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NÎMES 70 ans pour une feria, ça se fête dignement !

Jean-Claude Coulet toujours au micro (Photo Anthony Maurin).
Jean-Claude Coulet, patron du Napoleon, au micro (Photo Anthony Maurin).

Cela fait exactement 70 ans que la feria de Pentecôte à Nîmes est née. 70 ans que cinq clubs taurins se sont réunis au Napoléon et ont décidé de fabriquer l’une des plus belles fêtes populaires du sud de la France.

Entre la sensation de sortie de l’épidémie et l’arrivée des beaux jours, ce 5 mars était attendu par les festaïres mais aussi par les aficionados qui ont de la mémoire. 70 ans, les noces de platine entre la feria de Pentecôte et sa ville de Nîmes. Un mariage qui a sans doute connu des hauts et des bas mais une union qui, sept décennies plus tard, respire encore la vie.

En ce samedi de vacances, de manifs et de match aux Costières, les activités étaient nombreuses dans la cité des Antonin mais un rappel était nécessaire. Comment est née la feria ? Si les toros avaient déjà fait leur apparition dans les arènes pour des corridas près d’un siècle avant le sujet du jour (1853 puis 1863), c’est en 1952 que tout s’est formalisé. En 1951, la loi Ramonory-Sorbet complète la loi Grammont et autorise officiellement les courses de toros lorsqu’une tradition locale est reconnue. La ville de Nîmes devait organiser le 37e congrès de la Fédération des sociétés taurines de France et d’Algérie en 1952 et les Gardois voulaient frapper fort en marquant les esprits.

Une estrade et des chaise pour un simulacre de réunion des clubs taurins fondateurs de la feria de Pentecôte le 5 mars 1952 (Photo Anthony Maurin).

Qui aurait cru, en ce 5 mars 1952, que les cinq clubs taurins réunis à l’étage d’un bar nîmois, allaient lancer la fête la plus importante de leur ville ? Les clubs de l’époque constituent alors un comité d’organisation présidé par le docteur Jean Lauret. On a le Cercle taurin nîmois, le club taurin Lou Ferri de Saint-Césaire, l’Union taurine nîmoise, l’Afición cheminote nîmoise et les amis de Toros parmi les pionniers des pionniers. Cinq doigts pour une main qui se referme sur la ville. Cinq doigts unis pour ne former qu’un poing, fort et solide. Un poing donneur.

C’est dans cette salle du premier étage de l’établissement nîmois que la feria fut créée en 1952 à l’initiative de cinq clubs taurins de Nîmes (Photo Archives Anthony Maurin).

Ferdinand Aymé, est le directeur des Arènes. Il accepte l’idée et la feria la Pentecôte 1952 est née à une date idéale sur le calendrier nîmois. C’est en premier le sénateur et président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Gard, Pierre Gamel, qui choisit la dénomination de « Feria. » Le maire, Edgard Tailhades, un poil plus frileux comme aurait pu l’être Ferdinand Aymé, subventionne la fiesta à venir. Tailhades lâche 150 000 anciens francs, Aymé met quant à lui 200 000 unités pour assurer des affiches alléchantes.

À l’intérieur, les représentants des clubs taurins posent devant affiches et souvenirs d’époque (Photo Anthony Maurin).

Il faut dire que ces années voient le passage par Nîmes des plus grands artistes. Des peintres aux acteurs, tout le gratin qui compte devient Nîmois le temps d’un week-end. D’ailleurs, en 1954-55, la Mairie récupèrera l’organisation de la fête en ville.

(Photo Anthony Maurin).

Les festivités en 1952

Il fut une époque où l’on signifiait le lancement de la feria par trois grosses bombes, pacifiquement bruyante. Défilés folkloriques et exposition regroupant des gravures de Goya et des œuvres de Picasso ou de Gustave Doré sont les moments phares de ce premier essai. Il y a aussi la naissance de la Pégoulade, cette déambulation créée et animée par les bonnes volontés. En effet, la Pégoulade est avant tout le meilleur moyen d’unir les forces vives du tissu associatif gardois pour un seul et même but, faire briller les yeux des petits et des grands quand l’heure du grand défilé sera venue.

