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FAIT DU JOUR Délégué du préfet : un rôle de l’ombre au service des quartiers défavorisés

Au centre, Monique Feger, la déléguée du préfet du Gard à Vauvert, Saint-Gilles et Beaucaire. (photo Boris Boutet)
Au collège Elsa-Triolet de Beaucaire, Monique Feger (au fond à gauche) participe à une réunion sur le décrochage scolaire. (photo Boris Boutet)

Depuis plus de 40 ans, la politique de la Ville apporte une aide aux quartiers jugés prioritaires sur des critères économiques et sociaux. Dans le Gard, 18 d'entre eux bénéficient de ce classement. Au quotidien, cinq délégués du préfet sont les véritables relais de l'État sur place. Au travers du parcours de Monique Feger, en charge des quartiers prioritaires de Vauvert, Saint-Gilles et Beaucaire, Objectif Gard apporte un éclairage sur ce rôle de l'ombre. 

Les inaugurations en grande pompe, les photos officielles et les feux des projecteurs, très peu pour elle. Monique Feger est une femme de l'ombre qui s'épanouit dans la construction de projets en faveur des habitants des quartiers défavorisés du Sud-Est du Gard. Après avoir passé 15 ans en Afrique auprès du ministère des Affaires étrangères et de la coopération, puis plusieurs années au sein du cabinet du préfet du Gard, elle occupe le poste de déléguée du préfet depuis le 1er janvier 2018. Son dernier avant la retraite.

"Il n'y a pas de profil type pour occuper mon poste, explique-t-elle. Lorsqu'une place est libre, il y a un appel à candidatures et la meilleure est choisie par un jury. Les délégués sont alors nommés pour une période de trois ans renouvelable une fois maximum pour un même territoire. Nous sommes cinq (*) à nous répartir les 18 quartiers classés politique de la ville du département. On m'a confiée le centre ancien et la Moulinelle à Beaucaire, les Costières à Vauvert et le centre ancien et Sabatot à Saint-Gilles." 

L'identification des besoins

À sa nomination, l'identification des besoins prioritaires de chacun de ces quartiers est la priorité de Monique Feger. "À ses origines, la politique de la Ville avait pour défaut de partir d'idées préconçues et très centralisées, pointe-t-elle. Aujourd'hui, le point de départ, ce sont les remontées des acteurs de terrain qui identifient au quotidien les besoins les plus importants sur leurs territoires." 

Et c'est sans doute Beaucaire qui occupe actuellement le plus Monique Feger. "Contrairement aux deux autres communes sur lesquelles je travaille, il n'y avait pas de délégué du préfet ici avant que je sois nommée, souligne-t-elle. De plus, la mairie n'a pas de chef de projet politique de la Ville, je joue donc aussi un peu ce rôle au quotidien." 

Pour les associations, elle est très vite devenue un interlocuteur privilégié. Vice-président du Stade Beaucairois, Sofyan Carletta se souvient de sa première rencontre avec elle. "À son arrivée, Monique s'est présentée à toutes les associations et nous avons eu un très bon contact, se rappelle-t-il. C'est quelqu'un qui parvient à fédérer les bonnes énergies. Au début, nous ne connaissions pas vraiment son rôle mais elle a vraiment boosté nos projets sociaux. Elle a débarqué en pleine phase de construction et nous a permis de les rendre solides."

Au centre, Sofyan Carletta et Monique Feger, à la remise du prix du concours national "s'engager pour les quartiers", dans la catégorie "sport inclusif", fin 2018. (Photo Stade Beaucairois)

Avec son aide, le club de football local a développé tout un programme éducatif articulé autour de la santé, la citoyenneté, le développement durable et de la médiation sociale. Mais c'est pour ses nombreuses animations créées pour favoriser les échanges entre entreprises et demandeurs d’emploi par la pratique sportive que le Stade Beaucairois a été lauréat de plusieurs concours nationaux sur le thème de l'inclusion sociale par le sport. "Rien n'aurait été possible sans Monique Feger, reconnaît Sofyan Carletta. Elle nous a poussés à répondre aux appels à projet et nous a donnés le coup de pouce dont nous avions besoin." 

L'intéressée préfère quant à elle parler de co-construction. "J'essaye de leur faire comprendre que ce sont eux qui sont à l'initiative et que la réussite de leurs projets dépend d'eux, insiste-t-elle. Moi, j'essaye simplement de leur apporter mes réseaux de connaissances et de créer des liens entre des acteurs qui partagent des objectifs communs. Mais s'il n'y a pas une volonté de fer de la part des porteurs de projet, tout peut très vite tomber à l'eau." 

Partenaire des élus

Au-delà de son rôle aux côtés des associations, la déléguée du préfet est aussi une interlocutrice privilégiée des élus. "On la voit un peu moins souvent qu'avant, nuance cependant le maire de Vauvert, Jean Denat. J'ai le sentiment que là où les municipalités se mobilisent en faveur des quartiers, l'État se désengage pour se concentrer sur les communes où les mairies sont moins volontaristes sur ces questions." 

"Elle est malgré tout à nos côtés sur certains dossiers, avance son adjoint à la politique de la Ville, Farouk Moussa. Elle nous a notamment informés sur un appel à projet lorsque nous avons réalisé un fit-park. Les élus tracent leur feuille de route et la déléguée est là pour faciliter et accélérer les choses quand elle peut." 

"Une mission passionnante"

Ce jeudi, Monique Feger était sollicitée par le collège Elsa-Triolet de Beaucaire. Personnel de l'établissement, acteurs institutionnels et associatifs se sont réunis pour évoquer une problématique de plus en plus prégnante sur place : le décrochage scolaire. "Nous nous sommes attachés à identifier ses causes, l'idée aujourd'hui est de voir comment nous pouvons lutter face à cette difficulté tous ensemble", présente le principal, Bernard Chaine.

"Cette mission est caractéristique de mon rôle au quotidien, témoigne Monique Feger. Je dois participer à l'élaboration de ces projets, pas à pas, en m'assurant qu'ils sont solides pour qu'ils puissent être menés à bien. Sur des territoires fragiles, lorsqu'on donne de l'espoir aux gens, il faut aller jusqu'au bout sinon les conséquences peuvent être catastrophiques."  

"Je trouve mon poste passionnant, poursuit-elle. Je suis dans l'humain. Accompagner des parcours, faire émerger des potentiels, c'est extrêmement gratifiant au quotidien." Et cela vaut sans doute bien plus que toutes les inaugurations en grande pompe, les photos officielles et les feux des projecteurs du monde.

Boris Boutet

(*)Les quatre autres délégués des préfets

  • Mario Rodrigues-Vaz, délégué du préfet pour les quartiers de Valdegour - Pissevin à Nîmes
  • Yasmine Fontaine, déléguée du préfet pour le quartier du Chemin-Bas-d'Avignon et le Mas-de-Mingue à Nîmes
  • Didier Jaffiol, délégué du préfet à Alès
  • Michaël Pulci, délégué du préfet dans le Gard Rhodanien

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