A la uneActualitésAlès-CévennesEnvironnement

LE 7H50 de Joël Gauthier, maire de Val-d’Aigoual : après la crue, « il y a vraiment eu un grand élan de solidarité »

Joël Gauthier est maire de Val-d'Aigoual. Le 19 septembre 2020, jour des inondations à Valleraugue, il était toute la journée sur le terrain. (Marie Meunier / Objectif Gard)
Durant un an, la priorité de la municipalité a été de réparer le village. Même s'il reste encore à faire, Valleraugue a retrouvé son charme et son apparence paisible. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Le samedi 19 septembre 2020 est une date qui restera gravée dans l'esprit de Joël Gauthier, maire de Val-d'Aigoual. Plusieurs hameaux du village ont été touchés par d'importantes crues cévenoles. Le plus sinistré reste Valleraugue, avec plus de 700 mm de pluie tombés en quelques heures et plus d'un mètre d'eau dans les maisons. Aux dégâts matériels très importants se sont rajoutés deux drames : la disparition d'une infirmière et d'un employé du village.

Un an après, le premier magistrat retrace cette journée hors du commun. Il raconte comment il a vécu ces durs instants où tout reposait sur ses épaules de maire de 42 ans, tout juste installé, éleveur de métier. Mais aussi tout ce qui a été mis en place dans la commune pour réparer les dégâts. Cet anniversaire fait d'autant plus écho que la région de Nîmes a elle aussi subi d'importants dégâts mardi dernier.

Objectif Gard : Il y a un an Valleraugue était touché par un important épisode cévenol. Comment vous êtes-vous organisés, quelle a été l'urgence ?

Joël Gauthier : L'urgence a été de rouvrir les accès... Tout ça a été réalisé le lendemain. Au début, on m'avait envoyé 14 agents de la Sécurité civile. Au maximum, on est arrivé à 280 hommes (sapeurs-pompiers, Sécurité civile, Armée...) dans la semaine qui a suivi. Sans compter tous les bénévoles et les collectivités qui ont envoyé des bras. Le préfet est venu le lundi matin. Je l'avais sollicité car les gens avaient été choqués. S'en est suivi un grand nettoyage. Jusqu'à 1,80m d'eau s'est engouffrée dans les commerces. Dans la semaine, l'eau était rétablie, le village propre. Il y a vraiment eu un grand élan de solidarité.

Le 19 septembre 2020, non seulement vous avez subi la brusque montée du cours d'eau, le Clarou, mais aussi le déversement des ruisseaux descendant des montagnes dans les habitations... Savez-vous combien de commerces ont été touchés ?

Il y a eu la boucherie, les Jardins de Gaïa, le garage Parsy (qui n'a rouvert qu'en septembre), l'hôtel des Bruyères, le coin chaud, la pharmacie et l'agence immobilière. Mais personne n'a fermé définitivement. Les assurances et la Région ont bien joué le jeu.

Le garage de Guillaume Parsy avait subi des dégâts considérables. (Photo : Marie Meunier/ObjectifGard)

Avez-vous chiffré le montant total des dégâts ?

On a des assainissements individuels qui sont partis dans l'eau et donc on n'a plus les parcelles de terre pour les remettre. Ces 600 000 € d'assainissement collectif n'ont pas été retenus dans le dossier inondation mais sinon, on arrive à un peu plus de 3 millions d'euros. Il a été retenu 2,250 millions environ. C'est le budget annuel de la commune en gros... On a aussi eu environ 140 000 € de dons de la part d'une cagnotte, du Secours populaire, du Lions club... pour les administrés.

On imagine que vous avez dû être très sollicité par vos administrés. Quelles étaient leurs demandes particulières, leurs craintes ..?

Il fallait qu'ils voient le maire. Il fallait que je sois présent pour les rassurer. Y en a qui avaient perdu leur chat, d'autres cherchaient quelqu'un... Il y a des extrêmes. Un de nos agents est décédé, une infirmière a disparu également. Les centres d'intérêt étaient différents mais il fallait être présent. Les gens avaient été choqués. Ça a été assez dur à porter.

Comment on gère un tel chaos en tant que maire ? Vous n'aviez jusqu'alors jamais été confronté à pareille situation...

Il faut prendre sur soi, arriver à garder la tête hors de l'eau, si je puis dire. On a un navire à maîtriser et il faut qu'on tienne la barre. On doit garder le cap malgré la tempête.

Au lendemain de la crue, les habitants devaient passer sur une immense butte de terre pour relier l'entrée de ville et le centre. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Où étiez-vous au moment où l'eau a commencé à monter ?

