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FAIT DU SOIR Il y a 30 ans, Cantona que l’amour

Éric Cantona signant des autographes dans le quartier de Pissevin (photo Robert Ricaulx - Archives municipales de Nîmes)

De juin à décembre 1991, Nîmes Olympique et Éric Cantona se sont unis pour le meilleur et pour le pire.

Ce mariage entre l’ambitieux promu de première division (D1) et l’enfant terrible du football français a fait naître des promesses de bonheur. Mais rien ne s’est passé comme prévu et le couple s’est séparé après six mois de vie commune. Trente ans plus tard, les témoins de cette idylle se souviennent de Cantona le joueur, mais aussi l’homme entier et attachant. Retour sur une association qui aurait pu être grandiose entre les Crocodiles et celui qui deviendra la future idole de Manchester United.

C’est la stupéfaction dans les tribunes du stade des Costières ce 7 décembre 1991. Il est un peu plus de 22h et l’incroyable vient de se produire. Contestant une décision arbitrale de Jean-Pierre Blouet, le Crocodile Éric Cantona entre dans une colère noire et propulse le ballon sur l’arbitre. Comprenant la portée de son geste, le capitaine du Nîmes Olympique quitte le terrain avant même que l’arbitre ne sorte le carton rouge. Logique. Ainsi prend fin l’éphémère passage nîmois de l’enfant terrible du football tricolore. On ne le verra plus jamais porter les couleurs d’un club français.

Une contrat de trois ans pour un transfert à 10 millions de francs

Pourtant, six mois plus tôt, tant d’espoirs naissent avec l’arrivée de la star. Le 6 juin 1991, le Marseillais Éric Cantona signe un contrat de trois ans avec le Nîmes Olympique pour une somme de 10 millions de francs, dont le paiement est étalé sur trois ans. Le club italien de Vérone fait une offre de dernière minute à 15 millions de francs, mais Bernard Tapie, le président de l’OM, respecte jusqu’au bout la parole donnée aux dirigeants nîmois. Il se dit que l’AS Cannes et le PSG étaient aussi sur les rangs. L’arrivée de Cantona dans le Gard fait sensation.

Érix Cantona et son perfecto. On reconnait à gauche Frédéric Volle le joueur du l'USAM (photo Robert Ricaulx - Archives municipales de Nîmes)

À la fin de la saison 1990-91, qui a vu les Crocodiles remonter en D1 après sept saisons en D2, le Marseillais est régulièrement présent au stade des Costières et il est même dans les vestiaires le soir de la montée face au Gazelec d’Ajaccio (0-0, 4 mai 1991). Sa venue dans le Gard est attribuée à son amitié avec Michel Mezy. C’est peut-être aussi parce que l’attaquant de l’équipe de France ne rentre pas dans les plans de Raymond Goethals, le coach de l’OM. « Quand il a signé à Nîmes, j’ai vite compris que j’allais être associé à lui en attaque. Avec un tel joueur, on apprend beaucoup de choses en match, mais aussi à l’entraînement. C’est avec lui que j’ai fait ma meilleure saison. C’était une bonne personne et il était généreux », explique Ahmed Maharzi, l’attaquant formé au Nîmes Olympique.

« Dans les deux ou trois ans, Nîmes deviendra un des cinq meilleurs club français » 

« J’ai signé à Nîmes pour les supporters, pour cette ville que j’aime. J’aurais pu aller ailleurs, mais j’ai ressenti un truc, quelque chose qui m’appelait à Nîmes. À Nîmes, j’ai l’ambition de faire plaisir à ceux que j’aime. Je dis que, dans les deux ou trois ans, Nîmes deviendra un des cinq meilleurs club français », déclare le nouveau Crocodile à nos confrères de France Football en juin 1991. De son côté, Michel Mezy, le président délégué du NO, ne boude pas son plaisir : « Éric Cantona aime les taureaux, il aime la féria. Il aimera Nîmes et les Nîmois l’aimeront. » Un début d’été très sentimental. Seulement, en football, on ne vit pas d’amour et d’eau fraîche. Pour maintenir son train de vie, le NO bénéficie de 7,4 millions de francs d’aide du conseil général du Gard, présidé par Gilbert Baumet.

