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NÎMES Des milliers d’années d’histoire dévoilés par les archéologues

Les fouilles révèlent plus de 20 squelettes (Photo Anthony Maurin).
C’est ici que les fouilles ont lieu (Photo Anthony Maurin).

C’est l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Irap) qui réalise les fouilles préalables au chantier de la construction de la future Halle des sports de Nîmes. Longeant l’autoroute, à côté de Cap Costières, une zone du Mas de Vignol(l)es a dévoilé quelques beaux secrets.

« Ici, dès qu’on creuse on a de quoi trouver, mais pour les projets urbanistiques c’est un peu plus compliqué ! D’abord, il va y avoir le stade provisoire, puis nous construirons ici la future Halle des sports que nous inaugurerons certainement en 2025. En tout cas, aujourd’hui, le temps est venu de faire un point sur les fouilles archéologiques en cours jusqu’en avril prochain« , explique Julien Plantier, premier adjoint au maire de Nîmes.

Nicolas Rainville, adjoint au Sports, Mary Bourgade au Patrimoine antique, Julien Plantier et Jean-Yves Breuil (Photo Anthony Maurin).

Le coût de ces fouilles est pris en charge par la Ville. En tout, 2,65 millions d’euros sont nécessaires pour sauvegarder les vestiges trouvés et pour mieux comprendre la situation du site au fil du temps. Jean-Yves Breuil, directeur adjoint scientifique et technique de l’Irap Méditerranée : « Avant toute chose, il faut préciser que l’archéologie préventive vient sauvegarder les vestiges par l’étude. La loi associe l’aménagement du territoire et la sauvegarde du patrimoine passé. Nous avions fait deux diagnostics en 2005 et 2011, nous savions que nous allions trouver quelque chose, mais il fallait une prescription de l’État pour que nous intervenions. »

Une partie du mobilier trouvé (Photo Anthony Maurin).

On va le répéter mais l’archéologie préventive, comme son nom l’indique, est préventive ! Sans menaces, pas d’intervention. Comme il a été décidé de construire le stade provisoire du Nîmes Olympique, puis la Halle des sports de Nîmes, la menace planait sur le site qui est actuellement fouillé sur plus de quatre hectares, une chose rare, quasi unique car la surface est très importante. Des fouilles qui dureront en tout huit mois et qui s’achèveront en avril prochain. Une vingtaine d’archéologues y travaille. « À Nîmes, on a un concentré de l’histoire de l’humanité. On a donc un peu de paléolithique, époque des chasseurs-cueilleurs, vers 12 000 ans avant notre présent, des gens qui habitaient le long d’un chenal. Mais le coeur de ce qu’on trouve s’est passé il y a 6 000 ans. C’était une ère où l’économie de production existait déjà. On domestiquait les animaux, on cultivait les sols, c’est l’époque de la première grande étape de modification du paysage« , poursuit Jean-Yves Breuil.

Le Chasséen en plaine de Nîmes

D’autres vestiges, plus récents, ont aussi été mis à jour et ils sont nombreux. Certains sont en date d’il y a 4 700 ou 3 500 ans. Les plus récents sont ceux de fermes gauloises du cinquième siècle avant notre ère, époque du peuplement de Nîmes. Ce que font les archéologues est un réel travail de fourmi. Ils travaillent sur une base quasi invisible, ténue, qui laisseraient un novice de marbre. « C’est rempli de structures archéologiques, mais nous nous basons sur ce que nous voyons au sol. Il n’y a évidemment plus aucune élévation. Nous sommes les premiers et les derniers témoins, nous déchirons la page de ce livre alors nous avons tout intérêt à bien l’avoir comprise avant !« , assure l’archéologue.

Les fouilles révèlent plus de 20 squelettes (Photo Anthony Maurin).

Heureusement, le site est bien documenté. Connu depuis plus de 30 ans, il est fouillé régulièrement et la technologie avançant en même temps, elle bénéficie aux fouilles et aux résultats qu’elle dévoile. Fabien Convertini, ingénieur de recherches à l’Inrap, est quant à lui sur tous les fronts. « Nous avons mis à jour près de 1 200 structures archéologiques sur le site. On a même un fossé romain qui servait à l’époque à découper les parcelles. Aujourd’hui, nous utilisons à peu près les mêmes parcelles qu’il y a 2 000 ans. Lors des fouilles du Géant Casino, nous avions déjà vu ce fossé. Nous avons aussi de nombreuses fosses creusées il y a 6 000 ans car le niveau du sol était presque le même qu’aujourd’hui. Ces fosses ont été réinvesties plus tardivement en caves. Nous avons aussi des silos qui stockaient les denrées qui ont aussi servi de dépotoirs. D’autres parties de la fouilles sont plus complexes à démêler, mais nous y parvenons grâce au mobilier mais aussi au carbone 14 qui nous donnent de belles et sérieuses datations. »

Les fouilles se déroulent sur plusieurs niveaux, elles remontent le temps (Photo Anthony Maurin).

De la poterie souvent fragmentée, un crâne de boeuf par-ci, un autre d’aurochs par-là. Des bucranes, pas mal de bucranes, logique en ces périodes où le taureau, comme aujourd’hui en Méditerranée, était un vu comme un dieu. Il y a des silex, six lamelles taillées et laissées au fond d’une fosse, un grattoir qui servait à tailler et raboter, une pointe en os, une spatule ou encore une pointe de flèche sont aussi sortis de terre. Mais plus impressionnant pour nous, Hommes du XXIe siècle, sur ces 4,5 hectares, plus de 20 squelettes sont, pour l’instant, répertoriés. Des hommes, des femmes mais beaucoup d’enfants, des immatures, des ados. Restituer leur environnement direct, savoir comment et pourquoi ils sont morts, connaître les rites de l’époque, l’attention portée à leur cadavre sont des enjeux importants de cette fouille car tous les espaces sépulcraux sont intégrés aux habitats.

Chaque marque à l’encre est un vestige… (Photo Anthony Maurin).

À savoir aussi comment, à cette époque reculée mais très proche quand on parle d’histoire de l’humanité, les hommes échangeaient, conversaient, voyageaient. On retrouve du matériel artisanal de qualité qui vient de Bretagne ou des Alpes italiennes, mais beaucoup vient du Vaucluse. « Il y avait déjà de la concurrence entre les artisans ! » Dès le mois de février les premiers coups de pioches des travaux du stade provisoire seront donnés mais les archéologues peuvent travailler sereinement jusqu’en avril, date de la fin des fouilles.

Deux crânes d’aurochs (Photo Anthony Maurin).

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 37 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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