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FAIT DU JOUR Espeisse, Belbey, El Ouali… Du ballon aux cartons, une amitié soudée

Omar Belbey, Aziz El Ouali et Alain Espeisse font toujours partie de la même équipe (Photo IAE Deal)
À droite, Alain Espeisse, avec le maillot du Nîmes Olympique, lors d'un barrage face à Mulhouse lors de la saison 1984-1985 (archives privées Alain Espeisse)

Ancien footballeur au Nîmes Olympique, Alain Espeisse a créé IAE Deal : une société de fabrication et de destruction d’archives pour les entreprises. Toujours prêt à rendre service à ses proches et ses amis, le chef d’entreprise a notamment embauché Omar Belbey et Aziz El Ouali, également anciens crocos. Du ballon aux cartons, leur amitié est restée soudée.

Si aujourd’hui le salaire médian d’un joueur de Ligue 1 s’élève à 35 000 € brut par mois, on était loin de ces tarifs pour des joueurs de deuxième division dans les 1980 et 1990. Après dix saisons de professionnalisme (1984-1994) dont huit à Nîmes, Alain Espeisse revient à Lunel, sa ville natale, à la fin de sa carrière. De joueur il devient adjoint de Bernard Blaquart en CFA2 et travaille ensuite dans le bâtiment avec son père. L’ancien milieu devient ensuite gérant d’Ara Services, une entreprise spécialisée dans le gros œuvre et qui travaillait principalement avec la Banque populaire. C’est d’ailleurs durant cette période qu’il fera bosser dans sa boîte un certain Julien Doré avant qu’il ne devienne un chanteur reconnu.

Cette société part finalement en cessation et Alain décide de monter IAE Deal en juillet 2016. "C’est Yvan Zaouche, le patron de Pro archives systèmes, pour lequel je travaillais déjà qui m’a sollicité pour développer l’archivage avec l’enlèvement chez le client", explique l’ancien footballeur qui sillonne la France entière avec cette activité. Leader français dans le domaine des solutions d’archivages dédiées aux professionnels de l’immobilier, Pro. Archives a depuis peu cédé sa filiale Pro Archives Systèmes au groupe Mobilitas, un des leaders internationaux dans ce secteur. De son côté IAE Deal intervient auprès notamment des banques, cabinets d’avocats ou encore hôpitaux pour enlever les archives, faute de place.

"On est toujours ensemble, on ne s'est jamais quitté"

Si certaines sont détruites, d’autres, par exemple des documents officiels, doivent être conservées. Il faut donc informatiser chaque dossier qui est ensuite envoyé dans un immense dépôt afin de pouvoir le retrouver en cas de besoin. Alain démarre seul cette activité avant de recruter un premier coéquipier en la personne d’Omar Belbey, également ancien footballeur (de 1995 à 2000 au Nîmes Olympique), son ami de toujours.

"Quand j’ai signé à Rouen en 1993, Omar intégrait le groupe pro. Depuis on est toujours ensemble, on ne s’est jamais quitté", se souvient le chef d’entreprise qui a ramené le milieu dans ses bagages quand il était revenu dans le Sud. Le Normand jouera ensuite à Nîmes, Montpellier, Wasquehal, Sète et Lunel sans jamais rompre le contact avec son mentor. Il était déjà présent au sein d’Ara Services et a donc continué l’aventure avec IAE Deal.

Omar Belbey, Aziz El Ouali et Alain Espeisse font toujours partie de la même équipe (Photo IAE Deal)

Entre ces deux emplois Omar a eu une période creuse : "Je me cherchais un peu. Je passais surtout du temps à rien faire. Je me couchais tard, je me réveillais à midi", confie-t-il. Son ami Alain lui a donc tendu la main : "Quand je voulais le voir il ne répondait pas. Il me disait "je n’arrive pas à dormir". Je lui ai dit "demain je passe te récupérer à 6h. Tu vas voir dans une semaine tu vas dormir."" Une activité assez physique qui consiste à débarrasser de nombreux cartons dans les entreprises.

