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FAIT DU JOUR Les boîtes de nuit toujours dans le brouillard

La Churascaïa attend de retrouver les fêtards (photo d'archive/Objectif Gard)
La Churascaïa, désespérément vide (Photo : Boris Boutet / Objectif Gard)

Voilà plus d’un an que la Churascaïa, le Toto Club ou encore le First n’ont pas pu faire danser les fêtards, crise sanitaire oblige. Et le mince espoir né cette semaine d’une réouverture le 1er juillet prochain des boîtes de nuit sous conditions, avec un pass sanitaire, a été immédiatement refroidi par le gouvernement. 

« Pour les boîtes de nuit, je ne suis pas en mesure de donner un horizon », a déclaré le Premier ministre Jean Castex mardi soir dans le 20 heures de France 2, douchant une nouvelle fois les espoirs d’une profession à l’arrêt depuis un bail, tout en donnant rendez-vous le 15 juin pour rediscuter. Objectif Gard est allé recueillir la parole de patrons et directeurs artistiques de boîtes de nuit gardoises. Des acteurs du monde de la nuit éreintés par quatorze mois de crise sanitaire, mais impatients de pouvoir reprendre leur vie d’avant. 

« Dommage qu’on n’ait pas la licence club échangiste, on aurait peut-être pu rouvrir plus tôt », grince Capi, le directeur artistique de la mythique Churascaïa, à Vauvert, plus grande boîte de nuit du département. La phrase, lâchée sur le ton de la plaisanterie, en dit long sur l’état d’esprit d’un secteur qui se sent déconsidéré. « Ce qui est frustrant c’est comme on l’a vu l’année dernière des soirées privées où c’était carrément plein vont être organisées cet été, lance Aurélien, directeur artistique au First, discothèque à Nîmes. Les festivals peuvent se tenir mais nous on a pas le droit d’ouvrir, ce n’est pas logique. » Le Nîmois va carrément jusque’à se demander « si le gouvernement ne veut pas au final fermer les boîtes. On nous donne des sous mais c’est pour que l’on se taise. »

Sabine Volpellière, une des serveuses de la Chu, et Capi, le directeur artistique (Photo : Boris Boutet / Objectif Gard)

« On parle enfin de nous c’est un bon point », positive Capi. Reste que tout le monde s’est fait à l’idée que si réouverture il y a cet été, ce sera sous condition, probablement de pass sanitaire, sur présentation d’un test PCR récent par exemple. « Le pass sanitaire ? C’est bidon complet tout ça, c’est impossible à mettre en place, tranche Patrice Bianchi, patron du Toto Club, à Carsan. Et refuser des gens car ils n’ont pas un test PCR, c’est ridicule. » « Il va y avoir des faux, renchérit Aurélien, du First. Certains vont les falsifier, comment reconnaître s’il est bon ? » 

« S’il faut rester assis, garder un masque ou maintenir des distances on restera fermé »

Les jauges limitées ne rencontrent pas plus grâce aux yeux de nos trois hommes. « J’ai 12 salariés sur le Toto Club, et ce n’est pas avec quelques personnes dans le patio que je vais pouvoir les payer eux et les charges », évacue Patrice Bianchi. Capi pointe quant à lui la contradiction de ces mesures avec l’essence même des boîtes de nuit : « S’il faut rester assis, garder un masque ou maintenir des distances on restera fermé. On fait rentrer 1 000 à 1 500 personnes habituellement. Si on doit laisser la moitié sur le parking, ce n’est pas correct. On rouvrira quand les conditions seront normales. » Même son de cloche au First, où Aurélien ne veut pas d’une réouverture au rabais : « On entend parler de capacités réduites à 20% mais ce n’est pas notre créneau. On est là pour faire danser les gens. Je pense que l’on n’ouvrira pas avant septembre ou même plus tard, on ne sait même pas. »

Marc Giner, co-gérant du First Club à Nîmes et Aurélien, son directeur artistique. (Photo d'archives : Stéphanie Marin / ObjectifGard)

Le plus grand des flous règne encore, plus d’un an après le début d’une crise sans précédent pour le monde de la nuit. Patrice Bianchi n’a « pas d’espoir pour cet été », et ne pense pas que les discothèques rouvriront tant que la majorité de la population, et notamment les jeunes, ne seront pas vaccinés. « L’État va attendre que tous les jeunes soient vaccinés et la campagne n’a pas encore commencé pour eux », estime pour sa part Aurélien, qui propose une solution alternative : « on pourrait par exemple soumettre les gens à un test antigénique en 15 minutes avant de rentrer. S’il est positif, la personne rentre chez elle. » 

Certes, mais « Que dire ? Qu’on est oubliés ? Oui, mais comment ouvrir les boîtes avec tous les morts et les personnes hospitalisées ? », reconnaît Patrice Bianchi, rejoint par Capi, qui estime qu’« avant de penser à faire la fête, il faut régler la situation sanitaire. » 

En attendant, la situation qui s’éternise est difficile à supporter, et tous s’accordent pour dire qu’heureusement qu’il y a les aides. « J’ai les aides, et un prêt de 200 000 euros que je dois rembourser, pose Patrice Bianchi. Ça va que je suis chez moi et que je n’ai pas de loyer, mais je pense qu’il y en a qui doivent avoir mal à la tête. » « Financièrement, avec la dizaine de salariés en chômage partiel, ça va, mais moralement c’est compliqué, avance Aurélien. Cette semaine je suis rentré dans la boîte de nuit j’ai eu un pincement au cœur et la larme à l’œil. »

Patrice Bianchi, gérant du Toto Club, à Carsan, et du bar le Posterlon, à Bagnols (Photo d'archives : Thierry Allard / Objectif Gard)

Malgré les aides, la profession souffre et compte déjà les défaillances. « Il y a 30 ans on était 3 500 boîtes de nuit, au début du covid 1 600 et aujourd’hui nous ne sommes plus que 1 200, souffle Patrice Bianchi. Et je pense que d’autres fermeront après. Certains sont en sursis. » 

L’ambiance n’est clairement pas à la fête pour les boîtes de nuit. Néanmoins le directeur artistique de la Chu veut croire que « le plus dur est passé » et l’affirme : la plus grosse boîte du Gard n’attend que le feu vert pour repartir. « Les DJ’s sont dans les starting-blocks, affirme-t-il. Ils travaillent leurs playlists et préparent leurs musiques. Les serveurs et les artistes sont prêts aussi. Les shooters sont au frais. La Churascaïa c’est un turbo : il n’y a plus qu’à donner le tour de clé et on est parti. » 

Boris Boutet, Corentin Corger et Thierry Allard

Thierry Allard

32 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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