Éric Cantona qui jongle lors de l'inauguration d'équipements sportifs dans le quartier de Pissevin (photo Robert Ricaulx - Archives municipales de Nîmes)

Les dirigeants nîmois font un joli coup médiatique avec l’arrivée de l’ancien Montpelliérain et ils souhaitent l’associer avec Stéphane Paille, l’attaquant français du FC Porto. Des noms clinquants enrichissent les rumeurs estivales du mercato gardois : les Marseillais Gaétan Huard, Bernard Pardo et Laurent Fournier, les Bordelais Didier Sénac et Didier Deschamps ou encore le Monégasque Claude Puel sont annoncés avec plus ou moins de sérieux. Sur le papier, le recrutement nîmois est séduisant avec William Ayache (OM), Michel Catalano (Auxerre), Jean-Claude Lemoult (Montpellier), Dusan Tittel (Slovan Bratislava), Philippe Vercruysse (OM) et, bien sûr, Éric Cantona (OM).

« Il n’avait pas peur de dire ce qu’il pensait »

Après sept ans en deuxième division, Nîmes Olympique en veut pour son argent. Mais il ne suffit pas d’aligner des noms pour faire une grande équipe. Sans objectif vraiment assumé, le NO doit d’abord s’acquitter du maintien en D1. Dans le groupe, Cantona est apprécié pour ses valeurs humaines : « Je faisais chambre commune avec lui et je venais d’acheter la nouvelle console Nintendo avec deux jeuxse souvient l’ancien Crocodile, Alain Espeisse. Un jour, Éric est arrivé avec la même console mais des centaines de jeux et nous en avons profité. Quand on sortait, il payait pour tout le monde. C’était un vrai bon mec et il n’avait pas peur de dire ce qu’il pensait. »

Un ticket d'entrée au stade des Costières pour la saison 1991-92 (archives privée NJ)

Avec l’équipe de France de Michel Platini, Éric Cantona participe aux éliminatoires de l’Euro 92 avec succès puisqu’il gagne en Espagne (2-1) et face à l’Islande (3-1). Au soir de la 20e journée, les Crocodiles sont 15e avec trois points d’avance sur Lyon, le barragiste (à cette époque la victoire rapportait deux points, Ndlr). Rien d’infamant pour un promu, mais un peu décevant quand on compte dans ses rangs Cantona et Vercruysse. En cette fin d’automne 1991, c’est l’AS Saint-Étienne qui se présente devant les 12 405 spectateurs du stade des Costières. En cas de victoire, les Nîmois ont la possibilité de repasser dans la première moitié du classement, mais en cas d’échec les relégables pourraient bien se rapprocher.

« Quand j’ai vu le ballon atterrir sur l’arbitre, je me suis dit : 'On est dans la merde' »

Le match est tellement attendu que les joueurs de René Girard s'isolent en faisant une mise au vert à Méjannes-le-Clap. Pour affronter l’ASSE, Éric Cantona et William Ayache font leur retour, mais pas Philippe Vercruysse, toujours blessé. Sur le terrain, encore une fois, les plans nîmois ne fonctionnent pas. Quant aux Stéphanois, ils annoncent la couleur : Jean-Pierre Cyprien est expulsé après une agression sur Gérard Bernardet, qui se relève mais termine à la clinique (pour une double-entorse de la cheville gauche, Ndlr) après un tacle musclé de Christophe Deguerville. Il reste moins de dix minutes à jouer, les Verts mènent 1-0. Les supporters nîmois s’impatientent et sifflent leur équipe.

Les yeux se noircissent et les semelles s’électrisent. C’est alors qu’à la lutte avec le Stéphanois Thierry Courault, Éric Cantona est sanctionné d’une faute. Se sentant injustement puni, il exécute le geste qui sera son dernier avec un club français. « Quand j’ai vu le ballon atterrir sur l’arbitre, je me suis dit : ''on est dans la merde'' », se souvient Antoine Sauli, le patron de Catavana qui était alors le sponsor principal des Crocodiles. L’international français est comme possédé. Il fulmine et jette le ballon sur l’arbitre, puis quitte la pelouse sans se retourner. Les Nîmois terminent la rencontre sans lui et égalisent à la dernière minute par William Ayache.