Et depuis le Rouennais est devenu le vice-capitaine d’Alain dans cette équipe qui compte désormais 16 éléments, chacun auto-entrepreneur, dont les deux fils d’Omar : Maël (24 ans) et Yanis (26 ans). "Ma fille Clémentine travaille aussi avec nous", complète avec fierté Alain qui a pour ligne de conduite d’aider ses proches et ses amis quand ils en ont besoin. "Pour les jeunes c’est compliqué. Là au moins ils ont un taf et ils s’éclatent, même si c’est physique. On priorise la famille et nos potes qui galèrent", résume l’ancien croco.

"J'ai travaillé avec Seydou Koné, c'était un bœuf !"

Du coup, Omar n’est pas le seul ancien footballeur à avoir intégré cette société. Il y a un an et demi, après 20 ans dans la restauration, Aziz El Ouali a rejoint l’équipe. "Un soir on fait un repas où on ne parle pas spécialement boulot mais il me dit qu’il veut voir autre chose", se souvient Alain. Celui qui a porté les couleurs des Crocos de 1987 à 1993 accepte donc ce boulot gratifiant puisqu’avoir après été formé, chacun est autonome et organise sa propre activité. "Quand on partait en déplacement à quatre ou cinq, ça me rappelait quand on jouait au foot. On se retrouvait entre nous après une journée de travail difficile", compare l'homme âgé de 50 ans qui s’occupe du marché sur tout le Sud de la France.

Omar Belbey à droite et Éric Sabin en rouge lors de la saison 1996-1997 en National face à Noisy-le-Sec (Photo Ariane Gil - Archives municipales de Nîmes)

Désormais, faute d’une charge de travail importante malgré la crise économique, ce sont des binômes qui opèrent aux quatre coins de l’Hexagone. "On a toujours besoin de personnes", explique l’ancien professionnel qui tient le coup physiquement grâce à son passé de sportif haut niveau. "J’ai travaillé avec Seydou Koné, c’était un bœuf !", exagère-t-il volontairement pour décrire les fortes capacités de l’ancien attaquant passé à Nîmes de 2011 à 2013 qui a aussi porté les maillots du Grau-du-Roi ou encore de Manduel. "Il est venu bosser avec nous pendant un an. Seydou c’est un guerrier, un mec qui s’arrache. J’aime bien parce c’est dans notre culture mentale", apprécie Alain Espeisse.

"On faisait un pot commun pour se partager les primes de match"

Depuis Koné a encore changé de club et travaille maintenant pour la ville de Nîmes. Comme le don de soi, ces valeurs inculquées dans le sport de haut niveau se retrouvent dans le monde de l’entreprise. "C’est folklorique ! On se marre aussi beaucoup, c’est super de travailler dans ces conditions", poursuit Aziz. Alain Espeisse, un sens du collectif, qui peut surprendre aujourd’hui. "Notre génération de footballeurs n’a plus rien à voir avec celle d’aujourd’hui. Avec ceux qui étaient dans le groupe mais qui ne jouaient pas, on faisait un pot commun pour se partager les primes de match. On ne le voit plus ça. Moi la générosité d’Alain ne me surprend pas car on a toujours vécu comme ça. Pour vous ce n’est pas "normal" car c’est en décalage avec notre société individualiste où les gens ne sont pas là pour partager des moments ensemble."

Un message fort pour celui qui envisage de développer cette activité d’archivage dans son pays natal, le Maroc. Un exemple de solidarité qui met aussi en avant parfois la difficulté de se reconvertir pour cette génération ou pour des footballeurs actuels qui évoluent à des niveaux intermédiaires loin des strass et des paillettes. "Quand tu arrêtes ta carrière tu n’es plus dans un cocon et tu te retrouves dans la jungle", relate Omar Belbey. "Je suis un mec de partage. Je pourrais faire le chien, je suis issu de ce monde-là et je connais la difficulté de la reconversion", conclut Alain Espeisse fier de voir cette vieille amitié durer dans le temps.

Corentin Corger

 

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