Sur les écrans défilent des films qui traitent de la fiesta brava, ici Marion Mazauric il y a quelques années (Photo Anthony Maurin).

Les fêtes de la San Fermin à Pampelune sont en partie dupliquées pour les « gens d’ici. » Le mot de Pégoulade, lui, est arrivé plus tardivement grâce à nos confrères du Méridional qui au début des années 1960 y voyaient « une belle pagaille. » La Pégoulade ne connaissait pas encore cette histoire de défilé aux flambeaux imbibés de poix, qui « péguaient » et qui auraient ensuite donné leur nom à la Pégoulade que l’on connaît. Une fois la corrida terminée, l’aficion débute les discussions de comptoirs, s’épanche et s’étanche dans une folle ambiance libertaire et populaire.

À l’intérieur, le monde est attentif aux films et aux souvenirs (Photo Anthony Maurin).

Et dans les arènes…

Une course camarguaise le samedi et deux corridas le dimanche et le lundi de Pentecôte sont au programme officiel de ce coup d’essai qui se tient du 30 mai au 2 juin 1952. Vous l’avez compris, d’autres animations étaient au programme comme une capea qui ouvrait le bal des festivités le vendredi 30 mai.

La course « libre » du samedi voyait Falomir, Douleau, Palot, Volle ou encore Fidani se jouer des meilleurs taureaux camarguais. D’ailleurs, une « sortie en Camargue » au monument du marquis de Baroncelli puis une ferrade chez Aubanel étaient aussi du programme de cette feria de lancement.

Vue d’en haut, la foule est venue au rendez-vous (Photo Anthony Maurin).

Pour les corridas, pas de Miura alors qu’ils étaient prévus au programme du dimanche. Hélas, la fièvre aphteuse faisait des siennes et les toros de Zahariche furent remplacées par ceux d’Urquijo qui devaient venir le lendemain, jour de clôture. Rafael Ortega, matador de toros, en met plein les mirettes aux Nîmois passionnés. Avec cinq oreilles il fait très fort et laisse Pepe et Luis Miguel Dominguin sur le bas-côté.

Le lundi de Pentecôte, les toros portugais de chez Moura déboulaient sur le sable de la piste des arènes et avec eux les désillusions des trois maestros du cartel. Luis Miguel Dominguin doublait, Julio Aparicio et Antonio Ordoñez complétaient l’affiche, décevante par la faute des toros.

(Photo Anthony Maurin).

« J’ai trouvé normal de rendre hommage à ces clubs taurins, à ces personnes qui ont initié l’une des plus grandes fêtes du sud de la France. Avant, il y avait des corridas mais pas de fête. Ça me touche, je suis cafetier et la feria c’est notre pourboire ! Je me rappelle quand j’étais jeune, ça nous rendait fou, on adorait les taureaux dans la rue… Oui je suis un peu nostalgique de ce temps mais je ne suis pas un vieux con. Je trouve juste qu’il n’y a plus tout ça et que la feria un devenue un peu trop VIP alors qu’à l’origine elle était la fête populaire par excellence ! » explique Jean-Claude Coulet.

Chicuelo II, l’excellent orchestre des arènes, a joué une partie de la soirée avant de laisser la place aux Peillasses puis à Jérôme Fesquet et ses platines (Photo Anthony Maurin).

Sur le carton d’invitation du Napo en 2022, une affiche de Laurent Arpinon et une phrase de Jacques Durand symbolisent cet esprit, « La feria de Nîmes est né en 1952 au premier étage du Napoléon avec la conjuration de cinq clubs taurins. Puis elle est descendue dans la rue et s’est taillée un empire avec la grande armée de ceux qui pensent que la fête est un art de vivre. »

Jean-Claude Coulet toujours au micro (Photo Anthony Maurin).

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 38 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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