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FAIT DU JOUR « Avec le pass sanitaire, on a perdu 40% de notre activité du jour au lendemain »

Jean-Marc Groul, directeur du Seaquarium et président du club des sites touristiques du Gard. (Photo Boris Boutet)
Jean-Marc Groul est inquiet pour l'avenir. (Photo Boris Boutet)

Jean-Marc Groul est le directeur du Seaquarium et le président du Club des sites touristiques du Gard. Cette association regroupe 46 parcs de loisirs, musées, sites naturels, historiques ou animaliers du département. Des établissements en première ligne face aux nouvelles mesures sanitaires adoptées par le gouvernement. 

Objectif Gard : Comment se déroulent ces premiers jours de pass sanitaire ?

Jean-Marc Groul : D'un point de vue pratique, on pensait faire face à plus de difficultés, mais il n'y a pas de problème majeur. La plupart des gens qui viennent ont leur pass conforme. Par contre, ceux qui ne sont pas vaccinés ne viennent plus. Du jour au lendemain, on a perdu 40% de notre activité. Ce n'est pas illogique d'ailleurs, puisque les 18-50 ans qui sont notre cœur de cible sont assez peu vaccinés. Les excursionnistes, c'est à dire les gens de la région qui venaient pour la journée et prévoyaient quelques activités ne sont plus là.

On est les victimes indirectes de la situation : ce sont les mêmes qui se sont tapés les fermetures qui sont à nouveau pénalisés. J'ai le sentiment que les conséquences n'ont pas été prises en considération. Peut-être qu'on sera écouté par la suite, mais pour le moment, la problématique sanitaire a été plus importante que les conséquences des mesures prises. Nous sommes raisonnables et responsables mais il faut qu'on nous accompagne.

C'est un constat assez catastrophique...

On ne pensait pas que c'était possible, mais on va faire pire qu'en 2020. Pour le tourisme, le pass sanitaire est la pire catastrophe depuis les congés payés. D'autant qu'il arrive au pire moment possible pour nous. On était partis sur les bases d'une saison record et, d'un coup, la moitié de la clientèle ne vient plus. Tout l'été est compromis. Il y a une énorme perte de chiffre d'affaires à prévoir alors même que le pass sanitaire mobilise de la main d'œuvre supplémentaire. Au Seaquarium, par exemple, cela représente deux personnes de plus. On ne voulait pas d'aide, on voulait juste pouvoir travailler, mais aujourd'hui ce n'est pas possible. On nous promet un coup de pouce mais rien n'est défini à l'heure actuelle. On ne sait pas à quoi on aura droit. C'est très inquiétant.

Le Seaquarium a vu sa clientèle baisser fortement. (Photo Boris Boutet)

Quels sont les sites gardois les plus en difficultés ? 

Je crois qu'on l'est à peu près tous. La Bambouseraie est obligée de refuser du monde car les gens arrivent en grand nombre par le train des Cévennes. Les grottes et les sites historiques sont aussi très touchés. Pour un établissement comme la Bouscarasse, qui ne marche que l'été, c'est très délicat. Tout le monde est à la bagarre et essaye de s'adapter. Au Seaquarium, nous avons augmenté notre amplitude horaire pour pouvoir accueillir le plus de clients possible. Malgré la fatigue, le stress et l'inquiétude, on reste professionnel et on fait le maximum. On fera les comptes à la fin mais il ne faut pas qu'on nous oublie.

Faut-il s'attendre à des faillites ? 

Je n'espère pas. Mais ça fait un an qu'on ne recrute plus, qu'on tire sur les installations et les machineries. Si les choses s'améliorent et qu'on sort de la crise sanitaire on arrivera peut-être à s'en sortir. Sinon, certains ne passeront pas l'hiver. L'épée de Damoclès pour nous, c'est le pass sanitaire pour les 12-17 ans à l'automne. Les vacances de la Toussaint sont les meilleures pour nous depuis des années. Si on se prive des familles, ça risque d'être très compliqué. Ce sont les enfants qui déclenchent les visites.

On vous sent également touché sur le plan psychologique. 

Ce qui est très désagréable, c'est qu'on se sent menacés : on est dans une situation qu'on n'a pas demandé, on nous demande d'appliquer des règles, et par dessus on nous parle d'amendes, de contrôles. On passe pour des suspects qu'on va punir. Nous sommes des professionnels habitués à suivre les règles, on a l'impression qu'on ne nous fait pas confiance. Depuis le début on a suivi les jauges, formé les personnels, beaucoup d'énergie a été mise dans cette solidarité pour traiter la crise sanitaire.

Tous les sites ont investi pour recevoir les gens de la manière la plus sécuritaire possible. Aucun cluster n'a été démontré au niveau national sur l'ensemble de nos équipements. Tout le monde est sous pression. Alors, à mon sens, la menace de contrôles répressifs est contre-productive. Quand un site n'est pas dans les clous, ça se sait très vite de toute façon.

Y-a-t-il quand même des motifs d'espoir ? 

Oui, bien sûr. D'abord parce que par définition, ça devrait aller de mieux en mieux puisque de plus en plus de monde est vacciné. Quant à la baisse du nombre de visiteurs sur nos sites, elle sera atténuée ou aggravée par la fréquentation estivale sur le mois d'août.

L'ouverture de centres de tests privés est-elle envisageable ?

Oui, ça peut permettre de proposer une solution à notre clientèle non vaccinée. Se pose actuellement la question de la rentabilité d'une telle structure qui coûte cher. Les plus gros sites gardois sont à la limite de pouvoir le faire. Les arènes de Nîmes en ont mis un en place. Le Seaquarium y réfléchit mais ne pourra pas le faire seul.

Comment la situation est-elle vécue par le personnel ? 

Pour lui aussi c'est difficile, notamment en raison de l'obligation vaccinale imposée aux établissements recevant du public. Plusieurs très bons éléments risquent de nous quitter et cela crée une tension supplémentaire sur les ressources humaines.

Propos recueillis par Boris Boutet

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