J'étais à la mairie. On surveillait l'Hérault qui n'avait pas bougé donc je suis rentré chez moi. En fait, c'est une vague qui a déferlé sur le Clarou. Il y avait eu des embâcles sur un pont donc on s'est retrouvé avec une vague de 5,50m. Mais de la mairie, on ne voyait pas ce qu'il se passait. D'un coup, plus de téléphone, plus d'électricité... Ça a commencé le matin vers 10h34, puis je suis resté tout le jour avec mes agents sur le terrain. On a mis le PCS (plan communal de sauvegarde). Tous les ordres partent du maire. Je suis rentré chez moi, c'était minuit.

Avez-vous eu peur à ce moment-là ?

On ne se rend pas compte. J'avais plutôt peur pour les gens qui prennent des risques. Quand je suis arrivé sur le pont, il y avait une voiture garée avec de l'eau de chaque côté. Une grand-mère à l'intérieur. Je lui demande ce qu'elle fait là, elle me répond : "Oh je reste là, il pleut trop, je ne veux pas être mouillée." Mais là, il faut partir et laisser la voiture. Des gens se rapprochaient dangereusement des cours d'eau pour regarder... J'ai perdu la notion du temps ensuite dans la journée. La sous-préfète du Vigan a dû arriver vers 19h30. Ça a été long en étant seul dans le village, sans secours, sans moyen de communication. Je ne savais pas ce qu'il se passait dans les autres hameaux. Le soir, on a fait la reconnaissance avec les pompiers. En amont, il a beaucoup moins plu. En fait c'est une lame d'orages qui est restée stationnaire sur la commune.

Avez-vous été bien prévenu de cet épisode ou a-t-il été largement sous-estimé ?

La veille, on a été placé en alerte jaune. On y est souvent donc bon... Le matin, la préfecture m'appelle pour me dire qu'on passe en vigilance orange et m'ont dit à peu près 180 mm de pluie. Mais ils ne m'ont pas dit en combien de temps. Ça a été estimé à 750 mm après coup par Météo France. Les radars avaient dû mal à identifier ce qu'il se passait sur la commune.

Justement, cela constitue-t-il une crainte pour l'avenir, de peur que cela se reproduise ? Y a-t-il des choses que vous allez changer à l'avenir ?

Déjà, on a acheté des radios pour surveiller les cours d'eau et pouvoir communiquer entre nous. Même les radios que l'on avait étaient brouillées. Et puis, on va aussi observer le Clarou en plus de l'Hérault. On va aussi faire un exercice, faire connaître le PPRI (Plan prévention risques inondations), inciter à faire des aménagements pour se protéger des crues...

Que vous reste-t-il à faire comme chantiers un an après ?

Il en reste pas mal. On a refait à peu près 9 000 m2 de voirie, des murs de soutènement, des passages d'eau sous-route. On va faire quelques aménagements pour protéger quelques parcelles où il y a eu des glissements de terrain. Il y a beaucoup d'endroits à revoir qui sont sous-dimensionnés par rapport aux crues. En 1958, il y en avait déjà eu une.

Voisins, amis et familles étaient venus prêter main forte dans les maisons et les commerces les plus sinistrés. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Il y a beaucoup de relogements ?

Il y a six familles relogées dans un centre de vacances au gîte du Mouretou le temps de nettoyer. Les gens ont reconstruits, les agriculteurs ont remonté leurs terres. Ils ont travaillé d'arrache-pied et ont été bien récompensés cette année car la récolte a été belle.

Et au niveau du tourisme, cela n'a pas eu un impact négatif cet été ?

On a eu du monde comme d'habitude. On a fait en sorte que ça ne se voit pas trop dans le village. On peut féliciter les agents et les entreprises qui s'y sont mis à 200% pour accueillir les visiteurs en toute sécurité. Mais je ne vous cache pas que ça a été beaucoup de travail entre tous les dossiers qui devaient être déposés rapidement, sans rien oublier.

Vous avez réparé les dégâts en priorité. Est-ce que, du coup, d'autres projets prévus pour la commune ont été retardés ?

Oui, par exemple, celui de la Maison France services qui devait être mis en place. On a encore jusqu'en 2022. Niveau environnement, on a beaucoup d'assainissement vieillissants qui font entrer beaucoup d'eaux parasites et endommagent les stations. On devait recréer aussi une nouvelle station. Ça devrait être déjà fait...

Propos recueillis par Stéphanie Marin et Marie Meunier

Retrouvez l'article complet "Valleraugue, un an après" dans notre magazine en kiosque jusqu'à jeudi 7 octobre.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Bouton retour en haut de la page

Adblock détecté

S'il vous plaît envisager de nous soutenir en désactivant votre bloqueur de publicité