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GARD Tom Medina, un film signé Tony Gatlif et tourné en Camargue

(Photo Anthony Maurin).
Tom découvre la rudesse de la Camargue (Photo Anthony Maurin).

Tony Gatlif était à Nîmes pour présenter son dernier film tourné en Camargue, Tom Medina. Une avant-première était organisée avant sa sortie prévue le 4 août.

Tom Medina ? Dénommait ? Tom Médian ? Tandem Moi ? Démina Tom ? Demain mot ? Mimant ode ? Toutes ces anagrammes peuvent coller, à un moment ou à un autre, à ce film pas tout à fait comme les autres.

Tout commence dans l’amphithéâtre d’Arles. Arènes que l’on ne verra plus mais dans lesquelles Tom Medina, lui, fera une chose bizarre pour entrer en scène. En effet, le premier rôle va s’élancer en piste car le torero, incarné pour l’occasion par Tristan Espigue, a vu un chat noir et refuse de combattre le toro qui lui fait face. C’est ainsi que l’on découvre le fantasque « sauteur » Tom Medina.

Un pourfendeur de l'injustice

Une fois franchie cette introduction peu commune pour un film au cinéma, place aux premières images qui magnifient la Camargue. « Je vais dans un mas aux Saintes-Maries-de-la-mer », Tom traverse ainsi la Camargue marécageuse et se frotte à un environnement aussi rude que son histoire. Rude, mais prêt à l’accueillir. Tom, malgré un parcours difficile que l’on découvrira au fil des minutes du film, est un bon gars, un poète moderne, un chevalier blanc qui a fait naufrage, un romantique incompris, un gars qui n’a pas ses papiers, un pourfendeur de l’injustice.

C’est la poésie du sauvage qui va embarquer le public chez Ulysse, un Camarguais qui accueille Tom dans son mas abritant déjà des jeunes en quête de nouvelles perspectives durant des « séjours de rupture. » Tourné en grande partie au Mas du Carrelet chez les Blohorn ou au Grand Badon chez les Cuillé, le film fait la part belle aux vastes étendues d’une Camargue plutôt hostile. Maja Hoffmann et la Fondation Luma sont les coproducteurs du film.

Un des premiers plans du film Tom Medina (Photo Anthony Maurin).

Tony Gatlif, dans le générique, remercie d’ailleurs Jean Cochet, qui aurait accueilli le réalisateur alors qu’il était adolescent dans son mas nommé La Chevauchée. Jean Cochet est décédé le 13 juillet 1998. Gatlif remercie aussi son instituteur, Claude Désherbé, sa professeure de théâtre Jacqueline Jabbour et un éducateur en la personne de Claude Orange. Gatlif, un gars humain, un des derniers du monde du cinéma. Il y a forcément un brin d’autobiographie dans ce film signé Gatlif et qui ne pourrait être que… de Gatlif!

Tom Medina (Photo Anthony Maurin).

Ulysse y va de sa ruralité assumée et, par exemple, nettoie la cheminée à grands coups de chevrotine ! On voit aussi la fameuse pêche à l’anguille suivie du barbecue traditionnel. Mais il y a de la folie de ce film, une folie saine, un exutoire libérateur et salvateur. Tout le monde doit penser que l’autre est un peu fada mais on l’accepte volontiers, c’est aussi ça la Camargue, la différence, le droit à la sérénité malgré tout.

Ulysse n’est pas un bonhomme avec qui on rigole facilement. Ancré chez lui, sur son territoire, il est brut, comme sa vie. Il est juste, humain et taiseux. Un Ulysse en Camargue pour un voyage initiatique, au-delà de Gibraltar, c’est aussi un beau clin d’œil. On entend également quelques douces phrases en provençal issues de La Bête du Vaccarès, un livre de Joseph d’Arbaud qui évoque la vie d’un dieu mi-homme mi-bête en Camargue.

Les décors camarguais (Photo Anthony Maurin).

