au-dessus de tout. Il y a une dangerosité chez lui car il n'a aucune remise en cause. Il a un fonctionnement pathologique. Il s'inscrit dans la domination, la toute puissance, et ses choix sont imposés à sa femme et ses enfants. Il a une personnalité extrêmement problématique", estime le procureur Bottero qui réclame 5 ans de prison.

Patrick Bottero a requis 5 ans de prison contre le père de famille. Photo B.DLC.

"On fait des généralités. On parle du contexte, de la religion, mais revenons au dossier et à ses carences, à toutes les investigations qui n'ont pas été effectuées", plaide maître Mathieu Montfort en reprenant point par point les imperfections de l'enquête. "Les enfants ont été frappés pendant des années et aucun médecin n'a remarqué des blessures sur les quatre enfants. Et pourquoi au moment de la plainte et durant l'enquête, un médecin légiste n'a-t-il pas vérifié les dires de ses enfants", interroge le pénaliste montpelliérain.

"Ensuite et c'est un comble, un expert psychiatre va relever la dangerosité criminologique de mon client. Le même médecin qui avait révélé, avant le crime de la jeune Agnès Mazin, que son tueur, qui avait un passé judiciaire, n'était pas dangereux. Parlons-en de l'expertise psychiatrique", s'insurge dans une brillante plaidoirie Me Montfort qui ne comprend pas des réquisitions aussi élevées concernant "un homme qui n'a pas de casier judiciaire".

Le tribunal a décidé de condamner le père de famille à 4 ans de prison dont 3 années fermes. La juridiction nîmoise a décidé d'un maintien en détention.

 

Boris De la Cruz

Journaliste, je suis passionné par les faits divers, la justice et la politique. Je collabore à Objectif Gard et à des médias nationaux.

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