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FAIT DU SOIR À Monoblet, maire et première adjointe reprennent le chemin de l’école

(Photo François Desmeures / Objectif Gard)
Philippe Castanon et Dominique Ratto-Crépin assurent la classe de Grande section et CP jusqu’aux vacances de printemps (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Professeurs des écoles à la retraite, le maire de Monoblet, Philippe Castanon, et sa première adjointe, Dominique Ratto-Crépin, ont repris du service ce jeudi 21 avril pour palier le manque criant de remplaçants dans l’Education nationale. Selon les services de l’Éducation nationale, 92 classes sont actuellement fermées dans le Gard. 

Depuis vendredi dernier, les 18 élèves de la classe partagée entre grande section de maternelle et CP sont sans professeur. Directrice de l’école, Cécile Rivier, après avoir effectué la demande de remplaçants, ne peut que constater. « Jusqu’ici, je n’avais jamais vu d’enseignants absents une semaine sans remplacement. Or, ça fait deux ou trois fois que ça se produit depuis trois mois, et c’est généralement compliqué depuis deux ans. » Deux solutions s’offrent alors à la directrice : « Renvoyer les enfants chez eux ou les répartir dans les autres classes, poursuit Cécile Rivier. Mais du coup, les effectifs montent à plus de 30″, et les enfants dont l’enseignant est absent ont de quoi s’occuper mais guère plus, l’institutrice ne pouvant pas se dédoubler. « L’Éducation nationale avait dit qu’elle allait recruter plus de remplaçants pendant le Covid mais on ne les a pas vus, et on n’est pas les seuls », souligne encore la directrice d’école. Pour elle, le manque de remplaçants n’explique pas tout. « Le système a changé : avant, on s’adressait à la circonscription pour un remplacement. Aujourd’hui, tout est centralisé à Nîmes, il est impossible d’avoir quelqu’un au téléphone et les remplaçants sont amenés à faire beaucoup plus de kilomètres. » Quand ils ne sont pas recrutés via une annonce sur le site leboncoin.fr, parfois mise en ligne par des parents désespérés…

« Pour une classe de CP, un mois de congés en plus, c’est dramatique »

Mélangeant sens de la responsabilité et de la communication, Philippe Castanon et Dominique Ratto-Crépin ont pris le parti de mettre le sujet sur le devant de la scène tout en garantissant un enseignement aux enfants. Les deux professeurs des écoles à la retraite – depuis 2016 pour l’une, 2017 pour l’autre – sont revenues à leurs amours enseignantes, pour deux jours, avant l’avénement des vacances de printemps, dans une école où le maire avait fini sa carrière comme directeur. « Pour une classe de CP, un mois de congés en plus, c’est dramatique, constate Philippe Castanon. Et ce n’est pas la seule classe : il y a eu d’autres absences dans l’année qui n’ont pas été remplacées. Alors que, de son côté, la mairie a assuré la restauration et le périscolaire, malgré la situation pandémique. Les services de l’Éducation nationale nous répondent qu’ils n’ont plus personne. »

Le maire de Monoblet, Philippe Castanon, dans le bureau de la directrice d’école Cécile Rivier (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Un argument difficile à entendre pour celui qui est maire depuis 2008 alors qu’il était directeur de cette même école. Avec cette double casquette, il a porté le dossier d’une école éco-construite par sa municipalité, sur l’ancien terrain de foot, inaugurée en 2014. L’investissement est loin d’être anodin pour un village qui comptait 746 habitants en 2018, « toujours dans cette volonté de maintenir l’école et les services qui vont de pair avec l’accueil de jeunes sur la commune », poursuit celui qui a conservé l’écharpe municipale. Avec 27 élèves dans les classes de cours moyen, 25 en maternelle et environ autant dans les classes de cours élémentaire et la grande section CP.

« La mairie a décidé de mettre en place un service d’accueil pour pallier l’absence du professeur, indique-t-on du côté de la direction des services départementaux de l’Éducation nationale (DSDEN). C’était la volonté du maire, qui n’en avait pas l’obligation parce qu’il n’y a pas grève. » La DSDEN justifie l’absence par « la situation compliquée en raison du contexte sanitaire, on ne peut pas remplacer l’ensemble des postes. On fait en fonction des moyens dont on dispose », regrette-t-on à la DSDEN. D’après ces services, 92 classes font l’objet d’une fermeture actuellement dans le Gard, soit 22 en maternelle et 70 en élémentaire.

À la récréation, le maire en discussion avec le corps enseignant (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Présent ce matin devant le portail de l’école, le maire de Saint-Félix-de-Pallières, Michel Sala, est venu soutenir son homologue. « À deux titres : en tant que maire voisin qui n’a pas d’école, je suis donc directement concerné parce que c’est l’école des enfants du village, et on a même des gens du village qui enseignent ici. Et pour dénoncer le manque de remplacement : sur la 5e circonscription, explicite celui qui est aussi candidat aux législatives pour l’Union populaire, il y a eu le même problème à Saint-Hippolyte-du-Fort, Sauve, La Grand-Combe, Caveirac ou Lézan. » À Lanuéjols, l’école a même été fermée la semaine dernière, la mairie décidant d’organiser un service d’accueil. « On fait tout pour avancer au mieux dans des conditions sanitaires dégradées », plaide la DSDEN. À Monoblet, on s’attend à ce que l’enseignante retrouve sa classe à la rentrée. Sinon, le cartable des deux premiers élus municipaux est prêt.

François Desmeures

francois.desmeures@objectifgard.com

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