L’étang du Vaccarès, les chemins boueux, les marais, les tamaris, les taureaux et les toros, les chevaux, le braconnage, les discussions au bistrot des Saintes, tout y passe. « Combien ça gagne un torero ? Moi, j’ai toujours voulu être torero ! » demande Tom à Stella, la fille d’Ulysse. « Dès qu’un paumé vient ici, il veut être torero… » Et Tom ne voyage qu’avec une montera et une épée. Il s’entraîne même à mettre à mort un toro fait de paille car c’est dans ses rêves qu’il est hanté par un toro blanc. Pourquoi ? La musique a également sa signification dans le long-métrage. Une musique pour laquelle Tony Gatlif a beaucoup contribué.

Un moment émouvant (Photo Anthony Maurin).

Dans ce film, on voit les gardians trier les taureaux. Au galop, les stabilisateurs des caméras sont inefficaces mais font vivre les mêmes sensations que les cavaliers au public confortablement assis. Un taureau s’échappe et Tom va faire la rencontre de jeunes voyageurs écolos en marge de la société, des gitans des temps modernes qui dépolluent une Camargue que l’on voit souillée par la présence humaine. Dans les marais ou sur les plages, c’est aussi un prétexte pour découvrir des panoramas choisis par le réalisateur. On voit aussi des flamants roses et on parle du nuisible renard qu’il faut capturer.

La vie et ses vicissitudes

Après une paire de conneries, Ulysse remonte les bretelles de Tom. « Je n’aime pas les gars comme toi qui jouent aux durs. Il n’y a que des mineurs au mas, sois aimable et respectueux. Je veux t’éviter le tribunal car tu es majeur et c’est la correctionnelle ! »

Tom est-il orphelin ? C’est ce que son dossier raconte. De son côté, Ulysse n’a pas eu une vie facile. S’il a encore sa fille Stella à ses côtés, son fils, Alban, n’est plus là. Disparu lors d’une fête de famille, il n’a plus donné signe de vie. Tom loge dans sa chambre et prend possession d’une partie de sa vie. Au-delà de tout, il comprend Alban et est hanté, lui aussi, par quelque chose qui lui a fait changer de vie. L’angoisse, sentiment peu agréable, est omniprésente, la peur aussi. Alban, lié à la Camargue et à ses mystères est-il allé trop loin dans ses rêves ? A-t-il trouvé son paradis ? A-t-il renié, comme le pense son père, sa famille ?

Une discussion entre Ulysse et Tom (Photo Anthony Maurin).

La nuit, un toro blanc revient souvent à la charge et Tom s’en cache de la plus drôle des manières. Il en va de même quand il doit échapper aux gendarmes ou qu’il lit perché sur un arbre dénudé de feuilles à deux pas de l’église des Saintes !

En parlant des Saintes, Tom ira voir sainte Sara qui comprend toutes les langues. Il retrouvera Suzanne, l’écolo vendeuse de romarin qui ne fait pas la manche mais qui est aussi triste qu’un jour de pluie dans ce petit port de Méditerranée.

Toujours « aspiré » par ce toro blanc, Tom en parle à Ulysse, ils se comprennent, s’échangent des regards qui ne sont pas ceux du cinéma. Tom se livre dans une séquence émouvante où l’on entend aussi parler du « mal des mirages », un mal que l’on connaît en Camargue. Chacun est venu trouver des réponses dans cette discussion mais les non-dits sont peut-être plus importants que le reste.

Tom et son regard (Photo Anthony Maurin).

Gibraltar, un naufrage, la perte d’un être cher. Tom apprend à vivre seul, il change d’identité, n’a plus de famille mais ne peut plus mentir. Il porte en lui un poids dont il doit se débarrasser. Dans ces scènes, on notera la justesse des comédiens, la valeur du script et les yeux des deux protagonistes.

Tom va-t-il parti du mas ? Quitter Ulysse ? Sera-t-il torero ? Va-t-il rejoindre Suzanne et sa fille ? Une chose est sûre, c’est qu’il y va, enfin, le sourire aux lèvres.

À voir au cinéma Le Sémaphore, cinéma d’art et d’essai en centre-ville qui offre six salles et une cafétéria dans une atmosphère chaleureuse et familiale. À Nîmes au 25 de la rue Porte de France.

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 37 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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