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FAIT DU JOUR Guerre et petits secrets des colleurs d’affiches électorales

La pratique de l'affichage sauvage est de plus en plus rare, mais on trouve encore quelques affiches comme ici à Alès. Photo Tony Duret / Objectif Gard
La pratique de l'affichage sauvage est de plus en plus rare, mais on trouve encore quelques affiches comme ici à Alès. Photo Tony Duret / Objectif Gard
La pratique de l'affichage sauvage est de plus en plus rare, mais on trouve encore quelques affiches comme ici à Alès. Photo Tony Duret / Objectif Gard

À chaque élection, les Gardois voient surgir dans leur environnement les affiches des hommes et femmes politiques en campagne. On les retrouve en grande majorité sur les panneaux officiels à proximité des bureaux de vote. Mais ces affiches pullulent aussi à d’autres endroits plus surprenants qui ne sont pas choisis au hasard…

Difficile d’imaginer ce qui se cache derrière une affiche. Pour le grand public, elles fleurissent à la saison électorale et fanent comme la plupart des candidats déchus. Mais pour faire ressortir un candidat en particulier, pour optimiser ses chances, pour qu’un maximum d’électeurs potentiels impriment son visage dans leurs rétines ne serait-ce que quelques secondes, c’est tout un art. Et surtout un ensemble de règles qui ont fait leur preuve.

« Il faut se lever tôt ou se coucher tard », prévient le socialiste Arnaud Bord, qui compte plusieurs milliers d’affiches collées à son palmarès. Le conseiller municipal d’Alès s’explique : « Dans les deux cas, on est plus tranquille pour coller. Mais l’avantage du matin, c’est qu’aucun adversaire politique n’aura eu le temps de décoller l’affiche qu’on vient de mettre. »

Le socialiste Arnaud Bord

Nicolas Perchoc, vice-président d’Alès Agglomération et membre des Républicains, en sait quelque chose. Il en garde un souvenir amusé : « Un soir, pendant les Législatives de 2012, on était à Saint-Florent-sur-Auzonnet. On s’est aperçu qu’une équipe rivale était passée juste avant nous parce que la colle était encore fraîche. On pose notre affiche avant de partir vers une autre commune. Mais par acquis de conscience, on revient et on découvre que notre affiche avait été recouverte par celle de l’adversaire. On a donc recollé par-dessus. Une heure après, elle était à nouveau recouverte ! Ca a duré plusieurs heures comme ça, c’était assez cocasse. »

Autre élément à prendre en compte : la météo. Comme on ne tond pas sa pelouse par jour de pluie, on ne colle surtout pas sous un crachin et encore moins sous le déluge. « L’affiche met du temps à sécher et elle s’arrache plus facilement. L’idéal, c’est quand il fait très chaud. C’est quasiment impossible à enlever », assure Arnaud Bord qui colle une affiche électorale en moins d’une minute et qui dit en avoir posé près de 250 en une soirée. Avis aux amateurs. La tenue vestimentaire, non plus, ne doit pas être choisie au hasard. « Il faut porter un tee-shirt pourri parce qu’on reçoit forcément de la colle sur soi », ajoute Nicolas Perchoc, nostalgique de l’esprit de camaraderie qui régnait pendant ces virées électorales.

Vers une extinction de la pratique

Mais l’élément déterminant, la petite touche qui fait toute la différence, c’est l’emplacement, « le spot » comme on dit dans le milieu. « Aujourd’hui, il y a de moins en moins d’affichage sauvage car il y a une vraie prise en compte de l’écologie. Ça s’éteint tout seul », constate Arnaud Bord qui poursuit : « Mais les quelques militants pour qui l’affichage sauvage est une religion ont des spots bien à eux. À Alès, par exemple, ils ciblent la rocade souvent embouteillée ce qui permet à leur candidat d’être vu, mais aussi les transformateurs électriques, les murs bien placés ou les devantures des commerces fermés comme à Rochebelle ou au Faubourg du Soleil. »

Si le collage d’affiche est un exercice convivial, qui permet de fédérer les équipes, la pratique a aussi quelques travers. Il est certes de bonne guerre de décoller l’affiche d’un adversaire politique - c’est le jeu - mais certains rivalisent d’imagination pour qu’on ne vienne pas s’aventurer sur leur territoire. Un colleur d’extrême gauche, qui pratique encore et souhaite en conséquence conserver l’anonymat, se souvient de quelques excès : « Il y a eu l’époque de la colle piégée. Certains la mélangeaient à des morceaux de verres pilés… » Dissuasif ! Il remonte encore dans le temps : « À l’époque des panneaux en bois, on agrafait derrière l’affiche. Si nos adversaires y touchaient, ils devaient se faire un peu mal aux doigts. Mais tout ça est révolu. »

Nicolas Perchoc. (Photo Corentin Migoule)

Effectivement, la pratique de l’affichage sauvage s’estompe un peu plus à chaque élection. « Il y a moins de militants qu’avant et, pour la nouvelle génération, la lutte se fait davantage sur les réseaux sociaux que dans la rue », poursuit le colleur. De plus, cette pratique nuit désormais au candidat en question qui passe pour un « pollueur visuel ». « C’est très mal vu aujourd’hui », confirme Nicolas Perchoc.

D'ailleurs certains s’en servent pour tacler un opposant politique. Début juin, le sénateur et candidat Les Républicains, Laurent Burgoa, postait sur son mur Facebook une photo des affiches électorales de ses adversaires écologistes avec ce commentaire : « Comment peut-on représenter le mouvement Vert EELV et afficher de manière sauvage en dehors des panneaux officiels ou publicitaires ? »

La réponse de son opposant sur le canton Nîmes 3, Vincent Bouget, ne s’est pas faite pas attendre : « À droite, on n’affiche pas la couleur. M. Burgoa n’est même plus sénateur… Alors les cris d’orfraie à cause de quelques affiches visant à faire vivre la démocratie… Certains n’ont pas intérêt au débat d’idées… » Des panneaux électoraux aux réseaux sociaux, la guerre des idées s’est tout simplement adaptée aux nouveaux supports. Les électeurs doivent donc vivre avec leur temps et se mettre à la page… Facebook.

Tony Duret  

Tony Duret

Tony Duret, journaliste à Objectif Gard depuis juin 2012.

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