« J’ai utilisé quelques ficelles et quelques artifices pour le faire disjoncter »

Mais l’ancien Nantais n'est pas le héros de la soirée car pendant ce temps-là, dans les vestiaires, Éric Cantona ne décolère pas : il se sent victime de l’esprit querelleur de ses contemporains. Il est alors en présence de Jean-Pierre Vaillant, le secrétaire général du NO, qui a la difficile mission de canaliser le joueur : « Il était en colère et je faisais tout pour qu’il ne sorte pas des vestiaires car je savais qu’il pouvait aggraver son cas. Je me suis assis devant la porte pour lui barrer la route. Il s’est approché de moi et il m’a dit : "Allons monsieur Vaillant vous n’allez pas m’obliger à vous pousser ?" C’est quelqu’un que j’aime beaucoup et il a toujours été courtois avec moi. Ce soir-là, je n’ai pas insisté. »

Éric Cantona signant des autographes à Nîmes (photo Robert Ricaulx - Archives municipales de Nîmes)

Malheureusement les craintes de Jean-Pierre Vaillant sont fondées. Alors que les joueurs entrent dans les vestiaires, Cantona règles ses comptes avec Sylvain Kastendeuch qu’il accuse d’avoir pourri le match. Des faits que ne conteste pas l’intéressé dans un reportage tourné en 2018 par Canal+ : « J’ai utilisé quelques ficelles et quelques artifices pour le faire disjoncter. » C’est la cohue dans le couloir et les Stéphanois crient « Aux voyous ! » Quatre jours plus tard, la commission de discipline de Ligue nationale de football suspend Cantona pour quatre rencontres. Il ratera les matches contre Lens, Auxerre, Nantes et Marseille, un moindre mal au vu de la soirée.

Suspendu, il résilie son contrat et annonce mettre un terme à sa carrière

Mais à l’énoncé de la sanction, Éric Cantona insulte les membres de la commission. Cette fois, il est suspendu deux mois qui lui feront manquer huit rencontres. Cantona l’insoumis annonce qu’il met un terme à sa carrière et, le 16 décembre, il résilie son contrat avec le Nîmes Olympique. Quelques semaines plus tard, l’avant-centre décide de se relancer en Angleterre à Sheffield Wednesday, puis Leeds United et enfin Manchester United pour y connaitre la réussite que l’on connaît. À la fin de la saison 1991-92, Nîmes Olympique se maintient en D1, mais est relégué en D2 l’année suivante.

Éric Cantona a laissé un bon souvenir à ceux qu'il a côtoyé (photo Robert Ricaulx - Archives municipales de Nîmes)

Trente ans plus tard, Michel Mézy analyse cet échec sportif : « J’aurais préféré qu’il soit bon sur le terrain. Éric ne supportait pas quand il estimait une situation injuste. Mais Nîmes Olympique n’a pas perdu d’argent et on l’a vendu autant que ce qu’il nous a coûté. » Le temps passe, mais les regrets restent... On ne peut pas s’empêcher d’imaginer ce qu’aurait donné un mariage réussi entre Canto et le NO. Ils étaient faits, c’est certain, pour réaliser des grandes choses ensemble. Finalement, le bilan de Cantona avec Nîmes est de 16 matches, deux buts (sur pénalty) et la plus fracassante des sorties. Il aurait pu être le roi des Costières, il sera finalement le King d'Angleterre.

Norman Jardin

Le match

20e journée de première division (samedi 7 décembre 1991) Stade des Costières. NÎMES OLYMPIQUE – AS SAINT-ÉTIENNE 1-1 (mi-temps : 0-1). Spectateurs : 12 405 (recette 930 850 francs). Arbitre : M. Blouet. But pour Nîmes : Ayache (90e). But pour Saint-Étienne : Mège (43e). Avertissements à Nîmes : Bernardet (16e) et Touron (51e). Avertissements à Saint-Étienne : Courault (35e) et Chaintreuil (49e). Expulsion à Nîmes : Cantona (83e). Expulsion à Saint-Etienne : Cyprien (16e).

Nîmes : Perez – Catalano, Tittel, Garcin, Touron – Lemoult, Ayache, Espeisse (F. Arpinon, 46e), Bernardet (Sirvent, 58e) – Cantona, Maharzi. Entraîneur : René Girard.

Saint-Étienne : Bell – Deguerville, Kastendeuch, Cyprien, Courault – Bouquet, Mège, Chaintreuil, Haon – Cuervo, Moravcik. Entraîneur : Christian Sarramagna.

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